... ou pas.
... ou pas.  ©Getty -  Carol Yepes
... ou pas. ©Getty - Carol Yepes
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Comme pour la bise en entreprise, se souhaiter "bonne année" est-il devenu dépassé ? J’imagine qu’après la déconfiture de 2020, personne, en tout cas pas moi, n’avait envie de prendre de risques !

Je ne sais pas comment ça s’est passé pour vous, les vœux de bonne année, mais pour ma part, la plupart que j’ai reçue étaient assez peu… comment dire ? légers ? enthousiastes ? encourageants ? Pas que les miens aient été mieux, cela dit. Rares, courts, pas inventifs, j’avoue surtout m’être contentée d’un simple “bonne année”. 

J’imagine qu’après la déconfiture de 2020, personne, en tout cas pas moi, n’avait envie de prendre de risques, de faire comme si de rien n’était (en plaçant les mots d’"amour", d’"argent", ou pour les plus zélés, de "bonheur") ni d’encourager la terrible pente des espoirs déçus (en évoquant, par exemple, une possible sortie de crise). 

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Certains ont sûrement dû oser les “vive 2021, l’année du vaccin” (on aime toujours bien les rimes dans ces cas-là) ou, version plus ironico-nihiliste, “je t’avais souhaité une bonne année 2020, mais je préfère désormais ne rien te souhaiter du tout”. Mais au-delà de ces pas de côté, rien à signaler. Et je dois dire que c’était… bien. Un peu comme se faire la bise en entreprise, se souhaiter une bonne année est-il enfin devenu dépassé ?

Se souhaiter la bonne année, une démarche formelle

Vous ne vous êtes jamais étonné, vous, de recevoir des messages de vagues personnes croisées dans des soirées ou même dans votre propre famille, seulement dans ces occasions-là (et ça va de la nouvelle année à l’anniversaire) ? Avouez que c’est toujours perturbant d’imaginer que vous faites partie d’une liste de contacts uniquement contactés parce que le calendrier le veut ou parce que Facebook vous rappelle de le faire…

Mais soyons précis, ce qui est exaspérant, ou du moins, étonnant, dans ce genre de démarche formelle, ce n’est justement pas la formalité avec sa dose d’insincérité voire d’hypocrisie, où l’on peut en venir à s’agacer ou à rire de cet entêtement à faire, tous les ans, son devoir maison de vœux de bonne année. 

Mais c’est plutôt la démarche en elle-même… Soit cette attitude qui consiste à adresser des souhaits à une autre personne que soi-même. Mais qui a envie qu’on veuille des choses à sa place ? Qui souhaite vraiment qu’on lui souhaite, pour lui, d’avoir de l’argent, de l’amour ou de réussir ? 

Bonne année : le problème du souhait

Et si je ne veux pas d’amour ? Et si je ne veux pas réussir ? Pour l’argent, ça se discute, je ne suis pas contre. Mais si je ne veux rien ? Et pas même qu’on ne me souhaite rien ? C’est le paradoxe du souhait (et en particulier du souhait de bonne année) : ce n’est pas sa trop grande formalité qui dérange mais son informalité, il rentre dans nos vies pour leur donner une forme sans pour autant mettre la main à la pâte. 

Aristote, dans le IIIème livre de l’Ethique à Nicomaque, le précise bien : à la différence du choix, "le souhait porte sur des choses qu’on ne saurait d’aucune manière mener à bonne fin par soi-même”.

Comme, ajoute-t-il “faire que tel athlète gagne la victoire”. Donc, chaque nouvelle année : non seulement, on vous souhaite des choses (que vous ne voulez pas) mais en plus, on ne vous aide pas. 

Mais comment vouloir des choses pour quelqu’un sans rien y faire, sans y mettre un peu de bonne volonté, sans lever le petit doigt ? Le problème du souhait est là : dans cette volonté bienveillante mais pas forcément bienfaisante.  Souhaitez-moi du bien mais mettez-y du vôtre (je ferai pareil). Ou alors : ne nous souhaitons plus rien.

L'équipe

Géraldine Mosna-Savoye
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