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Dylan
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© Radio France

**Vous ne rêvez pas, Bob Dylan sort un nouvel album cette semaine, et il choisit le répertoire de Franck Sinatra. **
A la fois tordu et sublime, Shadows in The Night touche autant qu'il désarçonne, «  Pour moi, ce ne sont en aucune façon des reprises. Ces chansons ont déjà été reprises de multiples fois, enterrées d’une certaine manière. Mes musiciens et moi, ensemble, nous les avons déterrées pour les ramener à la lumière du jour. »

Pour ceux qui ont cessé de le suivre depuis un moment, petit rappel des faits : Dylan, qui aura 74 ans en mai prochain, continue à donner des concerts dans le monde entier (un Never Ending Tour selon certains mais Dylan goûte peu l’expression), concerts où il surprend souvent les spectateurs par le choix des chansons et une voix où l’on comprend difficilement ce qui est dit. Jeu de frustration qui en a usé plus d’un.

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Et voici que, trois ans après l’album Tempest, il publie une sorte de classique immédiat comme on dit outre-Atlantique. Shadows in the night , dix chansons dans un emballage au graphisme épuré, un peu à la Saul Bass (grand graphiste qui a notamment signé l’affiche de Vertigo de Hitchcock) avec au verso une photo de Dylan en costume blanc avec une femme plantureuse et masquée à ses côtés. Et le vertige commence dès le premier titre.

A tout seigneur, tout honneur, Dylan ouvre cet album par une chanson co-signée de Franck Sinatra « I’m a fool to want you ». Serait-ce un commentaire sur son entreprise ? Dylan avoue n’avoir jamais avoir acheté de disque de Sinatra : « Ce n’est pas la peine, il est partout, à la radio, dans la voiture, dans les juke boxes, dans les cafés, à la télé. Franck est toujours dans les esprits. C’est une montagne. C’est une montagne qu’un jour ou l’autre il vous faut escalader, même si vous n’arrivez qu’à en grimper qu’une partie. Il faut s’y coller ».

Pourtant vous ne trouverez ici ni Fly Me To The moon , ni My Way ni New York, New York , le Zim a choisi des pistes plus étonnantes venant de lui, des airs presque sirupeux comme Full Moon and Empty Arms ou encore Some Enchanted Evening (tube du ‘musical’ South Pacific), qu’on imagine pas forcément au cœur du répertoire de l'auteur de Like A Rolling Stone. On trouve même Prévert et Kosma «  Autumn Leaves   »

A Shadows in the Night de Dylan disque à la fois tordu et sublime, enregistré live, en très peu de prises, sans mix ajouté ou corrections dit-on, qui donne par moment cette impression d’intimité complète, presque gênante, comme ce concert donné en novembre dernier, à l’académie Musique de Philadelphie, pour un spectateur unique. (http://en.experimentensam.com/bob-dylan)

Pour le dernier extrait, je n’ai pas trouvé mieux que de ce citer un confrère de la Tribune de Genève, qui visiblement avait sorti sa jolie plume :

« Une «pedal steel» hulule en tapinois. Une contrebasse ondule sur la moquette, formes généreuses se frottant avec langueur contre l’archet. Trompettes, trombones, cors d’harmonie, les cuivres tremblent d’émotion lorsque démarre le solennel "That Lucky Old Sun", dernière piste de ce voyage rétro d’un goût exquis. » On se quitte donc par un coucher de soleil, ombres longues.

extraits diffusés :

The Night We Called It A Day

I'm A Fool To Want You

Autumn Leaves

That Lucky Old Sun

Bob Dylan « Shadows In The Night » (Columbia)