Court-circuit
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Court-circuit ©Getty - Andriy Onufriyenko
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Résumé

Car, oui, il faut passer à autre chose maintenant.

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J'ai fait le choix de ne pas être disruptive. Et je crois que c’est un choix que chacune et chacun d’entre nous devrait envisager de faire. 

Je sais qu’il est tard pour s’agacer de l’emploi massif de ce terme… que beaucoup de gens ont déjà fait part de leur exaspération à son sujet. 

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Mais que voulez-vous, la disruption est tellement rapide, tellement répandue, que même s’en offusquer cinq ans après, vous fait passer pour un ringard. Alors, OK, j’assume : oui, je suis ringarde, et non, je ne suis pas disruptive. 

Pardon, je ne disrupte pas. Entendez, puisqu’on l’emploie désormais dans ce sens-là : je n’innove pas, je ne provoque pas de ruptures, je ne court-circuite rien du tout. Je ne suis pas une start-up, ni dans une politique de perpétuelle réinvention. 

Au fond, mon ambition est assez simple et à l’inverse de la disruption : avancer sans pour autant faire de fracas. 

La disruption se disrupte elle-même

Refuser la disruption, est-ce refuser le changement ?
Car, on l’a vu, avec l’extension de ce terme dans les années 2010 notamment, de l’économie et des nouvelles technologies jusqu’à la sphère politique, disrupter est devenu un synonyme d’avancée, de transformation, de changement. 

Et inversement, le changement lui-même n’est plus conçu que sous la forme de rupture, de fracture, de court-circuit. Il faudrait absolument tout réinventer, tout le temps, et savoir se renouveler soi-même avant tout. Mais pas n’importe comment : avec éclat et coupures franches. 

C’est d’ailleurs ce qu’on demande au nouveau Président : de disrupter sa politique qui se présentait pourtant déjà comme disruptive.
Et c’est ainsi tout le paradoxe de la disruption : elle se disrupte elle-même. 

La disruption n’a d’autre essence que de s’auto-court-circuiter, en permanence, que de se fracturer elle-même, autrement dit, de se détruire. Et donc, de ne rien changer. 

A partir de là : comment désirer encore la disruption ? et pourquoi encore concevoir le changement uniquement de cette manière-là ? 

Changement sans voir de changement 

C’est tout le problème que soulève la disruption : comment concevoir le changement si on ne perçoit pas de rupture ? ou pour le formuler plus précisément : comment concevoir le changement si on ne voit pas de changement ? 

Alexis de Tocqueville avait pourtant la réponse quand il parlait de la Révolution française : 

“Il n’y a rien de plus propre à rappeler les philosophes et les hommes d’État à la modestie que l’histoire de notre Révolution ; car il n’y eut jamais d’événements plus grands, conduits de plus loin, mieux préparés et moins prévus.”

Ces 1ères lignes qui ouvrent son texte L’Ancien régime et la Révolution ont de quoi ramener les pieds sur terre, ou pour le dire comme Tocqueville, de quoi nous rappeler à la modestie : car ce qu’il nous dit ici, c’est que même un événement comme une révolution, soit un événement ultra disruptif, ne se fait pas en un coup, mais se conduit de loin, se prépare, se prévoit. 

Ce qui apparaît alors, c’est que derrière l’événement qu’on réduit à quelques dates et faits remarquables, il y a aussi la révolution sourde, lente, en creux. 

Ce qui apparaît donc, c’est qu’un autre changement est possible : un changement perpétuel et imperceptible qu’on ne discerne qu’en observant attentivement une situation. 

Une ride au coin de l'œil, une légère inflexion de voix, une transition en douceur. Alors oui, c’est moins spectaculaire, ça claque moins, ça en jette peu.
Mais ce changement, à l’opposé de la disruption, a l’avantage de ne pas nier que tout se transforme sans pour autant vouloir tout détruire. 

Reste alors cette question : pourquoi veut-on à tout prix, avec la disruption, tout casser ? et en général, pour ne pas faire mieux... mais pire ? 

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