Catherine Boivin, populariser les cultures autochtones sur TikTok

Catherine Boivin, assise au bord d'une table de pique-nique, dans le parc Molson à Montréal.
Catherine Boivin, assise au bord d'une table de pique-nique, dans le parc Molson à Montréal. ©Radio France - Justine Leblond
Catherine Boivin, assise au bord d'une table de pique-nique, dans le parc Molson à Montréal. ©Radio France - Justine Leblond
Catherine Boivin, assise au bord d'une table de pique-nique, dans le parc Molson à Montréal. ©Radio France - Justine Leblond
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Au Québec, l'artiste atikamekw Catherine Boivin utilise les réseaux sociaux pour représenter davantage les peuples autochtones et déconstruire les clichés. Elle fait notamment des vidéos sur TikTok, vues par plusieurs milliers de personnes.

Une inscription anticolonialiste sur sa veste noire, des grandes boucles d’oreilles colorées, un petit tatouage à motifs sur le poignet, Catherine Boivin a un regard serein, et un sourire qui rappelle celui de ses TikTok, ces courtes vidéos qu'elle partage à ses 32 000 abonnés. "Kwei kwei ! Je m'appelle Catherine Boivin, je suis Atikamekw Nehirowisiw, je viens de la communauté de Wemotaci, mais j'habite à Odanak", une communauté située au Québec, à une centaine de kilomètres de Montréal, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Artiste multidisciplinaire, Catherine s'exprime principalement à travers la danse, l'image et l'humour.

L'humour comme clé pour sensibiliser

Catherine est sur TikTok depuis deux ans. À l'origine simple utilisatrice, elle a publié une première vidéo pour dénoncer le racisme sur les réseaux sociaux, et notamment sur un groupe Facebook. Depuis, ses vidéos humoristiques font des milliers de vues, parfois jusqu'à 200 000. "Je parle des clichés, car il y a parfois des personnes qui pensent que nous n'avons pas évolué, mais nous habitons dans des maisons modernes ! J'ai par exemple fait un montage où je montre une habitation temporaire qu'on avait, puis il y a beaucoup de personnes qui ont cru que c'était vrai, qu'on habitait là, et qui répondaient : 'ah c'est beau, moi aussi je veux vivre de cette façon-là !' Ils ne comprenaient pas que ça coupait à ce moment-là, que ce n'était pas vrai, mais c'était drôle, c'était cute", raconte Catherine. "Voilà, c'est un peu pour déconstruire cette idée-là, qu'on n'a pas évolué, alors que nous sommes des gens qui ont accès à la modernité. On a évolué à travers le temps, tout en pratiquant encore notre culture à côté."

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De la difficulté de raviver les traumas au(x) rôle(s) de la société

Avec ses vidéos, Catherine espère donc sensibiliser ses followers aux cultures autochtones. Elle regrette le traitement médiatique réservé aux Premières nations, souvent concentré sur des faits négatifs ou sensationnalistes. Sur les pensionnats autochtones par exemple, il fallait en parler dans les médias, estime Catherine, mais c'est arrivé très tardivement. C'est surtout lors de la venue du Pape au Canada cet été, visite pendant laquelle il a reconnu le rôle de l'Église catholique dans l'enrôlement forcé d'enfants autochtones dans les années 1980-1990, que le sujet a été traité. "Cet été, quand c'est arrivé, tout le monde nous appelait, tout le monde nous sollicitait... Tout d’un coup les gens voulaient voir un Autochtone pour parler des pensionnats. Sauf que nous, on n'avait pas la tête à ça t’sais, parce que ça nous replongeait dans les traumas. On pensait à nos parents, à nos grands-parents, à nos tantes, car ces gens-là sont encore en vie aujourd’hui. C’est un peu peut-être le côté maladroit de ces événements-là", estime Catherine.

Selon l'artiste Atikamekw, l’école a aussi un rôle à jouer. Elle raconte qu'au Québec, le programme scolaire n'aborde que très artificiellement l'histoire des Premières nations : "Des fois, je suis confrontée à beaucoup de racisme sur TikTok, mais surtout beaucoup d'ignorance, je vois que les gens ne sont pas au courant. Il faut changer les manuels scolaires, car la seule chose qu'on apprend, c'est que nous étions des chasseurs-cueilleurs. On ne parle pas des pensionnats par exemple, on ne parle pas de comment les Autochtones ont été mis dans des réserves."

Adapter le vocabulaire

Et cela commence par les termes employés, que ce soit par les habitants, les médias ou les manuels scolaires. "Aujourd'hui, on ne dit plus indiens ou amérindiens", explique Catherine. "On peut dire autochtones, premières nations ou nommer le nom de la nation à laquelle on appartient. Par exemple, moi je suis Atikamekw." Au Québec, il y a 11 nations distinctes.

Autant de raisons qui poussent donc Catherine à s'engager, à représenter la communauté autochtone. Diplômée en sciences humaines "premières nations" et en arts visuels, elle a réalisé l'année dernière sa première exposition visuelle, sur des femmes autochtones, de génération en génération. Et puis il y a la danse, notamment les Pow Wow, des rassemblements autour de danses traditionnelles à travers le Québec, que Catherine partage sur TikTok.

Les choses avancent à petit pas, remarque Catherine, au moins dans la société québécoise. En octobre dernier, Kateri Champagne Jourdain est devenue la première une femme autochtone à avoir rejoint l'Assemblée nationale du Québec.

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