A 23 ans, la jeune activiste n'a pas envie de se projeter. Elle veut agir dès aujourd'hui pour réduire le réchauffement climatique.
A 23 ans, la jeune activiste n'a pas envie de se projeter. Elle veut agir dès aujourd'hui pour réduire le réchauffement climatique. ©Radio France - Ouafia Kheniche
A 23 ans, la jeune activiste n'a pas envie de se projeter. Elle veut agir dès aujourd'hui pour réduire le réchauffement climatique. ©Radio France - Ouafia Kheniche
A 23 ans, la jeune activiste n'a pas envie de se projeter. Elle veut agir dès aujourd'hui pour réduire le réchauffement climatique. ©Radio France - Ouafia Kheniche
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Ce collectif, qui vise à sensibiliser aux questions énergétiques, s'est fait connaître en juin, lors de Roland-Garros. Une de ses membres interrompait un match en s'enchaînant au filet. Son visage a fait le tour des réseaux sociaux et des médias. Portrait d'Alizée, celle qui voulait sauver le monde.

À 23 ans, Alizée pense beaucoup à la mort. À la sienne, mais surtout à celle de l'humanité. Et c'est avec cette urgence qu'elle agit, comme ce jour de juin dernier où elle bondit sur le terrain d'un match de Roland-Garros pour s'accrocher au filet et stopper la compétition.

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Cette jeune fille simple et sans histoire devient alors un objet médiatique et politique. "Je n'ai pas dormi de la nuit, se rappelle-t-elle. Ce n'est pas dans ma nature d'aller contre quelque chose, d'entrer en résistance. Là, je vais aller faire chier les gens en face de moi pour montrer au monde que des gens normaux sont prêts à faire ça. C'est aujourd'hui que je me sens la plus vivante, en agissant réellement pour ma vie, en faisant ces actions là."

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Une enfance loin du militantisme

Une action qui la mène en prison. Elle passe 40 heures en garde à vue, où elle fait face à des policiers médusés par ce profil étonnant. "La plupart des policiers et des policières étaient bienveillants, raconte-t-elle. Ils disaient tous : "C'est toi la fille de Roland-Garros ? Putain, t'as des couilles!". Dix heures après sa sortie de garde à vue, elle ne parvient toujours pas à ouvrir son téléphone : "J'avais trop peur de le dire à mes proches, de la façon dont on allait me parler... Des photos, aussi. Je n'arrivais pas à regarder tout ça. Pour moi, c'était vraiment dans un autre monde que j'ai fait ça. C'était un peu dur, à ce moment là", admet-elle.

Car Alizée n'a prévenu personne. Le monde dans lequel elle a grandi n'est pas celui du militantisme. Sa famille vit en région parisienne : un parent prof, et l'autre chef d'entreprise. Ils ont été surpris et émus par le courage de leur fille. Alizée, les larmes aux yeux, se met à leur place : "C'est difficile de voir sa fille faire ça ! Si j'étais parent, je n'imaginerais pas ma fille affronter tout ça : aller sur la route, devoir bloquer des voitures, sauter sur un terrain de Roland-Garros... Et tout ça juste pour dire : Il faut nous écouter, on n'a pas envie de mourir tout de suite ! Mes parents ne disent pas 'C'est bien', ils ne disent pas 'C'est mal' : ils me laissent juste faire, en tant qu'individu. Je trouve ça beau et je le respecte énormément. Bien sûr, je pense qu'ils sont fiers de moi, mais je me dis aussi que ça doit être dur, pour eux."

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"Tout le monde devrait être activiste !"

Ce qui est difficile aussi, c'est de voir qu'autour d'elle, tout le monde ne se rend pas forcément compte du bouleversement climatique en cours. On élude souvent le sujet en la taxant de militante, elle qui découvre l'urgence environnementale il y a seulement deux ans, lors d'un voyage de fin d'études. "J'ai fait six mois incroyables à Shanghai, et partout en Chine, explique-t-elle. Je ne savais pas ce que c'était, une pandémie mondiale. J'ai vécu six mois de néant scolaire, mais qui m'ont permis de me construire, de lire et d'apprendre sur le monde qui m'entoure, de comprendre l'environnement dans lequel on vit, ce qui est en train de se passer au niveau climatique. Pour moi, là, tout le monde devrait être activiste ! C'est pour ça que je n'ai pas envie qu'on me mette dans une case, parce que je ne suis pas toute seule, et je n'ai pas envie d'être toute seule."

Aujourd'hui, elle consacre tout son temps au collectif Dernière Rénovation, où elle est chargée des recrutements et de l'accompagnement des nouveaux venus, et où elle apprend sur le tas. Avec un premier objectif ambitieux pour les mois à venir : "On espère que d'ici six mois la rénovation énergétique des bâtiments sera mise en place, pour ensuite enchaîner sur d'autres campagnes. Il reste plein de choses à faire ! On a repris les mesures de la Convention citoyenne pour le climat pour voir ce qu'il y a d'autre à mettre en place".

Pour parvenir à un changement radical et rapide de société, Alizée n'a pas le temps d'attendre, ni de se projeter. La seule arme, pour elle, réside dans cette action non-violente de résistance civique. "Je suis hyper fière de là où je suis aujourd'hui, déclare-t-elle. C'est horrible, et en même temps hyper beau, de se dire qu'on est en train d'écrire le dernier chapitre de l'humanité." Pour écrire la fin de l'histoire, la jeune femme espère convaincre ceux qui ont le pouvoir. Elle le dit : "Je veux une conversation avec notre gouvernement, pour le regarder dans les yeux et juste savoir et comprendre où il nous emmène". Alizée, elle, sait ce qu'elle veut : sauver le monde, jour après jour, à sa mesure.

Le sac à dos d'Alizée
Le sac à dos d'Alizée
© Radio France