En plus, ils font des dessins moches
En plus, ils font des dessins moches
En plus, ils font des dessins moches ©Getty - Westend61
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Résumé

Ou comment en finir avec ce problème qui n'en est pas un.

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C’est une chose à laquelle je ne m'habituerais jamais : qu’on questionne aussi volontiers et sans réserve le désir d’enfant des uns et des autres. Plus souvent les femmes, ne nous voilons pas la face.

Je pensais, pour ma part, qu’en en faisant un, je serais pourtant débarrassée de cette interrogation persistante : et toi, les enfants, t’en es où ? Mais non, cela aurait été trop simple, trop facile. Car un enfant, apparemment, ça ne va jamais seul.

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Et quand on en a fait un, il en faut d’autres. Il faut lui en faire d’autres. En faire à lui, oui oui : surtout qu’il ne grandisse pas dans son coin, qu’il ait des frères et sœurs, qu’il apprenne le partage, qu’il soit entouré, appuyé, accompagné.

C’est intéressant d’ailleurs car si j’ai bien suivi ce raisonnement, j’ai l’impression qu’on fait un 1er enfant pour soi, et ceux qui suivent, eh bien, c’est pour le 1er. Et tout ça pour qu’il ne devienne pas un horrible égoïste, pourri-gâté, un être asocial. Ou pire, un psychopathe. Bref, un être maudit.

La famille, 1ère société

Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement la manière dont on conçoit la destinée féminine (ce qui est en jeu pour le 1er enfant) mais la manière dont on conçoit la famille. Et effectivement, il n’y a là aussi que construction.

Pourquoi une famille devrait-elle comprendre plusieurs enfants (et si on a une fille et un garçon, c’est le jackpot) ? Est-ce qu’un enfant qui grandit avec des frères et sœurs est vraiment mieux dans sa peau ? Une famille avec enfant unique est-elle une famille à moitié ?

Car voilà, on y est : au problème de l’enfant unique.

“La famille est, si l’on veut, le premier modèle des sociétés politiques ; le chef est l’image du père, le peuple est l’image des enfants, et tous étant nés égaux et libres n’aliènent leur liberté que pour leur utilité.”

Dans l’histoire de la philosophie, il est rare qu’on envisage la politique sans avoir avant tout défini ce qu’est une famille. En témoigne ici Jean-Jacques Rousseau qui ouvre son Contrat social avec ce qu’il appelle la 1ère société, à savoir donc : la famille.

Qu’il y ait une continuité ou une rupture, la famille reste ce modèle auquel on va comparer une bonne organisation sociale et politique. Et si, tel que le dit Rousseau, je cite, “le peuple est l’image des enfants”, on comprend le paradoxe et même l’aberration de l’enfant unique.

A quoi bon gouverner un seul enfant quand on peut avoir un peuple tout entier ?

Ces sales petits égoïstes

Evidemment, il y a des limites à cette comparaison : on ne gouverne pas un pays comme un papa, et d’ailleurs est-ce vraiment le père qui gère une famille ?

Mais au-delà de ces limites, certes cruciales, une idée pourtant persiste : la famille, parce qu’elle est la 1ère structure sociale que l’on connaît, ne pourrait supporter que sa progéniture ne soit constituée que d’un seul individu…

Car qui dit individu, dit individuel, dit individualiste. Et qui dit individualiste dit asociable, voire asocial, voire antipolitique. Et là est le problème de ce modèle familial : en faire précisément un modèle.

Et pas seulement un modèle d’un vivre-ensemble adéquat, mais aussi le modèle d’une bonne conduite de soi. Alors, je m’adresse ici aux enfants uniques : êtes-vous vraiment de petits égoïstes ? des êtres incapables de sociabilité ? Non.

Si la famille, sa structure, son organisation, ses figures, sont de si grandes inspirations pour bien vivre ensemble, et si elle est bien la source de nos représentations et de nos rapports aux autres, pourquoi alors ne pas la dédramatiser ?
Et pourquoi ne pas la concevoir autrement qu’en termes d’enfants, au pluriel et au singulier ?

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