A l'aise dans la complication
A l'aise dans la complication
A l'aise dans la complication ©Getty - Dimitri Otis
A l'aise dans la complication ©Getty - Dimitri Otis
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Résumé

Ou : faut-il vraiment faire de la simplicité un cheval de bataille ?

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C’est presque du pain béni, un cadeau que me fait Gaspard Koenig en se présentant aux élections : pas seulement parce qu’il est philosophe et que c’est toujours un sujet de gagné pour une chronique de philo, mais surtout parce qu’il le fait à travers un concept génial : la simplicité.

Petit point pour ceux qui n’y sont pas : Gaspard Koenig, philosophe, qui se définit à la fois, je cite, comme “romantique et pragmatique”, a décidé de créer son parti, tout simplement nommé “Simple”, se lançant ainsi dans la bataille électorale au nom d’une autre bataille, celle contre l’administration et ses complications.

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Bataille qui, à défaut d’être simple, a quelque chose d’ultra simpliste : personne n’aime l’administration (sauf peut-être les anciens élèves de feu l’ENA). Et donc, tout le monde rêve, au moins depuis Alexis de Tocqueville et sa phobie de la centralisation administrative (dès 1835 et bien avant Thomas Thévenoud), d’un monde simple avec une bureaucratie simplifiée.

Je ne vais pas non plus tomber dans la facilité et lui reprocher d’énoncer l’évidence, à savoir que le simple, c’est plus simple que le compliqué… par contre, on peut se demander pourquoi. Et surtout, se demander : est-ce si sûr, le simple est-il vraiment plus simple que le compliqué ?

Un point, c'est simple

Henri Bergson, à propos de “L’intuition philosophique”, disait ceci :

A mesure que nous cherchons davantage à nous installer dans la pensée d’un philosophe, nous voyons sa doctrine se transfigurer. La complication diminue. Enfin tout se ramasse en un point unique. Et en ce point est quelque chose de simple, d'infiniment simple, de si extraordinairement simple que le philosophe n'a jamais réussi à le dire. Et c'est pourquoi il a parlé toute sa vie.

Le philosophe, selon Bergson, passe donc son œuvre à formuler et reformuler une seule et même idée qu’il n’arrive jamais à dire.
Ceci dit, ça n’arrive pas qu’aux philosophes (et à l’administration) mais à chacun d’entre nous.
Énoncer simplement une idée simple, semble pire que compliqué, impossible (exemple : dire “je t’aime”).

Mais dire que le simple est compliqué n’est pas le seul paradoxe de la simplicité, ce serait presque trop simple. Encore faut-il comprendre pourquoi on le désire alors encore : car comment comprendre qu’on veuille le simple s’il est beaucoup plus difficile à atteindre que le compliqué ?

N’est-ce pas là encore une manière de faire compliqué ? Vous me suivez, ce n’est pas seulement que le simple est une chose pénible, dure, laborieuse à obtenir, c’est qu’on veuille encore l’avoir au prix de complications infinies. Autrement dit, de complications encore plus compliquées que la simple complication.

Retour à la vie compliquée

Dans un autre texte, Les deux sources de la morale et de la religion, Bergson soutient que, malgré les difficultés, un retour à la vie simple est possible, qu’on peut malgré tout tenter de retrouver le chemin naturel de la simplicité, caché derrière des couches de confusion.

Mais si la simplicité est si difficile à atteindre, pourquoi encore la vouloir ? pourquoi ne pas céder à la complication pure et simple ?
Et pourquoi penser que la complication, c’est si compliqué ? Car au fond, c’est bien ce qui est en jeu : penser que le compliqué n’est que compliqué, bêtement, gratuitement, simplement compliqué.

Mais, à la différence de la simplicité qui n’est que possible, le compliqué a, lui, quelque chose de réel. Et si, le compliqué était ainsi, et malgré son nom, quelque chose de beaucoup plus évident, beaucoup plus naturel, beaucoup plus adéquat ?
Je ne dis pas que c’est agréable d’être embrouillé, perdu, mais au moins, ça n’a rien d’un rêve.

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