L'époque où Will Smith et Chris Rock s'entendaient bien
L'époque où Will Smith et Chris Rock s'entendaient bien ©Getty - NBC / Contributeur
L'époque où Will Smith et Chris Rock s'entendaient bien ©Getty - NBC / Contributeur
L'époque où Will Smith et Chris Rock s'entendaient bien ©Getty - NBC / Contributeur
Publicité

Ou : pourquoi parle-t-on tous du même sujet au même moment ?

Même si vous étiez en train de dormir, même si vous n’avez que faire des cérémonies cinématographiques, vous n’avez pas pu ne pas entendre parler de l’incident qui a eu lieu dans la nuit de dimanche à lundi lors des Oscars. 

A savoir la gifle assénée par l’acteur Will Smith à l’humoriste-présentateur, Chris Rock. En cause : la mauvaise blague de ce dernier à propos du crâne rasé de la femme du 1er, Jada Pinkett-Smith. 

Publicité

Et comme il y a un an avec la gifle de Macron, difficile d’y échapper… Car au bruit qui se répand et augmente, s’ajoute alors la réaction en chaîne des articles et des chroniques (dont la mienne va d’ailleurs grossir le flux), avec, à chaque fois, un angle pas encore traité… 

Ce qui, quand on y pense, se produit peu ou prou à chaque événement de ce type. L’idée étant de se différencier mais aussi de répéter, car oui : que faire d’autre qu’être en boucle sur une vidéo qui tourne en boucle ? 

L'humanité est répétitive

Et après tout, pourquoi pas ? pourquoi parler d’autre chose quand c’est ça le “sujet” “du moment” (et je mets “sujet” et “du moment” entre guillemets) ? Alors, oui, je sais : parce qu’il y a plein d’autres sujets, parce que ça n’intéresse pas tout le monde… et que, surtout, l’essentiel a déjà été dit. 

Mais quand même (et c’est plutôt ce qui m’intéresse, plus que l’incident) : pourquoi faire différent quand on peut faire pareil ? Et surtout quand on ne peut pas faire autrement ? 

“Sous tous ces changements infinis, et au milieu de tout ce chaos, on n'a jamais devant soi que le même être, identique et immuable, occupé aujourd'hui des mêmes intrigues qu'hier et que de tout temps”... 

S’il y en a un qui ne se faisait aucune illusion sur l’humanité, et sa répétition incessante, et donc usante, c’était bien Schopenhauer.
Ca l’angoissait à mort d’ailleurs cette répétition, car s’y jouait, selon lui, quelque chose de littéralement morbide dans l’humanité, dans ses agitations mécaniques et prévisibles. 

D’une certaine manière, Schopenhauer avait parfaitement compris le paradoxe dans notre soif de nouveauté, dans notre ambition à faire du neuf ou du différent… quand on se rend compte que, derrière la diversité des circonstances, ce sont encore et toujours les mêmes actions et souffrances. 

Ne plus vouloir faire différent

C’est vrai qu'on pourrait, au moins, objecter que chaque répétition est différente (ça, c’est Deleuze qui le dira) ou s’enthousiasmer de la répétition (façon Nietzsche ou Kierkegaard). 

Mais une fois qu’on a dit ça, et qu’on a fait tout ce name-dropping, se pose le même constat : l’histoire, mais surtout les histoires se répètent. Alors qu’en faire ?
Faut-il le déplorer ? s’en angoisser tel Schopenhauer ? ou alors s’en réjouir ? y adhérer délibérément ? y trouver une raison ? leur trouver, malgré tout, un éclairage particulier, singulier ? 

Mais… peut-on même faire quelque chose, sachant que la répétition semble nous rendre impuissant ?
Car c’est bien ça le problème que découvre la répétition, ou pour le dire autrement, notre capacité à en être en boucle : non pas de pouvoir ou pas faire différent, mais le fait de vouloir faire différent. 

On s’en veut de suivre ou parler des mêmes histoires, des mêmes gifles, on s’en veut même d’en penser quelque chose alors qu’on en pense parfois/souvent rien, et pourtant, impossible d’y renoncer : et pas pour faire comme tout le monde, mais malgré nous. 

Quelque chose nous pousse à ne faire que répéter, et je pourrais le dire et le redire, et encore le dire, jusqu’à la fin de cette chronique.