Porte d'Ishtar
Porte d'Ishtar
Porte d'Ishtar ©Getty - Bartosz Hadyniak
Porte d'Ishtar ©Getty - Bartosz Hadyniak
Porte d'Ishtar ©Getty - Bartosz Hadyniak
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Résumé

Héritier de Nabuchodonosor II, Nabonide monte sur le trône en 556 avant notre ère. Roi usurpateur, sa folie mènera à sa perte, et avec elle, à celle de tout un empire. Le magazine de l'archéologie nous entraîne dans la chute de Babylone et du roi fou qui ne voulait pas être roi.

avec :

Francis Joannès (professeur d’Histoire ancienne à l’Université Paris 1 - Panthéon – Sorbonne, directeur de l’Unité Archéologie et Sciences de l’Antiquité (UMR 7041)).

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La chute de Babylone

Que s’est-il passé le 12 octobre 539 avant notre ère, si ce n’est la fin d’un monde ? On le sait, les grands empires sont voués à disparaître, et cela, quelle que soit leur puissance… Le magazine d’archéologie de France Culture se penche sur l’héritière des civilisations de Sumer et d'Akkad : Babylone, celle-là même évoquée par Aristote, Xénophon et la Bible -voire les livres d’Isaïe et de Daniel- celle-là surtout qui, au cours du 6e siècle avant notre ère, domina l’Orient… 

Francis Joannès : "C'est un ensemble qui couvre l'Irak, la Syrie, le Liban et Israël actuels, qui s'est constitué à partir de la fin du VIIᵉ siècle avant J.C., dont la capitale est située en Mésopotamie, à Babylone, donc à 100km de Bagdad actuellement mais qui s'est étendu jusqu'à la Méditerranée et qui domine donc tout cet ensemble du Proche-Orient".

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À la lumière des fouilles mais surtout de milliers de tablettes cunéiformes provenant des grandes métropoles que sont Ur, Uruk, Nippur, Sippar, il nous est désormais possible de retracer les derniers instants de la mythique cité, ceux de son empire, comme l’histoire de son dernier roi… Nabonide.

Relief du roi Nabonide en Arabie Saoudite.
Relief du roi Nabonide en Arabie Saoudite.
© Radio France - Francis Joannès

Hormis sa puissance, ses remparts édifiés par Nabuchodonosor, son urbanisme si particulier coupé par l’Euphrate, sa ziggourat et son temple au dieu tutélaire Marduk, Babylone n’est rien de moins que « la porte des dieux », la capitale néo-babylonienne  d’un empire qui va « de la Mer d’en-haut à la Mer d’en bas » - la Méditerranée et le Golfe arabo-persique. Francis Joannès : "A partir du règne d'Hammurabi, vers 1800 av. J.C., Babylone devient la capitale de l'ensemble de la Mésopotamie. Et ce rôle, elle va le garder jusqu'à au moins - 539, au moment de cette chute sous le roi Nabonide, mais même après, Babylone restera un centre intellectuel et économique majeur".

La porte d'Ishtar (dragons et taureaux)
La porte d'Ishtar (dragons et taureaux)
© Radio France - Francis Joannès

Nabonide, le roi fou qui ne voulait pas être roi

Héritier de Nabuchodonosor II, Nabonide monte sur le trône en 556 avant notre ère, très probablement avec l’aide de son fils. Roi usurpateur, celui-ci semble, dans des rêves, troublé par la légitimité des dieux face à son usurpation, c’est du moins ce que décrit la stèle de Babylone, aujourd’hui conservée à Istanbul. Francis Joannès : "Il accède au trône après l'assassinat de son prédécesseur qui n'a régné que trois mois. Nabonide est le bénéficiaire d'un complot qu'il n'a peut être pas initié lui-même, mais il a été appelé à monter sur le trône et il a accepté".

Tout tourné vers le passé, Nabonide se lance en parallèle dans d’étonnantes fouilles, celles de l’« Ebabbar » de la ville de Sippar notamment, fouilles qui font de lui le premier archéologue de l'humanité. Francis Joannès : "Nabonide, dans les inscriptions, nous décrit les véritables fouilles qu'il fait entreprendre, parce que l'idée n'est jamais de reconstruire selon les modes du moment un temple, mais au contraire de retrouver le plan d'origine et de rebâtir à partir du périmètre initial".

Brique de Nabonide, rappelant la restauration du temple de Sin, dieu de la Lune, dans la cité d'Ur.
Brique de Nabonide, rappelant la restauration du temple de Sin, dieu de la Lune, dans la cité d'Ur.
- British Museum / Francis Joannès

En 553 avant notre ère, le roi et son armée partent en Arabie, une terre alors inconnue et s’implantent dans l’oasis de Tayma, actuellement en Arabie Saoudite. L’aventure, loin de la Mésopotamie dure 10 ans, un acte plus que curieux pour un roi de Babylone puisqu’il n’a pas assisté à la célébration annuelle du dieu Marduk, à son règne divin, qui purifie Babylone. Francis Joannès : "Comme cette fête se traduit par une purification générale, le fait que celle-ci ne puisse pas avoir lieu pendant dix ans de suite a évidemment accumulé les mauvaises influences, où un état d'impuretés ne convenait pas du tout au temple principal de Marduk, et qui fait que les prêtres du dieu, en particulier, en ont beaucoup voulu à Nabonide".

Entre hérésie et profanation celui-ci, à l’image d’Akhenaton en Egypte met en place une nouvelle théologie, loin du dieu de Babylone Marduk et centrée au profit du dieu de la Lune, Sin. Nous voici aussi devant la légende du roi malade, du roi fou. Les textes polémiques, postérieurs à son règne « chroniques de Nabonide », « Pamphlet de Nabonide », sont assez nombreux et tous en font un mauvais roi.

Le 12 octobre 539 : la fin d’un roi mais surtout d’un empire

Francis Joannès : "Au bout de 17 ans de règne, tout se joue en une seule nuit (...) C'est le résultat d'un coup de main et d'une opération de commando particulièrement audacieuse menée par un contingent perse dans Babylone, qui prend complètement par surprise les Babyloniens et le roi lui-même, le roi qui n'est pas à Babylone à l'époque mais qui est un peu plus au nord, ou il essaye de résister à l'avancée des Perses". 

À l’image des troupes américaines rentrant en 2003 dans Bagdad, le 12 octobre 539, Babylone tombe aux mains des perses de Cyrus, elle ne s’en relèvera jamais et avec elle prend fin la période néo-babylonienne. C’est aussi la fin d’un destin, celui de Nabonide, l’homme qui ne voulait pas être roi, peut-être vaincu par le dieu Marduk, ayant appelé Cyrus le perse, sûrement battu par les élites lettrées et religieuses voulant mettre fin à l’hérésie. Francis Joannès : "Des historiens comme Xénophon ou Hérodote laissent entendre qu'il aurait été épargné par son conquérant, le roi Cyrus, et qu'il aurait fini paisiblement ses jours dans l'est de l'Iran comme gouverneur d'une principauté locale. Il est beaucoup plus probable qu'il ait été éliminé pendant la chute de la ville".

Le Festin de Balthazar - Rembrandt
Le Festin de Balthazar - Rembrandt
© Radio France - Francis Joannès

Balthazar et ses invités blasphèment le Dieu des juifs

Balthazar (Bēl-šar-uṣur, Bel protège le Roi), fils de Nabonide est probablement le principal instigateur de la prise de pouvoir de son père, en 556 avant notre ère. Francis Joannès : "Il semble bien que Balthazar ait été l'initiateur direct du complot, en poussant son père sur le trône et en espérant pouvoir assez vite prendre sa succession."

Sa mémoire est parvenue jusqu’à nous sous les traits de « Balthazar », notamment peint par Rembrandt en 1635. L’ancien testament (le chapitre 5 du livre de Daniel) décrit « la scène du festin de Balthazar », festin où ses mille convives, nobles et dignitaires, femmes et concubines, boiront dans l'argenterie du Temple de Salomon, ramenée de Jérusalem par Nabuchodonosor II, lors de l'exil à Babylone. Face au blasphème, et dans une nuée, une main trace une curieuse inscription, annonciatrice de la chute de Babylone, tout à la fois païenne, profanatrice, décadente et dépravée.  

Avec Francis Joannès, professeur émérite d’histoire ancienne à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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Références

L'équipe

Sandrine Chapron
Collaboration
Louise André
Réalisation
Anna Pheulpin
Collaboration