Temple de Baitocécé dans l’arrière-pays d’Amrith
Temple de Baitocécé dans l’arrière-pays d’Amrith
Temple de Baitocécé dans l’arrière-pays d’Amrith - © photo J. Aliquot
Temple de Baitocécé dans l’arrière-pays d’Amrith - © photo J. Aliquot
Temple de Baitocécé dans l’arrière-pays d’Amrith - © photo J. Aliquot
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Résumé

A l’image des étrusques, les Phéniciens semblent quelque peu délaissés des thématiques historiques et archéologiques, probablement parce qu’ils sont, notamment, à l’opposé de nos propres rives méditerranéennes. Avec Corinne Bonnet, professeure d’histoire grecque (Université Toulouse Jean-Jaurès).

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Dès l’antiquité, Grecs et Romains ont considéré les Phéniciens comme des concurrents, des ennemis, des commerçants sans scrupules, voire des loups de mer ! Pour autant, insaisissable, la Phénicie paraît bien plus difficile à cerner.

Corinne Bonnet "les Phéniciens eux-mêmes ne s'appelaient pas dans leur propre langue "phéniciens" et c'est seulement de l'extérieur, depuis les rivages grecs en quelque sorte, que l'on apercevait de ce côté-là une sorte d'unité que l'on a appelé la Phénicie, un territoire dont les bornes, d'ailleurs, ne sont pas faciles à fixer."

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Trône vide, dit Trône d’Astarté (Musée National du Liban, Beyrouth)
Trône vide, dit Trône d’Astarté (Musée National du Liban, Beyrouth)
- © Corinne Bonnet

Corinne Bonnet "Les Libanais aiment à rappeler ce passé phénicien qu'ils considèrent comme prestigieux. Les Phéniciens sont des marins entreprenants qui ont parcouru toute la Méditerranée."

Dans la longue durée de l’antiquité, le premier millénaire avant notre ère, le magazine d’archéologie de France Culture se propose d’embarquer dans le sillage de ces navires phéniciens, pour mieux découvrir ces acteurs majeurs de la géopolitique méditerranéenne. Entre 1200 et 330 avant notre ère, la Phénicie saisit toutes les opportunités pour tisser une vaste toile commerciale et culturelle jusqu’aux rives de l’Europe occidentale, dont l’Espagne et le Portugal, où de petites colonies et comptoirs sont créés. Les dominations, égyptienne, assyrienne, babylonienne ou hellénistique des royaumes phéniciens - Tyr, Byblos et Sidon - n’y changeront rien, tout au contraire.    

Corinne Bonnet "Tyr, Byblos et Sidon, sont les trois royaumes principaux de la Phénicie. Il y en a d'autres, bien sûr. Mais, à quoi ressemblait un royaume phénicien ? C'était un territoire relativement exigu, mais les royaumes y étaient contigus, sans espace vide. Donc, ça veut dire aussi qu'il pouvait y avoir des conflits frontaliers entre ces entités, très proches. Ce sont des royaumes qui étaient tournés vers la Méditerranée, avec en général un port assez développé, [...] mais ils avaient tous, aussi, un arrière-pays montagneux."

Site de Tyr, Liban
Site de Tyr, Liban
- © Corinne Bonnet

La Phénicie est cependant loin d’être un pays exclusivement tourné vers la mer. L’exploitation du fameux cèdre est d’importance, à en voir la correspondance du roi de Byblos « Zakar-Baal » avec un émissaire égyptien.

Pendentif punique et perles. Le pendentif représente une tête d'homme. Pâte de verre. Musée départemental d'archéologie Jérôme Carcopino d'Aléria (Corse)
Pendentif punique et perles. Le pendentif représente une tête d'homme. Pâte de verre. Musée départemental d'archéologie Jérôme Carcopino d'Aléria (Corse)
- © Clio20 (Wikimedia Commons)
Visage en verre, phénicien ou carthaginois (Metropolitan museum of art)
Visage en verre, phénicien ou carthaginois (Metropolitan museum of art)
- © Metropolitan museum of art

Corinne Bonnet "L'abbé Barthélemy (18e siècle) est l'auteur d'un roman très célèbre "Voyage du jeune Anacharsis en Grèce" qui a eu à l'époque un succès fabuleux. Et donc, cet abbé Barthélémy déchiffre l'écriture palmyrénienne en 1754 à travers des inscriptions bilingues. [...] Et, quatre ans plus tard, il déchiffre l'écriture des Phéniciens en utilisant, là aussi une inscription bilingue qui se trouve aujourd'hui au Louvre."

Rappelons aussi, comme le précise Pomponius Mela, géographe de l’Antiquité tardive : « les phéniciens ont inventé l’alphabet et les œuvres littéraires »… décryptés dès 1758 par Jean-Jacques Barthélemy. Pour autant, bien peu de cette littérature phénicienne est encore parvenue jusqu’à nous.

Corinne Bonnet "Il faut rappeler qu'on associe la Phénicie et les Phéniciens à l'invention, moi, je dirais plutôt "la mise au point", de l'alphabet, et de façon tout à fait paradoxale, on n'a absolument rien conservé de littérature phénicienne. Cela participe à les rendre insaisissables puisqu'on n'a pas de littérature qui parle d'eux."

Sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos (Musée National du Liban, Beyrouth)
Sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos (Musée National du Liban, Beyrouth)
- © Corinne Bonnet

Avec Corinne Bonnet, professeure d’histoire grecque à l’université de Toulouse Jean-Jaurès, spécialiste de l'histoire et des religions de la Méditerranée ancienne.

Pour aller encore plus loin

À écouter ou à réécouter : Escale phénicienne à Beyrouth
50 min
Références

L'équipe

Sandrine Chapron
Collaboration