Etonné ?
Etonné ?
Etonné ? ©Getty - Art Wolfe
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Résumé

La nomination d'Elisabeth Borne au poste de Première ministre en est la preuve.

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Comme beaucoup de Françaises et Français, j’attendais moi aussi de savoir qui allait être le nouveau Premier ministre. Et puis, voilà, la nouvelle est tombée.  C’est donc Elisabeth Borne qui a été choisie. Voilà. 

Que dire de plus ? Alors oui, bien sûr, dire qui elle est, rappeler son parcours, entendre des bouts de récit de son enfance, lister tous les chantiers sur lesquels elle va devoir travailler.
Et puis montrer quelques photos d’elle à différentes périodes de sa vie : jeune, à la RATP, avec un casque de chantier et quand elle était ministre, avant. 

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Voilà, c’est tout. Des jours à parler de ça pour qu’il n’y ait en fait que continuité, et donc aucun effet de surprise. D’autant que son nom circulant déjà, on pouvait s’attendre à quelqu’un d’autre. Mais non.

C’est d’ailleurs peut-être ça la surprise : d’avoir finalement comme Première ministre celle qui était attendue. 

A l'origine était l'étonnement

Je n’ai rien contre Elisabeth Borne. Evidemment. Mais quand même, avez-vous remarqué que ce qui est attendu comme un événement avec son potentiel lot de surprises, ne l’est jamais vraiment ? Et ça marche aussi pour les fêtes, les mariages ou autres… 

On a l’impression que quelque chose d’irréel, d’étonnant, de surprenant va se produire, et en fait non. Ce quelque chose est finalement aspiré par la réalité. Et de la surprise, il ne reste rien…, si ce n’est le souvenir de la trépignation, finalement vaguement assouvie, un peu frustrée. 

Un “tout ça pour ça ?”... Une non-surprise. 

"C'est l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, leur étonnement porta sur les difficultés qui se présentaient les premières à l'esprit; puis ils étendirent leur exploration à des problèmes plus importants. Apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance”. 

Vous connaissez peut-être ce texte d’Aristote (donné systématiquement lors du 1er cours de philo), eh bien, il est parfait pour cette affaire de non-surprise. Aristote nous dit que l’étonnement est le 1er mouvement de la philosophie, jusque-là, d’accord. 

Mais quel est donc le 1er mouvement de l’étonnement ? Comment se fabrique la surprise ? Peut-elle se fabriquer dans la mesure où elle est par définition surprenante ? Mais alors si elle ne se fabrique pas, comment arrive-t-elle ? 

Voici ce qui étonnant, ou surprenant, ou plutôt paradoxal avec la surprise : c’est peut-être ce qu’il y a de moins surprenant au monde. 

S'étonner du non-étonnement de la surprise non-surprenante

La surprise est étonnamment non-surprenante, ou plus précisément, ce qui court le risque de ne pas l’être. 

Alors évidemment, vous allez me dire qu’il y a une histoire d’attente, d’anticipation, d’émulation collective. Ca marche tout à fait pour cette nomination de Premier ministre. 

Plus on attend, moins on risque d’être surpris et plus on est menacé par la déception, voire l’indifférence. La non-surprise, donc. 

Mais en même temps, la question se pose : pourquoi s’attendre à être surpris ? Là est le problème, la contradiction dans les termes, le comble. Qu’est-ce qu’on voudrait pour avoir du nouveau, de l’inattendu, du dingue, de l’incroyable ? 

D’où vient cette passion pour la surprise ? Aristote dit bien que “s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance” mais comment s’étonner quand on sait déjà tout ou qu’on envisage toutes les possibilités. 

C’est peut-être là, comme le dit encore Aristote, qu’on “aperçoit une difficulté” et qu’on devrait donc tout naturellement s’étonner. 

Références

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