France Culture
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Depuis ma prime enfance, j'ai une passion coupable, une lubie dévorante : je suis un fanatique absolu des monstres géants.

Nessie
Nessie

Je me suis longtemps demandé d'où ça venait ; pourquoi je passais des heures et des heures et des heures collé aux dessins animés japonais de robots géants, pas pour les robots en question hein, mais bel et bien pour les nombreux monstres qui les affrontaient et dont j'espérais en secret qu'ils finissent, un jour béni par les dieux, à leur mettre une peignée une bonne fois pour toutes... et ce jusqu'à un âge que la décence m'interdit d'évoquer.

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Pourquoi encore quelques années plus tard je parcourais les magasins de DVD asiatiques à la recherche d'éditions rares et inédites en France de la série de films sur ce lézard atomique géant qui détruit Tokyo, encore et encore... ou d'autres monstres plus exotiques, des tortues volantes, des mites radioactives, des gorilles mécaniques ou des femmes de 50 pieds, tout, du moment qu'ils étaient de taille démesurée et qu'ils passaient le plus clair de leur temps à démolir des immeubles en poussant des cris d'éléphant enrhumés.

Je ne vous raconte pas l'ampleur de ma joie à la sortie, plus récente, de films comme Cloverfield, Pacific Rim ou Monsters... bref. Mettez-moi un monstre géant dans un coin, et vous faites de moi un homme heureux.

Mais d'où donc venait cette passion, demandais-je en préambule à cette chronique qui commence à ressembler de plus en plus à un interminable aparté ?

La réponse m'est apparue, hier, telle une révélation, alors que j'étais en train de faire ces recherches pour vous parler du monstre du Loch Ness. Figurez-vous que la photo la plus célèbre de Nessie, celle-ci, qui a fait le tour d'à peu près tous les livres consacrés de près ou de loin à la question... cette photo, la carte d'identité de Nessie oserais-je dire, a été prise à quelle date ? EXACTEMENT... un 26 février d'une année lointaine que l'on taira par pudeur, soit le jour EXACT de ma naissance.

Voilà un premier mystère révélé. Passons maintenant au deuxième. Parce que quand vous dites, Marc, qu'on a retrouvé le monstre du Loch Ness, vous prenez une fois de plus un raccourci un peu trop abrupt.

Une équipe de scientifiques a bien identifié un monstre marin, qui vivait dans les eaux écossaises il y a 170 millions d'années, à l'ère Jurassique. Ils viennent de publier leurs travaux dans The Scottish Journal of Geology.

Il s'agit d'un reptile de l'ordre des ichtyosaure, une sympathique espèce qu'on pourrait décrire, pour vous donner une idée, comme un croisement monstrueux entre un crocodile et un dauphin, de belle taille, environ 4 mètres 20 et qui présente un certain nombre de particularités physiques qui le distinguent des autres membres de sa famille et en font une spécialité écossaise... d'où son nom, un brin revendicatif : Dearcmhara *shawcrossi – * *Dearcmhara * signifiant lézart marin en gaélique, et shawcrossi du nom de Brian SHAWCROSS, qui a découvert le fossile en 1959 sur l'île de Skye.

En 1959... c'est l'autre particularité de ce monstre marin : ses ossements reposaient depuis plus d'un demi-siècle dans une armoire du Hunterian Museum de Glasgow où ils avaient été totalement oubliés.

Bon alors, *Dearcmhara Shawcrossi * n'est en fait pas vraiment le monstre du Loch Ness, vous l'aurez compris, ne serait-ce que parce qu'il vivait dans les mers chaudes autour de l'Ecosse d'alors et pas du tout en eau douce, comme Nessie.

Il n'en reste pas moins que *Dearcmhara * est un particularisme écossais, et donc une fierté nationale, au même titre que les châteaux hantés des Highlands, le whisky, la panse de brebis farcie... et puis après tout, qu'est-ce qui nous dit qu'il n'a pas migré en eau douce pour se terrer, pépouze, au fond d'un lac, couler une retraite tranquille, hein ?