Test grossesse ou test covid ?
Test grossesse ou test covid ?
Test grossesse ou test covid ? ©Getty -  TravelCouples
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Résumé

Mais faut-il les tester ?

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C’est la nouveauté de la semaine. Après les tests PCR, les tests antigéniques, les tests salivaires, voici donc l’autotest ! Avec un principe assez simple, tout est dans le nom : se tester soi-même.
Et j’adore déjà cette idée : encore une raison pour ne pas sortir de chez soi. Tout est désormais et complètement à portée de main, télétravail, livraisons, SOS médecins, et donc maintenant, tests covid. 

Alors, évidemment, vous allez me dire qu’il faut quand même sortir de chez soi pour se procurer ces autotests. Je sais, c’est le GROS bémol de cette nouveauté, il faut encore un peu sortir de chez soi pour pouvoir rester chez soi, en parfaite autonomie... pour rester parfaitement autocentré, autotesté, et autre auto-truc. 

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Car c’est bien le petit élément significatif de ces autotests, au-delà de savoir si on a le covid ou pas, cette idée de l’”auto”. Tout pourrait désormais non pas seulement se faire chez soi, mais avec soi, par soi et pour soi, et surtout sans les autres.
Au fond, le rêve de tout individualiste, de tout égoïste, d’un mauvais penseur de la liberté moderne. Et je dois dire : un peu mon rêve à moi aussi. 

Et pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais là l’idée de me tester moi-même toute seule me semble glauque… 

Seule dans une salle de bain

J'ai cette image qui revient tout le temps : moi toute seule dans une salle de bain, lumière frigo, robinet qui goutte dans le lavabo, en train d’attendre mes résultats covid. Ou alors dans les toilettes du bureau, 8ème étage, porte D, limite en panique, comme pour un test de grossesse.
Sauf que dans ce cas-là, ça ne concerne pas que mon utérus, mais toutes les personnes que j’ai croisées. 

Et alors là, comment on fait, quand on sort ? On est gênés ? On jette son test dans la poubelle des WC ? On dit rien quand c’est négatif, ou on saute de joie ? Et quand c’est positif, on s’en va discrètement, honteux ?
En fait, cette idée d’autotest censée nous faciliter la vie, c’est vrai, a le grand défaut de nous livrer encore une fois à nous-mêmes. 

Mais qui a envie de vivre ça seul ? J’aime bien qu’on me fasse mes prises de sang, qu’un professionnel de la santé m’explique ce qui se passe...
Paradoxalement, si on peut aimer être seul voire être individualiste, on ne peut l’être qu’à condition d’être entouré et pris en charge à plein d’égard dans sa vie. 

Soi esseulé

De la même manière que pour être bien chez soi, encore faut-il en sortir, pour être bien avec soi-même, par soi-même et pour soi-même, encore faut-il pouvoir sortir de soi-même. 

Et loin de moi l’idée de célébrer la solidarité, le collectif, ou pire, la convivialité, mais il s’agit de se rendre à l’évidence : l’autonomie, tout comme les autotests, tout cela n’a pas grand intérêt si on est tout seul.
De fait, il n’y a aucun sens à parler de virus qui se propage ou d’autonomie si on est seul sur terre. 

C’est d’ailleurs le principe de l’autonomie : non pas se donner à soi-même sa propre loi, pour soi seul, mais, comme le dit Kant de : 

“toujours choisir de telle sorte que les maximes de notre choix soient comprises en même temps comme lois universelles”. 

Et c’est ainsi que ces autotests sonnent pour moi comme des contresens : ils ne sont pas le signe de l’autonomie ou d'un auto-truc universel, mais plutôt de la solitude, ou pire et plus précisément : de l’esseulement, d’une existence passée en cachette dans des toilettes à attendre des résultats d’écouvillons. 

Voilà, cette idée d’autotest ne réalise pas mon rêve d’une vie égoïste et autocentrée, elle révèle plutôt ce problème prégnant depuis 1 an : qu’on est seuls et qu’on en vient à être esseulés sans même pouvoir en vouloir aux autres de nous aider ou de nous déranger. 

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