Des migrants sur un bateau en bois, en méditerranée (mars 2021) ©Getty - © Carlos Gil Andreu
Des migrants sur un bateau en bois, en méditerranée (mars 2021) ©Getty - © Carlos Gil Andreu
Des migrants sur un bateau en bois, en méditerranée (mars 2021) ©Getty - © Carlos Gil Andreu
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Résumé

Une fois n’est pas coutume, un des grands thèmes de recherche archéologique est au cœur des préoccupations mondiales : les migrations ! Discussion avec Jean-Paul Demoule, archéologue et préhistorien, professeur émérite à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

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Jean-Paul Demoule (Archéologue et préhistorien français. Professeur émérite de protohistoire européenne à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, membre honoraire de l'Institut universitaire de France et ancien président de l'Inrap).

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Ce que propose le magazine d’archéologie est d’explorer dans le temps long, très long, les migrations humaines depuis les premières sorties d’Afrique, celles, qui font de nous tous, des immigrés.

Jean-Paul Demoule "Il y a plusieurs causes dans les migrations et qui, souvent s'entremêlent. Il y a de toute façon une grande constante sur le très long terme, la constante démographique qui fait notamment qu'à partir du Néolithique, on va passer, en même pas 10 000 ans de 2 millions d'humains, à presque 8 milliards !"

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JP Demoule "A chaque génération, quelques individus sont allés plus loin, sont sortis au-delà du territoire usuel du groupe pour un peu voir ce qui se passait. Et effectivement, quand on aura, bien plus tard, les grandes découvertes vers d'autres continents, il y a bien sûr toutes sortes de facteurs, y compris économiques, politiques, etc. Mais il y a certainement aussi cette forme de curiosité."

Raconter l’histoire des migrations, c’est bien entendu relater l’Histoire de l’humanité. Aucune des grandes nations européennes n’a ainsi connu de peuplement homogène, quels que soient nos propres romans nationaux. Évoquer les temps très anciens, c’est aussi s’apercevoir que tous les modèles de migrations ont déjà été expérimentés voici des millénaires, jusqu’aux réfugiés climatiques ou environnementaux avec l’explosion de Santorin, voire la remontée des eaux de la toute fin du pléistocène…

Des migrants ukrainiens accueillis à Cologne en Allemagne.
Des migrants ukrainiens accueillis à Cologne en Allemagne.
© Getty - © Henning Kaiser / picture alliance

Jean-Paul Demoule  "Il faut complètement abandonner l'idée de cette longue file indienne de gauche à droite, qui commence avec le singe accroupi et qui finit avec l'homme blanc barbu, une lance à la main. Plus nous avançons dans les recherches, plus on voit qu'il y a eu sans arrêt toute une série d'espèces humaines qui n'ont cessé de se croiser puisque, nous portons en nous quelques gènes qui viennent d'unions avec des Néandertaliens."

Non ! Les migrations contemporaines ne sont en rien différentes de celles bien plus anciennes, invasions barbares, Viking ou saxons, ou accroissement d’Empires (Rome pour les temps anciens, aujourd’hui la domination Russe à la recherche d’un empire perdu). Ce que nous propose surtout Jean-Paul Demoule est, tout simplement, une histoire globale des migrations

Jean-Paul Demoule "Les Sapiens qui sortent d'Afrique ne se précipitent pas tout de suite en Europe et en France, mais plutôt vers l'est, et donc vont atteindre l'Australie, ce qui implique effectivement la traversée de plusieurs bras de mer importants. Mais on doit se rappeler qu'il y a quarante mille ans, les hommes ont le même cerveau et les mêmes capacités cognitives que nous."

L’Homme, notamment moderne, a cette volonté de partir à la conquête de nouveaux espaces, une curiosité qui pourrait bien être dans sa propre nature, cela depuis sa première sortie d’Afrique, jusqu’à la conquête de la lune. Ainsi, L’homme moderne, en un mot "nous", pourrait bien être une espèce particulièrement invasive, celle-là même qui absorbe toutes les autres identités : néandertalien, dénisovien, etc.

Des migrants tentent de franchir la frontière mexicaine à San Luiz en Arizona (Avril 2021)
Des migrants tentent de franchir la frontière mexicaine à San Luiz en Arizona (Avril 2021)
© Getty - © Nick Ut

L’homme est né nomade, jusqu’à un étrange phénomène, le Néolithique qui stoppera ce mode de vie au profit de la sédentarisation, qui pour Jean-Paul Demoule, constitue les prémices du confinement, entraînant l’immobilisation de notre humanité contemporaine.

JP Demoule "L'invention de l'agriculture et de l'élevage, c'est le début du confinement. cette invention se fait au moment où le climat se réchauffe et où l'on entre dans l'actuelle période interglaciaire. Il y a dix à douze mille ans, les chasseurs cueilleurs qui commencent, indépendamment dans plusieurs régions du monde, à domestiquer des animaux et des plantes, vont en même temps se confiner dans des maisons en dur."

Pour Jean-Paul Demoule, cinq constantes s’entremêlant, expliquent les mouvements migratoires des humains : la démographie, la volonté de puissance des empires, le métissage, mais aussi l’autre (par essence suspect et bouc émissaire) et, enfin, la constante de solidarité !

Jean-Paul Demoule "L'étranger est toujours suspect. C'est le barbare tel que les Grecs le décrivaient déjà, "barbaros", celui qui ne sait pas parler. [...] Et on a oublié que les discours que l'on entend actuellement contre les immigrés, on les retrouve au 19ème et au début du 20e siècle. Si on prend la France contre les Italiens, par exemple, il y a eu des massacres d'ouvriers italiens au début du 20ème siècle, puis contre l'arrivée des réfugiés arméniens, et aussi contre les Polonais dans l'entre deux guerres, etc."

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Références

L'équipe

Sandrine Chapron
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation