Bon.
Bon. ©Getty - SEAN GLADWELL
Bon. ©Getty - SEAN GLADWELL
Bon. ©Getty - SEAN GLADWELL
Publicité

... et je n'ai rien compris.

J'ai lu le Manifeste conspirationniste, manifeste anonyme paru aux éditions du Seuil qui, comme son titre l’indique, revendique d’être conspirationniste ! Titre explicité dès la première phrase : "nous sommes conspirationniste, comme tous les gens sensés désormais".
Évidemment, une telle publi-revendication a de quoi étonner : pourquoi publier un livre manifestement conspirationniste ? Qui se cache derrière lui ? Pourquoi les éditions du Seuil se sont-elles engagées là-dedans ?

Je préfère le dire tout de suite, je n’en sais rien. De la même manière, je n’ai pas la réponse à d’autres questions comme : peut-on tout publier ? Et même ce qui, sans être illégal, est bourré de raccourcis ou d’incompréhensions ? Ou même, et tout simplement est complètement con ?

Publicité

Alors, si, à ça, en fait, j’ai la réponse : vu que c’est publié, je peux vous affirmer, sans prendre de risques, qu’on peut le publier. Et bien sûr, n’oublions pas le principe, indiscutable, de la liberté d’expression.

Une fois que j’ai dit ça, de quoi je ne parlerai pas et sur quels principes (de réalité et de droit) je ne reviendrai pas, alors que dire de ma lecture de ce week-end ? Eh bien, c’est là où je suis embêtée : parce qu’en fait, je n’ai rien compris à ce que j’ai lu.

Une série d'incompréhensions

Déjà, je n’ai pas compris le plan du livre ni donc l’enchaînement des arguments : pourquoi me parle-t-on des soulèvements de 2019, après de la guerre froide pour passer ensuite au nudge ?

Après, je n’ai pas compris certaines phrases, par exemple : "La pluie drue des faits du jour file par les gouttières de l’esprit", ou alors peut-être n’ai-je pas compris le style ?

D’ailleurs, en parlant de style : pourquoi certaines phrases sont-elles en gras ? Pourquoi y a-t-il des anaphores partout ? Ou des métaphores telles :

Le coup de mars 2020 a partout pris la couleur locale : doloriste-macabre en Espagne, gris-fonctionnel en Allemagne, pastoral-hystérique en Italie, furieusement disciplinaire et faussement égalitaire en France, sereinement désordonné en Grèce, gore-assassin aux Philippines.

Mais surtout : je n’ai pas compris l’enjeu du livre : pourquoi être conspirationniste ? Et pourquoi conspirationniste plutôt que complotiste ? Et pourquoi conspirationniste plutôt que critique ?

Et pire que tout, face à tous mes "pourquoi", je n’ai trouvé aucune réponse. Ce qui est quand même très fâcheux, car se dévoile tout le paradoxe, moins du conspirationniste, que du manifeste.

Epargnez-nous

Il ne sert qu’à convaincre ceux qui sont déjà convaincus, et ça concerne d’ailleurs tous les manifestes. D’où le ton assez péremptoire et snob, d’où le style toujours poseur : ceux qui écrivent des manifestes savent, ils ont, je cite celui-ci, "le recul nécessaire", ils sont profonds (mais l’écrivent en italique)…

Ils entendent, je cite encore, "plastiquer les entraves mentales", "arracher à l’impuissance", tout en ne voulant surtout pas la gloire (non pas du tout) ; ils ne "redoutent" rien, d’ailleurs ils ne doutent jamais ; ils veulent nous "épargner bien des servitudes" tout en s’épargnant, je cite encore et encore, "le style démonstratif, les notes de bas de pages, le lent cheminement de l’hypothèse à la conclusion".

Ce qui explique sûrement ce problème : qu’un manifeste soit souvent le contraire de ce qui est manifeste… et que j’ai vu défiler une série de "propos" sans savoir où on voulait en venir. Sauf à me dire que j’étais trompée, aveuglée, impuissante.

Mais voici mon cheminement à moi, de l’hypothèse : et s’il valait mieux être impuissant et aveuglé mais avec des notes de page et des démonstrations ? À ma conclusion : oui, c’est mieux. Mais je n’en ferai pas un manifeste non plus.

L'équipe

Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye
Géraldine Mosna-Savoye