Le bassin où ont été découverts plusieurs éléments du plafond - © Chartres Métropole
Le bassin où ont été découverts plusieurs éléments du plafond - © Chartres Métropole
Le bassin où ont été découverts plusieurs éléments du plafond - © Chartres Métropole
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Résumé

L’antique cité de Chartres « Autricum » possédait un très grand sanctuaire d’une superficie totale de 11 hectares et composé de plusieurs bâtiments : le sanctuaire de Saint-Martin-Au-Val.

avec :

Bruno Bazin (Archéologue, responsable d’opération à la Direction de l’archéologie de Chartres Métropole.), Mathias Dupuis (Archéologue, Directeur à la direction de l’archéologie de Chartres Métropole.).

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Les archéologues y ont récemment exhumé un bassin en marbre blanc, au centre duquel est installée une cuve étoilée. Celui-ci se situe en façade d’un temple d’Apollon. Sol en calcaire blanc, base de mur en marbre coloré importé d’Italie et de Turquie, élévations ornées de fresques et de colonnes richement décorées : ce bâtiment illustre le savoir-faire et le raffinement « à la romaine ». Son état de conservation est exceptionnel pour le nord de la Gaule. 

Bruno Bazin "C'est une très grande découverte et, dans la vie d'un archéologue, on n'en voit pas tous les jours. J'ai cette chance et avec l'équipe avec laquelle je travaille, on s'en rend vraiment compte. Donc, effectivement, ce sont des bois qui sont très bien conservés pour la plupart, puisqu'ils ont subi à la fois un incendie, ce qui a permis de durcir le bois en surface, mais juste ce qu'il faut avant de s'effondrer dans le bassin et donc d'être éteint. Puis, ensuite, d'être préservés par les éléments de démolition tombés par-dessus, ce qui fait qu'on a une conservation optimale de cet ensemble."

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Bruno Bazin "Ce bassin, en fait, est situé en façade du temple d'Apollon, [...] C'est une vraie découverte à laquelle on ne s'attendait pas puisqu'on est quatre mètres plus bas que le temple à quadri-portiques et on est surtout deux mètres sous la nappe phréatique. Donc, ça crée des contraintes très particulières. [...] Ce qui est intéressant, c'est que le fait que cet édifice soit beaucoup plus bas, fait qu'il était rapidement recouvert par l'eau, et cela fait qu'il a été préservé à la fois dans son architecture et dans ce qu'il pouvait aussi le décorer, notamment avec ses éléments de bois."

À l’intérieur de ce bassin, reposent les vestiges d’un plafond à caissons en bois ouvragé : il s’agit d’une découverte d’une ampleur exceptionnelle, ce type d’ouvrage étant jusqu’alors totalement inconnu en Gaule, et dont le seul équivalent se trouve à Herculanum

Élement hexagonal en cours de dépose
Élement hexagonal en cours de dépose
- © Chartres métropole
Élément du plafond à caissons en forme d'hexagone.
Élément du plafond à caissons en forme d'hexagone.
- © Chartres métropole

Contre toute attente, c’est l’alliance du feu et de l’eau qui est à l’origine de la préservation de ce plafond sculpté : le feu, car les pièces de bois présentent les stigmates d’un incendie qui a durci leur surface avant leur effondrement. L’eau, car le bassin dans lequel elles sont tombées, était encore rempli, mettant ainsi fin à la combustion de l’ouvrage de menuiserie. Les crues successives de l’Eure scellent ensuite le plafond dans un milieu humide, sans air et sans lumière, permettant ainsi sa conservation jusqu’à nos jours. Plus de 1 000 pièces de bois ont déjà été extraites du bassin. Elles correspondent à des poutres, poutrelles et planches constitutives de caissons hexagonaux et losangiques à décors particulièrement bien préservés, ciselés de feuilles d’acanthe, d’oves, de fers de lance, de rais de cœurs ou encore de perles et pirouettes. 

Poutre de caisson et ses moulures d'encadrement ornées
Poutre de caisson et ses moulures d'encadrement ornées
- © Chartres métropole

Mathias Dupuis "Ce qui m'a frappé quand je suis arrivé à Chartres, c'est que ce chantier de Saint-Martin en Val est vraiment un laboratoire à ciel ouvert, c'est-à-dire que l'équipe a fait cette découverte en 2016/2017 mais elle a pris le temps de réfléchir et a développé un vrai protocole de recherche pour traiter ces bois, parce que, évidemment, c'est un matériau extrêmement fragile qu'il faut bien conserver. On a investi dans l'achat de chambres froides, d'une grande piscine, qui permettent de conserver ces pièces de bois dans les locaux de la direction de l'archéologie. Et parallèlement, l'équipe a mis en place des protocoles de prélèvement qui consistent à pouvoir extraire ces pièces de bois du bassin de manière très précautionneuse."

Détail d'un décor du plafond effondré dans le bassin : tresse végétale.
Détail d'un décor du plafond effondré dans le bassin : tresse végétale.
- © Chartres Métropole

Les essences de bois utilisées combinent le sapin en très grande majorité ainsi que le chêne et le tilleul pour les décors. Cet ouvrage témoigne d’une maîtrise très avancée du travail du bois, notamment par l’utilisation de techniques de charpente et de menuiserie aujourd’hui disparues. La seule autre occurrence d’un tel plafond décoré connue à ce jour, se situe dans la maison au relief de Telephus à Herculanum. 

La maison Telephus à Herculanum (Campanie, Italie)
La maison Telephus à Herculanum (Campanie, Italie)
© Visactu - © Jérémy Villasis / Coll. Moment open

Avec Bruno Bazin, archéologue, responsable d’opération à la Direction de l’archéologie de Chartres Métropole et Mathias Dupuis, archéologue et Directeur à la direction de l’archéologie de Chartres Métropole. 

Mathias Dupuis "C'est vraiment ce qu'on appelle un sanctuaire suburbain, qui se situe aux limites de la ville, à l'extérieur du grand fossé, une enceinte qui délimite une superficie comprise entre 250 et 300 hectares à peu près à l'intérieur de la ville antique. Le sanctuaire de Saint-Martin en Val se trouve immédiatement au sud de cette grande enceinte, le long d'un axe très important qui est la route qui relie Chartres à Orléans. Les deux villes faisaient partie du même territoire, la grande cité des Carnutes, donc la position du sanctuaire de Martin en Val montre l'importance de cet axe de communication et la relation entre ces deux villes qui se complètent aussi, sans doute sur le plan politique et économique, puisque Orléans, a priori, recouvre plutôt un rôle économique, et on peut donc imaginer que Chartres a un rôle plutôt politico-religieux."

Schéma du sanctuaire gallo-romain de Saint-Martin-au-Val
Schéma du sanctuaire gallo-romain de Saint-Martin-au-Val
- © Chartres métropole

Bruno Bazin "70 après Jésus-Christ, c'est vraiment le début de la construction. On a la mise en place de tout ce qui va être remblayage, de tout ce qui va être tranchées de fondation, mais aussi zones de circulation avec la dépose de petits cailloutis qui vont permettre aux chariots d'amener tous les matériaux. On est vraiment au début de l'époque flavienne, c'est-à-dire au moment où la romanisation est à son plein et où, à partir de Claude, on crée toutes les structures administratives et on développe les parures monumentales dans les villes romaines."

Pour aller plus loin

Références

L'équipe

Vincent Charpentier
Vincent Charpentier
Sandrine Chapron
Collaboration
Vanessa Nadjar
Réalisation