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Moi ©Getty - GK Hart/Vikki Hart
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Résumé

Pourquoi faire appel à cet argument ?

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Combien de fois l’avez-vous entendu ou utilisé vous-même ? Car oui, on l’utilise souvent. En général, quand on se dispute, mais aussi quand on se vend, dans un entretien d’embauche. 

Ou alors, quand on part dans des grandes envolées lyriques, un peu niaises, sur sa vie son œuvre, souvent en fin, mais alors vraiment en fin de soirée. 

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Vous le voyez cet argument, c’est celui qui consiste à dire, implacable et sans appel : “je suis comme ça, moi”, la plupart du temps suivi d’un “je ne changerai pas”/ou variante : “on me changera pas”. 

Ce qui est à noter ici, c’est le caractère horripilant du “comme ça” dont on ne sait jamais trop ce qu’il désigne ; et à noter aussi : le caractère non moins ulcérant du “on”, on me changera pas… comme si “on” avait, un jour, eu envie de faire ça. 

Pourtant, et malgré l’exaspération générée par ce genre de formules, on l’a déjà tous employée. Et c’est toute la question : pourquoi ? pourquoi ce besoin de rappeler qu’on est comme ça ? 

Moment de sincérité

C'est vrai que c’est un argument qu’on dit par exemple pour mettre fin à une dispute. Et pourtant, je crois même qu’il a de quoi relancer une dispute, en tout cas, de quoi énerver son interlocuteur. 

Mais vous avez raison, ça met bien fin à quelque chose, car invoquer ce “je suis comme ça et ça ne changera pas”, c’est bien dire quelque chose de définitif. Et pas sur n’importe quoi, mais sur soi. Et pas n’importe comment, mais sur le mode de la sincérité. 

"Quel est le but de la sincérité ? Faire que je m’avoue ce que je suis pour qu’enfin je coïncide avec mon être ; en un mot, faire que je sois ce que je suis”. 

Voilà à quoi ressemble, selon Jean-Paul Sartre, la personne sincère, celle qui semble vouloir rompre les codes de l’échange rôdé, pour, tout à coup, confesser ce qu’elle est. Ou plus précisément, pour, je reprends Sartre : “faire qu’il soit ce qu’il est”. 

Mais écoutez bien, car c’est quand même assez bizarre : pourquoi devrais-je faire en sorte d’être ce que je suis déjà ? Si je suis, je suis…, alors pourquoi avoir besoin de l’être ? de faire un effort pour l’être ? 

Eh bien, c’est tout le paradoxe de ce genre d’affirmation : on ne dit pas “je suis comme ça” pour tromper l’autre sous des atours de sincérité, on dit “je suis comme ça” d’une formule toute faite pour enfin accéder à ce que l’on est. 

Se rappeler à soi qu'on est soi

C’est vrai… mais reste à savoir encore ce qu’il faut entendre par ce que l’on est. Car on est quand même chez Sartre, pour qui, je le rappelle : l’existence précède l’essence. Autrement dit, pour qui, on ne peut pas dire qui l’on est, sans avoir un peu exister. 

Il y a donc bien un problème dans ce genre de formule : et vous avez raison, ce problème ne réside pas dans sa banalité un peu fumeuse, ni dans son côté stratagème pour triompher de l’autre, mais dans le fait qu’elle ne sert qu’à convaincre soi-même… 

Je suis comme ça, et puis c’est tout. Et puis rien d’autre. Et puis je me le dis, et je me le redis, et je me le répète. Mais pourquoi faire ça ? Pourquoi vouloir à tout prix se rappeler à soi qu’on est soi ? 

Ca semble presque un comble, et pourtant. Sûrement et tout simplement, parce que c’est rassurant. Parce qu’être sans se dire qu’on est, c’est comme ne pas être. 

C’est comme ne pas savoir ce que l’on est. Alors, il nous faut des “comme ça”, telles caractéristiques, telles qualités, tels défauts. 

Ce qui est, quand on y pense, réellement un comble : car dire qu’on est comme ça, et qu’on ne changera pas, c’est quand même le contraire d’être vraiment quelqu’un. 

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