Le vaccin spectacle
Le vaccin spectacle ©Getty -  Yulia Reznikov
Le vaccin spectacle ©Getty - Yulia Reznikov
Le vaccin spectacle ©Getty - Yulia Reznikov
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Pour les responsables politiques, le vaccin est un enjeu politique. De là à se faire vacciner en public et à fournir la preuve de leur vaccination ?

Aujourd'hui, je m'interroge sur les vaccins... Enfin, plutôt sur le fait qu’on parle autant de vaccins. “Course au vaccin”, inquiétudes liées au vaccin, effets secondaires du vaccin, obligation ou pas du vaccin, défiance à l’égard du vaccin… 

Ce n’est pas bizarre d’en parler tout le temps (on est quand même en pleine pandémie), c’est cette double question que l’on pose aux responsables politiques : 1° allez-vous vous faire vacciner ? ; et 2° pourriez-vous le faire publiquement ? 

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C’est évidemment cette 2nde question que je préfère. Alors, bien sûr, on peut comprendre une telle interrogation : le vaccin n’étant pas une question de choix personnel, mais aussi une mesure politique, il ne s’agit pas seulement pour un ministre de dire “oui, je vais me faire vacciner”, mais de le faire et de le montrer, de joindre les paroles aux actes. 

Mais je me demande : qui a envie de voir cela, de regarder de telles vidéos, de les partager, de les contempler ? qui va les regarder et surtout, pourquoi ?
Car qui pourrait regarder des ministres se faire enfoncer une aiguille dans l’épaule pour ensuite se dire “ah d’accord, si Marlène Schiappa ou J-Michel Blanquer l’a fait, je vais le faire” ? 

Fournir des preuves

Je me suis dit que filmer ou photographier une personnalité politique en train de se faire vacciner serait une preuve… la preuve !
Mais la preuve de quoi (de la nécessité de se faire vacciner, que telle personnalité s’est bien fait vacciner, ou que le vaccin existe) ? Et puis, une preuve aux yeux de qui ?
Si de telles images permettaient bien, comme le veut par définition une preuve, d’établir la vérité du vaccin ou de servir d’exemple probant, seraient-elles suffisantes pour convaincre des individus de se faire vacciner ? 

En fait, de fil en aiguille, j’en suis venue à m’interroger sur la preuve elle-même : que prouve la preuve ?
Dans un procès, quand on doit se faire une idée, la preuve est décisive, mais quand on a déjà une idée, une preuve est-elle suffisante, voire même utile ? Si j’ai déjà une idée sur les vaccins, en quoi ces preuves peuvent-elles avoir une quelconque valeur ? 

Je pense souvent à une amie à moi rongée par la jalousie, son compagnon avait beau lui fournir des preuves de sa fidélité, elle n’en démordait pas : ce n’est pas le poison du doute qui s’était instillé en elle, mais bien au contraire, le poison de la certitude… elle était certaine qu’il l’a trompée. 

D’où ma question, et ce paradoxe auquel je suis venu, aujourd’hui : la preuve est-elle forcément probante ? 

La preuve prouve-t-elle de manière probante ?

Je ne remets pas en cause les preuves quelles qu’elles soient, je remets en cause cette tendance à vouloir donner des preuves, à vouloir prouver quelque chose, à être probants et exemplaires à tout prix et aux yeux de tous. 

Dans son Traité de la nature humaine, le philosophe écossais David Hume déclare ceci : 

“Par preuves, j’entends les arguments tirés de la relation de la cause à l’effet, complètement délivrés du doute et de l’incertitude”. 

Si je caricature la définition de la preuve, je dirais donc que la preuve prouve de manière probante. Qu’au moyen d’arguments observés, constatés et vérifiés, elle se suffit parfaitement à elle-même, encore faut-il qu’on enquête ou qu’on démontre, qu’on soit, autrement dit, dans une quête de vérité. 

Mais, et c’est bien le problème de la preuve : elle délivre du doute si on ne sait pas, mais elle ne délivre rien quand on n’est pas dans une quête de vérité, que l’on pense déjà savoir, qu’on croit déjà être délivré du doute et de l’incertitude…
Donc, s’il vous plaît, pas de vaccinations d’hommes ou de femmes politiques en public… 

L'équipe

Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
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