Du coup
Du coup ©Getty - Carl Smith
Du coup ©Getty - Carl Smith
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Entre ceux qui disent "du coup" et ceux qui s'en offusquent, qui sont les plus insupportables ?

"Insupportable", "horripilante", "incorrecte"… tout le monde déteste cette expression. C’est marrant parce que tout le monde l’emploie quand même. Ce qui revient à dire que tout le monde se déteste. Du moins, au moment fatal où est prononcé ce fameux “du coup”, soit plusieurs fois par jour.  

Et c’est vrai, quand on y pense : l’entendre dans la bouche de son interlocuteur peut agacer et se l’entendre dire, tout autant.
Que faire du coup de nos “du coup” ? faut-il se blâmer de l’utiliser tout le temps et forcément mal à propos ? Faut-il se bâillonner ? reprendre ses interlocuteurs et leur faire une petite leçon ? 

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Personnellement, je trouve qu’on en fait beaucoup trop au sujet de ce “du coup”. Oui, c’est vrai, il est insupportable, horripilant, incorrect.
Mais franchement, pas plus qu’un autre tic de langage. C’est une béquille, quand on patine un peu dans la conversation, voilà tout. 

En revanche, ce qui est intéressant, ce sont justement les réactions qu’un “du coup” suscite. 

La morale anti-"du coup"

Utiliser un “du coup”, aujourd’hui, c’est prendre le risque de faire une faute de langue, mais c’est surtout prendre le risque de s’exposer aux reproches, pire aux leçons du bien-parler français. Je ne sais pas pourquoi mais s’il y a bien un domaine où certains se sentent autorisés à faire les profs, c’est bien dans ce domaine. 

On ne dit pas “aller au coiffeur”, “on ne dit jamais monter en haut”, et donc : “arrête avec tes “du coup””.
Combien de fois à être repris alors qu’on s’est compris et qu’on n’a rien demandé ? Paradoxalement, ce n’est pas de dire “du coup” qui est devenu insupportable, c’est toutes les leçons qui aussitôt s’ensuivent.  

“Partout où nous rencontrons une morale, nous rencontrons une évaluation et un classement des actions humaines. Par la morale, l’individu est instruit à être fonction du troupeau et à ne s’attribuer de la valeur qu’en tant que fonction.”

Et c’est bien à ça que ressemble chaque leçon de français assénée après un “du coup” : à ce que décrit Nietzsche, dans son Gai savoir, à savoir une morale qui évalue et classe les individus. Leur donnant une fonction plus ou moins valorisante et valable dans le troupeau, selon leur bon usage de ce qui se fait ou pas, se dit ou pas. 

On imagine que l’individu qui a le malheur de dire “du coup” froissant du même coup l’Académie française et les moralisateurs qui s’en revendiquent, doit figurer bien bas (et se sentir bien bas) dans ce troupeau.
Mais au nom de quoi ? d’une évaluation arbitraire, laquelle change en fonction des lieux et des époques. 

Ne pas savoir se maîtriser

Mais si le mauvais usage des “du coup” est si répandu que ça, à en croire en tout cas la crispation générale sur le sujet, l’usage voudrait justement qu’on puisse l’utiliser mal. C’est pour ça qu’il y a ici un problème : 

comment à la fois condamner l’usage d’une expression tout en demandant de revenir à son usage ? comment critiquer les dérives grégaires qui, de fait, transforment les usages de la langue au nom d’une morale elle-même grégaire ? 

Et ce problème ne relève pas tant de la langue que de la forme. Que reproche-t-on, au fond, aux individus qui disent “du coup” à tout bout de champ ? de mal parler, certes, mais surtout de ne pas savoir se contenir, de se laisser aller. 

D’être, autrement dit, trop informel. Mais à quoi ressemblent tous ces autres qui s’indignent et se scandalisent, se laissant tout autant aller à faire des leçons ? Eh bien, du coup et contre toute attente, ils sont exactement les mêmes.