En faire le moins possible, coûte que coûte
En faire le moins possible, coûte que coûte
En faire le moins possible, coûte que coûte ©Getty - Williams+Hirakawa
En faire le moins possible, coûte que coûte ©Getty - Williams+Hirakawa
En faire le moins possible, coûte que coûte ©Getty - Williams+Hirakawa
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Résumé

Et tout ça en pensant que ça va passer.

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J'ai été confrontée à un profil psychologique particulier... du type qu’on croise forcément une fois dans sa vie. Pas forcément régulièrement, mais au moins une fois, ça c’est sûr. Ça arrive notamment quand on travaille en équipe, et ça commence dès le collège, quand on doit rendre un devoir à plusieurs. 

Ce profil, c’est celui de la personne qui en fait le moins possible. Cette personne, vous la retrouverez sûrement plus tard, bien après le collège, sur votre lieu de travail, ou lors d’un repas entre amis, vous la reconnaîtrez facilement : en général, elle va aux toilettes ou sort fumer une cigarette au moment où tout le monde débarrasse la table. 

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Cette personne, je ne la déteste pas, je suis moi-même de temps en temps cette personne, qui préfère fumer plutôt que débarrasser… Néanmoins, je reste fascinée : car pour en faire le moins possible, je me suis rendue compte qu’il fallait en faire quand même beaucoup, voire beaucoup plus. 

Conduite d'évitement et doigt dans l'œil

Ce qui est intéressant avec le profil psychologique de celui qui en fait le moins possible, c’est qu’il est dans une perpétuelle conduite d’évitement. 

Il fuit votre regard, cultive le déni (dans la mesure du possible), tente de vous distraire en parlant d’autre chose, ou vous divertit en ironisant sur sa propre inactivité (plus c’est gros, plus ça marche). 

Il déploie, autrement dit, une foule de tactiques, soit par la dispersion, soit par la diversion, pour échapper à toute action. Autrement dit, il en fait des tonnes pour ne rien faire. Ce qui est, c’est vrai, très paradoxal. Mais ce qui n’est pas non plus, le plus paradoxal.

Non, le plus paradoxal, c’est que cette personne est persuadée de tromper son monde. Que ça va passer. Alors qu’en fait, tout le monde a bien compris son petit jeu. 

“Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière. Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu’on a de lumière. »

Voilà à quoi ressemblent ces personnes qui en font le moins possible, à ceux que Pascal, dans ses Pensées, décrit comme des demi-habiles. Soit cette catégorie intermédiaire d’individus qui commencent un raisonnement, une action, un geste, mais qui ne vont jamais jusqu’au bout.

Mais qui ne vont jamais jusqu’au bout, non pas seulement parce qu’ils tentent d’en faire le moins possible (et font donc les choses à moitié), mais parce qu’ils sont persuadés qu’ils sont plus habiles que les autres. 

Mais oui, pas besoin d’être complètement habile quand on pense que les autres sont complètement débiles. 

Tous demi-habiles

On pourrait dire que ce type d'individu est mal intentionné... mais encore faut-il préciser ce « mal intentionné », car je suis persuadée que ce type d’individu particulier, dont le but est d’en faire le moins possible, n’est pas mal intentionné parce qu’il nous veut du mal, mais parce qu’ils orientent mal ses intentions. 

Ils pensent qu’en faire le moins possible… est vraiment possible. Ce qui, d’une part, est un problème logique (on ne peut pas faire des choses en moins, ou alors on ne les fait pas), et ce qui est, d’autre part, un problème moral : les autres accepteront-ils de faire mon sale boulot ? 

Et c’est là où, comme on dit, le bât blesse : car oui, en général, on accepte. Et c’est le comble, on voit bien qu’on se fait avoir mais on s’en accommode. 

Et nous voici nous aussi des demi-habiles, à deux doigts de regretter de ne pas être complètement débiles. 

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