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Deux espèces de fougères, qui ont pourtant divergé il y a 60 millions d'années, ont réussi à produire un hybride.

L'amour, toujours l'amour
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- RococoNeko

Eloignez les enfants du poste, ça risque d'être assez chaud dans les prochaines minutes. Je vais utiliser les mots « angiosperme » et « cryptogame » par exemple. Et puis mon histoire se passe dans les Pyrénées, et croyez-moi, pour y avoir vécu, dans le Sud-Ouest, on n'y va pas avec le dos de la cuillère..

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Alors, vous n'y tenez plus, l'atmosphère dans le studio vient de grimper de quelques degrés, je vois Matthieu Conquet qui déboutonne lascivement les premiers boutons de sa chemise à la recherche d'une petite goulée d'air frais. Je vais tout vous dévoiler : ce matin, je vais vous parler de reproduction des fougères, et comment deux espèces, qui ont pourtant divergé il y a 60 millions d'années, ont réussi à produire un hybride. Les plus attentifs d'entre vous auront été je n'en doute pas sensible à l'emploi du verbe dans ma phrase précédente.

Alors, qu'est-ce que ça a d'exceptionnel cette histoire... ?

Eh bien, que deux espèces vivantes puissent se reproduire, alors qu'elles n'avaient pas interagi depuis 60 millions d'années c'est précisément assez exceptionnel. Si on traduit ça sur l'échelle de l'évolution humaine, c'est un peu comme si nous, vous Marc par exemple, vous vous accoupliez avec un lémurien et que vous mettiez cette dame lémurienne enceinte. Avouez que ce serait assez insolite... Ou un éléphant, avec un lamantin. Le lamantin, c'est cet animal marin assez informe il faut bien l'avouer, que l'on surnomme du doux sobriquet de vache des mers.

Mais revenons à nos fougères. Cette fougère hybride qu'a découvert dans les Pyrénées un chercheur de l'université de Colombie Britannique est le croisement de deux fougères, donc. Une fougère du chêne et une fougère fragile. Deux espèces qui cohabitent joyeusement dans l'hémisphère nord, mais qui ne sont donc pas censées pouvoir se reproduire.

Qu'est-ce qui s'est passé pour rendre cette hybridation possible ? S'il y a moins de différence apparente à nos yeux de vulgus pecum entre deux espèces de fougères qu'entre l'être humain et le lémurien, ce n'est pas tout à fait par hasard. Les fougères sont des plantes cryptogames., c'est-à-dire que leurs organes reproducteurs sont dissimulés, contrairement au pistil et aux étamines des plantes à fleur, aussi appelées angiospermes.

Voilà j'ai placé mes deux mots. Bon. Contrairement aux plantes à fleur donc, qui pour la plupart ont besoin d'oiseaux ou d'insectes pour se reproduire, les fougères elles n'utilisent que le vent et l'eau.

Les plantes à fleur sont donc soumises à des mécanismes de sélection naturelle beaucoup plus forts. Il faut que la couleur, l'odeur, le pollen attire le plus possible leurs vecteurs de reproduction.. Pour la fougère, en revanche, un coup de vent et hop pas besoin de sortir le grand jeu.

C'est cette caractéristique qui pourrait également expliquer que l'horloge de différenciation tourne plus lentement pour les fougères puisqu'il y a moins de concurrence naturelle. Normalement, sur l'échelle de l'évolution, deux espèces qui divergent ne peuvent plus se reproduire au bout de quelques millions d'années à peine. Jusqu'à présent, les exemples les plus extrêmes d'hybridation naturelle étaient le fait de grenouilles arboricoles croisées après 34 millions d'années d'évolution distinctes, et chez le poisson lune, après 40 millions d'années. Quand on voit la tronche du poisson lune en même temps – vous savez, ce sont ces énormes poissons tout plat dont on a l'impression qu'on leur a roulé dessus avec un tank, on peut imaginer qu'il y a eu soit un problème d'évolution, soit un problème d'hybridation, soit les deux... mais je m'égare...

Voilà, c'est donc dans nos Pyrénées que ces records ont été battus, la petite hybride se porte bien, bon elle est stérile hein, faut pas espérer de miracle non plus, mais elle peut tout de même se reproduire par voie végétative. C'est-à-dire à dire créer des clones d'elle-même. Et pas d'idée saugrenue hein, ces cas sont extrêmement rares, je ne veux pas entendre parler dans les jours qui vient de disparition suspecte de lémurien dans les zoo du coin.

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Nicolas Martin
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