La façade de l'hôpital de la Croix Rousse et les banderoles de revendication installées depuis plus de 100 jours.
La façade de l'hôpital de la Croix Rousse et les banderoles de revendication installées depuis plus de 100 jours. ©Radio France - TS
La façade de l'hôpital de la Croix Rousse et les banderoles de revendication installées depuis plus de 100 jours. ©Radio France - TS
La façade de l'hôpital de la Croix Rousse et les banderoles de revendication installées depuis plus de 100 jours. ©Radio France - TS
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A Lyon, le service des urgences de l'Hôpital de la Croix Rousse est en grève depuis le 15 février dernier. Le personnel est obligé de venir travailler, malgré le mouvement. Mais les agents se disent épuisés par leurs conditions de travail. Témoignages.

Le gouvernement d'Edouard Philippe (qui s'est attelé à une refonte du système de santé) devrait présenter, d'ici la mi-juillet ses mesures concernant l'hôpital. Un service public auquel on demande de faire toujours plus d'économies (950 millions d'euros en 2018) alors que les conditions de travail sont déjà extrêmement tendues. 

Au service des urgences de l'hôpital de la Croix Rousse, l'ensemble des agents - infimièr(e)s et aide-soignant(e)s - ont décidé de débrayer depuis le 15 février dernier. Ce sont les conditions de travail qui motivent ce mouvement. Le service compte environ 37 infirmières et 17 aide-soignants pour accueillir 25 000 passages aux urgences chaque année et gérer en même temps deux services d'hospitalisation de courte durée. Les urgences ferment à 19 heures, c'est une spécificité de cet hôpital. Mais le travail ne s'arrête pas quand les portes sont closes expliquent Jean-Michel et Laurence : 

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« Régulièrement on va faire 14, 15, 16 heures par jour, parfois deux jours d’affilée. Ils essayent que non, mais cela arrive ».

2 min

L'activité a beaucoup progressé au cours de la dernière décennie. Mais la direction n'a pas affecté de nouveaux postes au service des urgences rappellent Flore et Sandrine, toutes deux infirmières : 

«Nous avons fait 30% d’activité en plus, mais sans embauche supplémentaire. La réponse de la direction c’est : l’infirmière sait faire … »

1 min

Les agents hospitaliers manquent donc de temps pour s'occuper correctement des malades. Jamais il n'y a eu autant d'arrêt maladie dans le service regrettent Steven et Laurence, au bord des larmes : 

« On laisse des gens sur les brancards pendant des heures, dans leur urine. On ne veut plus se sentir responsable de tout cela ».

3 min

Le manque de temps génère d'importantes frustrations. Les infirmières, notamment, n'ont pas l'impression de pouvoir mesurer les effets de leur prise en charge, expliquent Flore et Sandrine : 

« On n’a pas le temps d’aller voir si nos prescriptions sont efficaces. On ne peut même pas rincer nos cathéters.»

4 min

Pour la première fois dans l'histoire des hospices civils de Lyon, le service des urgences de la Croix Rousse a totalement fermé ses portes les 24 et 25 mai. Seuls les piétons y ont été admis - rappellent Sandrine et Goeffroy Bertholle, infirmier en service de réanimation et administrateur CGT au Conseil de surveillance des Hospices civils de Lyon :

« Le service des urgences a fermé totalement jeudi 24 et vendredi 25. C’est une première! On n’est pas fiers parce qu’on a restreint l’offre de soin"

2 min

Pour l'instant la direction de l'hôpital de la Croix Rousse a accepté de créer l'un des deux postes demandés par les grévistes. Pour Jean-Michel, qui est infirmier, c'est une logique comptable qui explique cette demi-victoire : 

"Ce qui est dommage à l’hôpital, c’est que le pouvoir principal c’est le pouvoir financier et administratif. On ne met plus le soin au coeur".

3 min

La réponse de la direction de l'hôpital

L'entrée du service des urgences, en grève depuis 4 mois.
L'entrée du service des urgences, en grève depuis 4 mois.
© Radio France - T.S.

Pourquoi ne pas débloquer deux postes pour ce service en grève depuis 4 mois ? Le directeur du Groupement hospitalier nord, qui comprend l'hôpital de la Croix Rousse, Jean-Claude Téoli analyse la situation : 

"C'est quand même un service que nous "protégeons", prenez le terme entre guillemets"

10 min

Pour Geoffroy Bertholle, infirmier et militant CGT -  (il est aussi adjoint au Maire du 4ème arrondissement de Lyon) - les hospices civils de Lyon ont une "dette sociale" très importante vis à vis de leurs salariés. Elle remonte à la mise en place des 35 heures : 

"Aux hospices civils de Lyon, les agents ont 1,2 million d’heures sur des comptes d’heures virtuels. C'est une sorte de dette sociale".

4 min

La direction ne partage pas cette vision, rappelle Jean-Claude Téoli : 

"Je dissocie cette question de la grève aux urgences."

1 min

Reportage réalisé par Tara Schlegel

5 min

L'équipe

Micro France Culture
Micro France Culture
Éric Chaverou
Collaboration
Abdelhak El Idrissi
Collaboration