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Une "étude" affirmait récemment que la cigarette électronique pouvait être 5 à 15 fois plus cancérigène que le tabac. Sauf que cette "étude" n'en est pas une, et n'évoque qu'un produit toxique sur près d'une centaine.
Ce matin, de retour du festival de Gérardmer où j'ai vu un certain nombre d'horreurs... figurez-vous que j'en ai entendu un certain nombre aussi. Au premier rang desquelles cette étude, que j'avais vue passer sans trop m'en préoccuper, qui a donné une incroyable bouffée d'air vicié à nos amis fumeurs. « Étude », (vous ne le voyez pas mais je mets des guillemets autour d'étude, je fais les petits lapins avec mes doigts)... « étude » donc, publiée dans une revue « très sérieuse » (petits lapins à nouveau), qui dirait que la cigarette électronique, eh bien c'est au moins aussi cancérigène, si ce n'est plus que le tabac. « 5 à 15 fois plus cancérigène, c'est ce que disent les scientifiques ». Alors on peut bien continuer à fumer des cigarettes, hein de toutes façons on sait pas ce qu'il y a dedans avec l'électronique et tout, quitte à fumer autant fumer du tabac...

cigarette électronique
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- Seics

Ben voyons.

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J'ai donc décidé ce matin de prendre mon mal en patience, et de décortiquer cette « étude » qui prend, une fois n'est pas coutume, les fumeurs pour des zozos...

L'étude en question a été publiée le 22 janvier dernier, dans le New England Journal of Medecine, revue médicale jouissant d'une réputation solide et sérieuse dans la galaxie des revues scientifiques.

Oui mais voilà, ce papier, intitulé « Des formaldéhydes cachés dans les aérosols de l'e-cigarette » n'est pas à proprement parler une étude. C'est un courrier, une lettre publiée dans la partie « correspondance » de la revue ; elle n'a donc pas le statut d'étude, avec observations, bibliographie, références, méthodologie etc. Les auteurs se servent donc de la notoriété de la revue pour diffuser un message en sachant sciemment qu'il sera confondu, volontairement ou non, avec une étude scientifique. Premier point.

Deuxième point. Que dit cette correspondance ? Que la cigarette électronique peut s'avérer 5 à 15 fois plus cancérigène qu'une cigarette classique.

Voyons ça d'un peu plus près. Selon le texte, du formaldéhyde, qui est une substance cancérigène avérée, se dégagerait du liquide lorsqu'il est chauffé par une batterie qui dégage plus de 5 volts de tension.

Bon, c'est un peu technique. Mais tout de même. Allons jusqu'au bout de la logique. Déjà, exprimer la puissance d'une cigarette électronique à partir de la tension en volts de la batterie est stupide. La puissance s'exprime en watts, et elle est fonction de la combinaison de la tension et de la capacité de la résistance qui chauffe le e-liquide.

Bref, je vous passe les détails. Si on surchauffe le e-liquide, en effet, du formaldéhyde se dégage... tout produit de combustion dégage des substances potentiellement cancérigènes. C'est comme quand vous faites griller des merguez au barbecue ou noircir du beurre à la poêle : le brûlé, c'est rarement bon pour la santé.

Sauf qu'il est assez rare que la puissance dégagée par la cigarette électronique soit suffisamment forte pour que du formaldéhyde se forme... d'ailleurs, lorsqu'il se forme se dégage un goût de brûlé caractéristique qui est assez désagréable.

Par ailleurs, l'étude se concentre sur le formaldéhyde, qui est l'une des substances cancérigènes. Sans mentionner les 92 autres substances tout aussi toxiques qui sont dégagées par les cigarettes traditionnelles, et que Sciences et Avenir détaille dans un tableau tout à fait parlant.

Bref, dire que la cigarette électronique est 5 à 15 fois plus cancérigène que le tabac est une hérésie. Le tabac est un poison autrement plus nocif. Ceci étant dit, la cigarette électronique c'est pas la panacée non plus. Mais bon, entre la peste bubonique et une angine... autant ne pas faire passer des vessies pour des lanternes.

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Nicolas Martin
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