France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

Des germes de peste noire, de charbon, de méningite, des bactéries résistantes aux antibiotiques et aux radiations, c'est le charmant bouillon de culture qu'a trouvé une équipe de chercheurs américains dans le métro new-yorkais.
Il est lointain, pour vous Marc, ce temps où vous vous mêliez à la plèbe dans les transports en commun aux heures de pointe, ce temps où vous goûtiez la joie insigne de vous retrouver collé dans une foule compacte, contre un monsieur manifestement très malade qui vous éternue dans le cou et qui pose ensuite sa main pleine de miasmes juste au-dessus de la votre sur la barre centrale dans une rame bondée, aux vitres couvertes de buées, en plein cœur de l'hiver... à ce moment où vous avez la conscience aiguë, d'un seul coup, que la concentration de germes au centimètre carré est plus élevée que dans n'importe quelle boite de Pétri de l'Institut Pasteur.

métro new-yorkais
métro new-yorkais
- Grendelkhan

Eh bien figurez-vous que cette concentration, une équipe de chercheurs américains de l'université de médecin Weill CORNELL l'a mesurée dans le métro new-yorkais. Ils ont fait des prélèvements pendant un an et demi, sur les barres, sur les banquettes, sur le sol, bref, à peu près partout sur les près de 1000 kilomètres du réseau. Ils ont compilé toutes ces données sur une carte interactive aussi riche en enseignements qu'en micro-organismes...

Publicité

Première donnée : en tout, les chercheurs ont prélevé l'ADN de plus de 15 000 organismes. Et première surprise : à peu près la moitié de ces traces d'ADN provient de sources inconnues, c'est-à-dire qui ne correspondent à aucun organisme recensé par les organisations sanitaires américaines.

Deuxième donnée : en tout, 562 types de bactéries ont été recensées ; la bonne nouvelle, c'est que seules 67 d'entre elles sont pathogènes, c'est-à-dire dangereuses pour notre santé.

Mais dans cette liste se cachent, là aussi, quelques belles surprises, notamment du matériel génétique lié... à la peste bubonique... ou au charbon, à l'anthrax... alors évidemment, en quantités infinitésimales, rien qui ne puisse déclencher l'apparition de ces maladies, mais tout de même...

Ce qui est amusant, c'est que certains de ces germes se concentrent particulièrement dans certains quartiers, par exemple, la plupart des bactéries liées aux troubles gastro-intestinaux se retrouvent dans le financial district, le quartier des affaires dans lower Manhattan. Celles liées à la méningite sont plutôt dans le centre de la ville. Il y a une seule constante : ce sont les bactéries résistantes aux antibiotiques qui, elles, se retrouvent strictement partout et à un taux particulièrement élevé : dans un échantillon sur quatre. C'est l'un des points particulièrement intéressants de cette étude... je vous ai déjà parlé ici de l'inquiétude de la communauté scientifique quant à la résistance aux antibiotiques qui, selon l'OMS, deviendra la première cause de mortalité d'ici 2050 ; et pour tout vous dire, on trouve même dans le métro new-yorkais des bactéries résistantes aux radiations.

Bref, pour revenir à nos wagons de métro, il faut noter que les bactéries liées au corps humain ne représentent, elles aussi, qu'une minuscule fraction de ce que les chercheurs ont collecté, à peine 1% de la totalité des fragments ADN prélevés, mais si on examine ce petit pour-cent, je me suis refusé à vous dresser la liste des endroits de provenance de ces microbes, pour cause d'heure matinale, de petit déjeuner et de bienséance... mais je suis sûr que vous remplirez aisément le tableau vous-mêmes.

Pour conclure, sachez néanmoins que, tout dégoûtant que cela puisse paraître de prime abord, ce bouillon de culture est beaucoup moins nocif qu'il n'y paraît. Et que vous avez infiniment plus de chances d'attraper une cochonnerie parce que le monsieur vous a éternué dans le cou que si, sous le coup d'un pari stupide, ou en rentrant un peu tard d'une soirée un peu trop arrosée, il vous prenait l'envie délirante de lécher la barre du métro. Les chercheurs le précisent : a priori , vous ne risquez rien. Mais bon, un petit gel hydroalcoolique, hein, ça peut pas faire de mal.

Références

L'équipe

Nicolas Martin
Nicolas Martin
Nicolas Martin
Production