Carole Delga, présidente de région la mieux (ré)élue de France en juin 2021, désormais à la tête de Régions de France ©Radio France - Rosalie Lafarge
Carole Delga, présidente de région la mieux (ré)élue de France en juin 2021, désormais à la tête de Régions de France ©Radio France - Rosalie Lafarge
Carole Delga, présidente de région la mieux (ré)élue de France en juin 2021, désormais à la tête de Régions de France ©Radio France - Rosalie Lafarge
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Résumé

Elle est celle que tout le monde regarde à gauche, mais pas seulement ! Présidente de région la mieux (ré)élue en juin 2021, la socialiste Carole Delga a depuis pris la tête de Régions de France, dont le congrès s'ouvre le 30 septembre.

avec :

Carole Delga (femme politique membre du Parti socialiste).

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À quelques jours de l'ouverture du congrès de Régions de France, l'association qui représente les régions auprès des pouvoirs publics, rencontre avec sa nouvelle présidente, la patronne socialiste d'Occitanie, Carole Delga.

Rien ne semble pouvoir l'arrêter, Carole Delga. En 2008, à 36 ans, elle s'empare de la mairie de Martres-Tolosane, sa commune de Haute-Garonne. Et depuis, elle enchaîne : vice-présidente du conseil régional de Midi-Pyrénées, députée de Haute-Garonne, secrétaire d'État en charge du Commerce, de l'Artisanat, de la Consommation et de l'Économie sociale et solidaire, présidente d'Occitanie et maintenant, à 50 ans, à la tête de Régions de France et dans l'équipe rapprochée d'Anne Hidalgo, la maire PS de Paris candidate à l'élection présidentielle. A l'énumération de toutes ces fonctions, confortablement installée dans un fauteuil, Carole Delga tient à le préciser tout de suite : "rien ne manque à [son] bonheur" !

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Sa grand-mère, figure "fondamentale"

"Je n'avais jamais rêvé de faire de la politique. Dans ma famille, on disait qu'on n'avait pas le sou pour faire de la politique", assure-t-elle pourtant. Fille unique, Carole Delga passe ses six premières années à Martres-Tolosane, élevée par sa grand-mère. Son sourire la quitte rarement, mais encore moins quand elle évoque cette figure "fondamentale" pour elle. "Ma grand-mère m’a transmis une confiance en mes capacités, elle m’aimait tellement, elle m’idéalisait, elle m’idolâtrait, elle me disait toujours 'tu vas réussir à l’école, tu vas y arriver, on va s’en sortir'. Donc cette question du courage, de mener les combats jusqu’au bout, de jamais les lâcher… Elle m'a aussi appris à être attentionnée envers les autres, on s'occupait des voisines plus âgées et moins alertes qu'elle. Et puis elle m'a également, sans pleinement le mesurer, donné une forte volonté de féminisme"

Avec ma grand-mère, la question de ne pas pouvoir accéder à certains rêves parce qu’on était une fille, ça n’existait pas. Pour elle, la limite, la vraie prison, l’enfermement, la privation, c’était le manque d’instruction, comme elle disait.

Alors Carole Delga travaille, devient très bonne élève, "l'école, j'adorais ça" dit-elle encore aujourd'hui. Son bac C en poche - elle a depuis rejoint sa mère, sténodactylo à Toulouse - elle entame une licence de sciences économiques, qu'elle finance par des petits boulots d'été. "Je travaillais dans les mairies, à la DDE, la direction départementale de l'équipement, et j'ai trouvé tous ces jobs d'été très intéressants, parce qu'on servait les autres". Elle passe ensuite les concours de la fonction publique territoriale, et d'expérience en expérience, bascule de l'autre côté. "J'étais le bras droit d'élus, je faisais en sorte d'organiser leur prise de décision, de les conseiller, ça a été un continuum assez naturel"

La violence du monde politique

La socialiste trace son chemin, aidée par certains, moins par d'autres. "La politique est un monde violent, reconnait-elle d'un air très franc. Je viens d'un milieu très modeste, je n'ai pas fait l'ENA ni Sciences Po Paris, je ne viens pas d'un milieu de notables, il y a effectivement eu beaucoup de condescendance à mon égard, avec mon accent à couper au couteau, mes manières paysannes, mes habitudes de vie de pauvre et le bagage culturel qui est le mien, mais dont je n'ai pas honte. Tout comme mon accent, je l'ai toujours porté comme un porte-drapeau car je crois que c'est important d'être dans la sincérité et l'authenticité"

52 min

En politique, je sais cogner, mais je sais aussi parfois tuer" 

Elle jure n'être fondamentalement qu'humanisme et bienveillance. Mais "il ne faut pas venir me chercher", nuance-t-elle immédiatement en pointant l'index comme pour mettre en garde. "Je n'attaque jamais en premier, mais quand quelqu'un m'attaque, en particulier de façon injuste, je suis une vraie lionne, rien ne m'arrête. Je sais cogner, et en politique, parfois, je sais tuer aussi, parce que les nuisibles, si vous ne les tuez pas politiquement, ce sont eux qui vont vous tuer", tranche Carole Delga. 

Du caractère et de la poigne. Carole Delga sait où elle va, aussi parce qu'elle sait d'où elle vient. Elle vit d'ailleurs toujours à Martres-Tolosane. "C'est une des leçons de mon année ministérielle, raconte-t-elle. Quand j'étais secrétaire d'État, j'avais l'obligation de séjourner à Bercy, et quand j'ai démissionné, je me suis dit plus jamais ça, plus jamais dans un appartement de fonction, parce que cela vous enferme complètement dans des lieux de pouvoir. Le soir, quand je rentre dans mon village et que je vois mon clocher, je me dis que je peux enlever l'armure et être moi. C'est pour ça que j'ai besoin de cette vie dans la maison de mon enfance. À Martres, je ne suis pas la présidente de région, je suis Carole, la présidente d'un truc ou la maire de la région, comme ils disent parfois. C'est aussi un rapport aux autres qui est sincère, mes voisins ne me parlent jamais de politique, on parle de la chaudière à mazout, des taupes, de la vie, ça me connecte et ça me permet, je pense, de faire des politiques bien adaptées, ce qui, je crois, a été reconnu : je pars des problèmes du réel"

Au doigt de Carole Delga, une bague en faïence de Martres-Tolosane. "Je porte toujours un bijou en faïence de Martres", assure la présidente d'Occitanie
Au doigt de Carole Delga, une bague en faïence de Martres-Tolosane. "Je porte toujours un bijou en faïence de Martres", assure la présidente d'Occitanie
© Radio France - Rosalie Lafarge

Pas à vendre

La reconnaissance, elle l'a trouvée dans les urnes des régionales en Occitanie il y a trois mois. Avec près de 58% des voix, elle est la présidente de région la mieux (ré)élue de France. Et ils sont nombreux à la regarder avec beaucoup d'intérêt. En Macronie notamment. "Je ne suis pas à vendre, ni à acheter, mais je pense qu'Emmanuel le sait, il ne me contactera pas, il connaît ma réponse", pose-t-elle d'emblée sur la table, un grand sourire toujours vissé aux lèvres. Emmanuel, c'est Emmanuel Macron. Carole Delga a travaillé avec lui à Bercy. "On a toujours eu des relations cordiales, mais on a une profonde divergence sur ce qu'est la France, la richesse de la France. Lui pense que ce sont les élites, je pense au contraire que c'est le peuple. Et je ne crois pas qu'il faille juste traverser la rue pour trouver un travail, ça, c'est la vision d'un golden boy", explique l'ancienne secrétaire d'État. 

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En savoir plus : Le quinquennat suspendu
3 min

Je ne crois pas qu'il faille juste traverser la rue pour trouver un travail" 

Pour 2022, elle n'ira pas non plus avec son ami Arnaud Montebourg. "Il faut savoir faire la part des choses entre le cœur et la raison, l'amitié et l'affection que j'ai pour Arnaud ne m'emportent pas dans un manque de lucidité sur la capacité et la stature nécessaires pour être président de la République", justifie-t-elle. Et la raison, pour la présidente d'Occitanie, c'est donc Anne Hidalgo, dont elle est responsable du mouvement Idées en commun. Carole Delga est persuadée que la gauche et le Parti socialiste n'ont pas dit leur dernier mot. "La fin du quinquennat Hollande a été douloureuse et je suis très lucide sur la vision et l'estime qu'ont les Françaises et les Français sur le parti socialiste. Pour autant, je continue à penser que les valeurs socialistes sont les bonnes". Elle est comme ça, Carole Delga, quand elle y croit, elle marche tout droit, comme le chantait Claude François, qu'elle imite d'ailleurs, parait-il, à la perfection ! 

15 min
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L'équipe

Rosalie Lafarge
Journaliste