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OK ©Getty -  Bernhard Lang
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Résumé

C'est le nouveau terme à la mode : "acceptabilité". Terme peu plaisant, est-il valable ?

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"Acceptabilité"... oui, je sais, c’est moche comme terme. Mais les temps sont ainsi faits qu’on en est réduit à ça. Après distanciel, présentiel ou FFP2… encore un mot moche : l’acceptabilité. Heureusement qu’il y a le mot “confinement” qui sonne plutôt bien, enfin je trouve. 

Mais bref, revenons à l’acceptabilité, soit l’idée qu’une mesure, du type 3ème confinement, pour pouvoir être envisagée, passée et appliquée, devrait non pas seulement se fonder sur des chiffres, mais être acceptable pour la population. Non pas désirable, faut pas pousser, mais en tout cas, pas jetable.
Un bon synonyme d’acceptable serait “tolérable”. 

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Et comme vous le remarquez déjà, beaucoup trop de -able dans ces dernières phrases. Car ce qui est en -able ne prend pas forcément une forme en -é : ce qui est tolérable n’est pas tout le temps toléré, ce qui est passable ne passe pas forcément, et par suite : ce qui est acceptable n’est pas forcément accepté. 

Pourquoi alors penser que ce qui est acceptable sur le papier sera forcément accepté en réalité ?
Pensez à ces derniers jours : personne ne voulait accepter un autre confinement, et aujourd’hui, on ne veut pas accepter un non-confinement. Vous voyez, l’acceptable n’a rien de fiable. 

D’où ma question aujourd'hui : l’acceptable est-il acceptable ? 

Non, c'est non, et oui, c'est quoi ? 

C'est vrai qu'acceptable, c'est largement mieux que l’inacceptable qui a un côté un peu outré et grandiloquent, un peu indigné, il est ainsi de bon ton de dire dans la même phrase “c’est inacceptable, c’est un scandale”… mais quand même, de là à accepter l’acceptable… 

C’est bien mon interrogation : ce qui est acceptable est-il pour autant suffisant ? Peut-on vraiment se contenter de ce qui est acceptable ?
Bien sûr, vous pouvez me répondre “oui”. Parce qu’accepter, par définition, c’est dire “oui”. Mais quelle sorte de “oui” ? Et là, vous allez me dire que je chipote, mais c’est très important cette question du “oui”. Car si quand je dis non, c’est non, quand je dis “oui”, est-ce tout le temps “oui” ? Eh bien, non.

Et c’est là tout le paradoxe de cette histoire d’acceptabilité : ce n’est pas seulement que ce qui est acceptable n’est pas encore accepté (même s’il mérite de l’être), mais c’est que ce qui est acceptable, par définition, peut certes convenir, mais n’est pas désirable en tant que tel, ça ne suscite aucune adhésion totale ni aucun enthousiasme. C’est pas mal, mais ce n’est pas top ni bien.  

Accepter Vs. dire oui 

Dans Le gai savoir, livre IV, § 276, Nietzsche qui n’avait pas peur, non plus, de la grandiloquence dit ceci : 

“en tout et pour tout, et en grand : je veux, en n'importe quelle circonstance, n'être rien d'autre que quelqu'un qui dit oui”. 

Très bien. Pour information, c’était ses vœux pour la nouvelle année (1882).
Comme on l’entend : c’est une chose de décider de dire oui à tout et en grand, de dire oui à la vie, aux choses qui arrivent quoi qu’il se passe, à la nécessité. Et c’en est une autre de penser que les Français pourraient dire oui ou non, oui à chose, non à une autre, quand non seulement ils n’ont pas le choix, mais qu’en plus, la décision ne pourra pas venir d’eux. 

Vous voyez le problème. Pour dire oui, pour qu’on accepte une situation, pour qu’on acquiesce à tel ou tel choix stratégique, encore faut-il que la question soit posée. Mais, de fait, ce qui se passe depuis des mois n’a requis aucun consentement. Les choses ne sont donc pas acceptables en tant que telles, mais on les accepte parce qu’il en est ainsi. Nuance. 

Au fond, ça fait des mois qu’on est nietzschéens, qu’on dit oui à tout, et même à ces idées un peu bizarres d’acceptabilité.