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Je voulais ce matin vous parler de la Grande Marche pour le Climat qui a eu lieu hier, partout dans le monde, et de l'impact de la crise sur les émission de gaz à effet de serre... puisque figurez-vous que c'est en partie grâce à la crise, et à la réduction de l'activité industrielle que la France va pouvoir tenir ses engagements de baisse d'émission de CO2.

Voilà, c'était vraiment un papier très intéressant, assez éclairant sur la course frénétique à la croissance et à la consommation, un papier qui aurait même, j'en suis sûr, convaincu Laurence PARISOT de se convertir à la décroissance et de faire du compost avec ses épluchures de légumes bio pour faire pousser du chanvre alimentaire sur son balcon.

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Le problème, c'est qu'en écrivant hier soir, mon esprit, déjà naturellement troublé, l'a été encore plus par l'intervention de l'ancien Président de la République et son interminable exégèse sur les chaînes d'information continue. Exégèse qui a duré fort tard dans la nuit, et à travers les brumes de laquelle quelque chose m'est apparu, qui m'a perturbé dans ce retour savamment orchestré.

trop liker peut nuire au cerveau
trop liker peut nuire au cerveau

Il s'agit du fait que l'annonce initiale, le kilomètre zéro de cette stratégie du come-back, se soit passée, ça ne vous aura pas échappé, sur facebook... ce qui n'est pas tout à fait habituel pour l'ancien Président. Sans tomber dans le mulot de Jacques CHIRAC, Nicolas SARKOZY ne s'est pas illustré comme un président particulièrement connecté.

Mais, comme il l'expliquait hier, en 2 ans, beaucoup de chose ont changé dans sa vie, notamment, je suppose, son utilisation des réseaux sociaux. Or, c'est précisément là où je veux en venir, et ça va vous intéresser, Marc, vous qui êtes devenu totalement twittero-dépendant, l'usage des réseaux sociaux, et particulièrement leur usagé répété, modifie nos fonctions cognitives... et pas qu'un peu.

Une équipe de neuroscientifiques de l'Université de Berlin a démontré que l'usage assidu de Facebook sollicite tout particulièrement une zone du cerveau, celle dite du « comparateur social ». C'est cette zone qui fait que vous avez envie d'avoir une plus grosse voiture, un plus joli jardin, ou, pourquoi pas plus d'attention médiatique que votre successeur, ou pour ce qui me concerne un plus joli scooter que celui de Matthieu CONQUET.

Et d'ailleurs, cette zone du comparateur social est souvent impliquée dans les mécanismes d'addiction, comme pour les drogues, qui font qu'on en veut toujours plus. La preuve en est que, de 5 à 10% des utilisateurs frénétiques des réseaux sociaux n'arrivent plus à contrôler le temps qu'ils passent en ligne : ils n'arrivent plus à prendre la décision de se déconnecter.

Autre effet important... le fait de parler de soi, tout le temps. Parler de soi, ça nous fait du bien, il faut le reconnaître, même sans être un fervent disciple de FREUD... en tout cas, ça permet à notre cerveau de libérer de la dopamine, qui est la molécule du plaisir. Or, si dans une discussion normale, de visu entre 2 personnes, évoquer nos expériences personnelles occupe entre 30 et 40% du temps, sur facebook, c'est 80% de notre activité ! On ne cause que de nous-mêmes. Et lorsqu'en plus, c'est devant une audience importante, de centaines de followers et d'amis virtuels, et bien le cerveau est encore plus content, et libère encore plus de dopamine.

Et comme tout ça c'est un moyen assez simple de se procurer du plaisir, à peu de frais, qui ne demande pas énormément d'effort, le cerveau en redemande, encore et encore... et on retombe dans les mécaniques d'addiction.

Vous comprenez donc pourquoi hier, derrière mon ordinateur toujours connecté à facebook, et envahi par le discours de l'ancien chef de l'Etat, mon cerveau, saturé de dopamine, n'a fait qu'un tour.

Comparateur social avec son successeur à l'Elysée, surexposition du moi, besoin de reconnaissance. Je vous l'annonce, ce matin : le retour de Nicolas SARKOZY... c'est la faute de facebook.

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Nicolas Martin
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