Boom la résilience
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Boom la résilience ©Getty -  zak00
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Résumé

Pour en finir avec elle.

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"Résilience". Qui n’en parle pas ? Ca fait des années que ce terme plane au-dessus de nos têtes. On le croisait deci-delà, dans des sujets de bien-être, dans la bouche de psychothérapeutes, c’était déjà trop.
Maintenant, c’est pire : la résilience a traversé les frontières du développement personnel : les entreprises font de l’économie résiliente, on a une loi “Climat et résilience”, et pour faire face au covid, Emmanuel Macron a eu l’idée de lancer la mission militaire Opération Résilience, il y a déjà un an. 

Ce qui est fou, c’est que plus on en parle, plus on l’emploie, plus ce terme est détestable, et détesté d’ailleurs : les critiques pleuvent sur ce qui ressemble à une fausse notion, à un vœu pieux sans consistance si ce n’est celle de dire à chacun d’entre nous “débrouillez-vous, faites preuve de résilience, misez sur votre capacité à rebondir tout seul et vous verrez, tout ira bien, vous parviendrez bien à surmonter toutes les épreuves du monde”. 

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Après le “care” et la “bienveillance”, c’est devenu le mot magique, il suffit de le placer pour se donner une contenance morale, empathique et solidaire, et tant pis si les faits, les actes politiques ou éthiques, ne suivent pas.
Au fond, ce qui est frappant avec la résilience mais surtout avec l’usure mentale qu’elle provoque, c’est qu’il y a peut-être là la preuve que le monde n’est pas si naïf que ça. 

NE PAS rebondir

Sur le papier, c'est vrai, la résilience, c’est la notion parfaite : une notion optimiste qui, en même temps, ne se voile pas la face sur les obstacles de la vie.
Une notion qui peut tout à la fois entendre la souffrance d’un individu mais miser sur sa capacité à rebondir et à en tirer parti.
Et puis, politiquement, c’est le top : quoi de mieux que d’être à l’écoute des difficultés de chacun sans pour autant les aider concrètement. 

En fait, la résilience, c’est surtout la notion parfaitement paradoxale, mais surtout parfaitement perverse : elle ne fait que valoriser la souffrance des uns, et pas des autres, pour finalement la nier. 

Mais que faire si quelqu’un n’arrive pas à être résilient, ou s’il n’a pas envie d’être résilient ?
Contre toute attente : il y a quelque chose que ne parvient pas à résilier la résilience : c’est la capacité, universelle je crois, qu’on a tous en nous de NE PAS rebondir. 

L'espoir

Ce n’est pas que je vois la souffrance comme un obstacle insurmontable… au contraire : je ne comprends pas pourquoi on devrait à tout prix s’en servir comme d’un ressort pour se relancer dans l’existence. 

D’où vient cette idée de rebond comme si on était des lapins qui sautent d’échecs en réussites ? D’où vient cette idée de résistance ? de surmonter ? de s’en sortir ? 

En fait, tout le problème vient de cette idée selon laquelle un échec, une douleur, un obstacle, ne doit être qu’un mauvais moment à passer. A passer, à zapper comme on appuie sur une touche de télécommande.
C’est ça qui est naïf : s’imaginer qu’une difficulté se résilie tel un abonnement. 

Car vous avez remarqué, quand on a souffert, il en reste souvent un peu, rien ne passe vraiment, mais surtout surtout : on ne trouve presque jamais aucun obstacle sur lequel rebondir avec certitude, aucune souffrance sur laquelle s’appuyer avec fermeté. 

A la résilience, je préfère l’espoir, peut-être parce que comme le disait Spinoza : 

“L’espoir n’est rien d’autre qu’une joie inconstante née de l’image d’une chose dont l’issue est tenue pour douteuse”. 

Voilà, je crois que refuser la résilience, et même la détester, c’est là la preuve qu’il reste un peu d’espoir dans ce monde. La preuve qu’on préfère une joie même inconstante à la certitude niaise et fadasse de toujours s’en sortir.  

Références

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