Ali Samoudi, 53 ans et journaliste depuis 1990, revient régulièrement sur les lieux du drame
Ali Samoudi, 53 ans et journaliste depuis 1990, revient régulièrement sur les lieux du drame ©Radio France - Frédéric Métézeau
Ali Samoudi, 53 ans et journaliste depuis 1990, revient régulièrement sur les lieux du drame ©Radio France - Frédéric Métézeau
Ali Samoudi, 53 ans et journaliste depuis 1990, revient régulièrement sur les lieux du drame ©Radio France - Frédéric Métézeau
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Le FBI a ouvert une enquête sur la mort de la journaliste palestino-américaine Shirin Abou Akleh, tuée à Jénine le 11 mai dernier pendant une intervention de l'armée israélienne. Présent à ses côtés lors du drame, son collègue à Al Jazeera Ali Samoudi, se bat pour la vérité.

Sur son cœur, accroché à son polo bleu rayé, Ali Samoudi porte un badge rond avec la photo de sa collègue Shirin, tuée ici à Jénine, en Cisjordanie occupée. "Ma camarade, ma sœur" dit-il au milieu des photos, des banderoles et des fleurs déposées là depuis ce 11 mai funeste. Il regarde au loin, plus haut dans cette rue en pente avec une vue bien dégagée : "On ne quittait pas les patrouilles du regard. On regardait ce qu'ils faisaient et ils ne faisaient rien".

"Il n'y avait pas un mouvement, pas un tir, rien !"

Le journaliste explique : "Nous voulions couvrir l'actualité et en même temps s'assurer de notre sécurité. Alors on a marché lentement depuis le terre-plein, on s'est arrêtés à l'entrée de la rue, juste ici, pile en face des patrouilles. On portait tous un gilet pare-balles et un casque. Le mot 'presse' en anglais était bien visible sur nos gilets et on est restés face à eux pendant cinq minutes".

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L'endroit où Shirin Abou Akleh a été tuée est devenue un lieu de Mémoire
L'endroit où Shirin Abou Akleh a été tuée est devenue un lieu de Mémoire
© Radio France - Frédéric Métézeau

Ce matin-là, donc, tout est calme. À 53 ans, Ali Samoudi affiche 32 ans d'expérience. Il a été photographe pour l'agence Reuters et aujourd'hui, il écrit pour le journal palestinien Al Quds tout en étant fixeur pour Al Jazeera. Originaire de Jénine qu'il connaît par cœur, il a l'habitude des zones de combat : "Il y avait trois patrouilles, pour autant que je me souvienne à environ 200 mètres de nous. Un tireur d'élite peut voir à plus de 3 000 mètres ! Cet endroit était vide de tout combattant palestinien, c'est bien simple, il n'y avait personne, aucun résistant et donc pas d'affrontements. Les seuls présents, c'étaient nous, les journalistes, et l'armée israélienne au bout de cette rue. Soudain, ils ont tiré, on a vu les balles exploser devant nous et au-dessus. J'étais en tête du groupe alors quand j'ai vu ça, je me suis retourné, Shirin était à ma gauche".

"J'ai dit à Shirin : il faut partir vite, l'armée tire !"

"Mais à peine ce mot prononcé, j'ai senti mon dos qui explosait. J'ai réalisé que j'étais touché. Shirin a commencé à crier : Ali est blessé !" précise Ali Samoudi. Ce furent les derniers mots de Shirin Abou Akleh. Ali se souvient d'avoir couru alors que les tirs continuaient. Doucement, il montre les impacts de balles sur un arbre, là où sa collègue s'est effondrée.

Il est persuadé qu'elle a été sciemment visée, touchée au cou, là où ni le casque, ni le gilet pare-balles ne protègent, et à l'entendre, ce n'est pas un acte isolé : "J'ai fait face à la mort car je suis journaliste. Un journaliste palestinien. C'est la sixième ou septième fois que je suis blessé par l'armée israélienne. Évidemment, je suis préoccupé, inquiet qu'ils me visent directement. Le monde entier a été témoin du meurtre de Shirin par l'armée israélienne et moi, j'ai échappé à la mort par miracle. Je vois ça comme un avertissement : c'est dangereux, l'armée israélienne est de plus en plus active et ne fait pas la différence entre civils, journalistes et combattants. Nous ne sommes pas dangereux, nous sommes juste des journalistes qui essaient de faire notre travail en respectant le droit international. Notre vie est en grand danger, le monde devrait poursuivre et punir les soldats qui ont tué Shirin. Il devrait y avoir une sorte de justice et de protection pour éviter la mort d'autres journalistes innocents".

Un arbre porte les marques des impacts de balles
Un arbre porte les marques des impacts de balles
© Radio France - Frédéric Métézeau

Ouverture d'une enquête par la justice américaine

Mardi dernier, on apprenait que le FBI ouvrait une enquête sur la mort de Shirin Abou Akleh qui était binationale palestino-américaine. Dans son enquête interne, l'armée israélienne a conclu à la probable responsabilité d'un soldat mais sans déclencher de procédure judiciaire. Le gouvernement israélien a réagi vivement en dénonçant cette procédure judiciaire américaine et en promettant qu'aucun militaire ne serait jamais interrogé.

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