Claudie Haigneré : "L'audace de tenter des choses"

Claudie Haigneré devant la maison de la radio à Paris en octobre 2021, vingt ans après son retour de la station spatiale internationale.
Claudie Haigneré devant la maison de la radio à Paris en octobre 2021, vingt ans après son retour de la station spatiale internationale. ©Radio France - Maxime Tellier
Claudie Haigneré devant la maison de la radio à Paris en octobre 2021, vingt ans après son retour de la station spatiale internationale. ©Radio France - Maxime Tellier
Claudie Haigneré devant la maison de la radio à Paris en octobre 2021, vingt ans après son retour de la station spatiale internationale. ©Radio France - Maxime Tellier
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C'était il y a vingt ans : Claudie Haigneré rentrait sur Terre de sa deuxième, et dernière, mission dans l'espace. En 2021, elle revient pour France Culture sur son parcours : comment oser, prendre des risques ou faire avec l'échec.

Avec
  • Claudie Haigneré astronaute, conseillère auprès du directeur général de l’ESA, première femme française à être allée dans l’espace.

Elle appartient à un cercle très fermé : celui des 574 humains ayant volé dans l'espace à ce jour. De ceux qui ont osé - et réussi - la sélection impitoyable pour devenir astronaute. Seule femme choisie sur 1000 candidats par l'Agence spatiale française, le CNES, en 1985, Claudie Haigneré voyait l'opportunité d'une aventure, humaine notamment, en dépit des probabilités infimes de succès.

J'étais quelqu'un qui avait plutôt envie de découvrir où étaient mes limites. Aller, par exemple, sur des tests physiologiques de la sélection, qui étaient un peu exotique par rapport à notre vie habituelle, ça me tentait ! Je n'y allais pas avec stress. J'y allais avec plaisir. Donc j'ai plutôt vécu cette sélection comme des étapes successives à franchir et tout se passait bien. Je me découvrais en même temps que j'avançais sur le chemin.

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La sélection a duré six mois où il a fallu énormément de travail et un peu de chance aussi, elle le reconnaît, pour surmonter les examens psychologiques individuels et collectifs, les tests cognitifs, physiques, médicaux, les entretiens où "il faut être brillant, au meilleur de sa forme dans un contexte de compétition face aux autres concurrents"

Je ne donne pas de recette de réussite, car il n'y a pas de recette de réussite particulière. Il y a l'audace de tenter des choses et de se dire qu'on doit être le plus possible responsable de ses choix. Ne pas écouter les contraintes que d'autres à l'extérieur vont vous mettre. Vous en avez déjà suffisamment dans la tête. Ce n'est pas la peine d'écouter celles des autres.

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Légende : il y a 20 ans, l’astronaute Claudie Haigneré atterrissait à bord de la capsule Soyouz au Kazakhstan après 16 jours passés dans l’espace dans la nouvelle station spatiale internationale. Un souvenir qu’elle continue de faire vivre et de partager, notamment auprès des jeunes.

Quand elle est sélectionnée, Claudie Haigneré est rhumatologue à l'hôpital Cochin, à Paris. Déjà docteure en médecine, elle commence un second doctorat en science pour assurer ses chances d'être assignée à une mission spatiale. C'est là qu'elle est surnommée "bac+19".

Elle vole une première fois sur la station Mir en 1996 pour la mission Cassiopée puis une seconde fois dans la station spatiale internationale en 2001 (mission Andromède) où elle voit enfin la Terre de l'espace... 

Les premières aurores boréales que j'ai vues. C'était par le hublot de Soyouz. Vous voyez ces milliers de kilomètres parcourus par zébrures d'orage au moment des moussons... C'est absolument extraordinaires : les couleurs des lacs en Amérique latine, les chaînes de l'Himalaya, la Mauritanie, les déserts. On voit des couleurs absolument somptueuses dont vous êtes effectivement fasciné et émerveillé par la beauté de la planète.

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Elle passe en tout 26 jours là-haut mais vit également l'aventure spatiale au sol : dix ans à la cité des étoiles près de Moscou où elle est aussi témoin de la fin de la guerre froide et de l'URSS puis de la naissance de la coopération entre ex-nations ennemies. Elle rencontre également son mari, l'astronaute Jean Pierre Haigneré, et même si aujourd'hui, leur fille de 24 ans ne veut pas être astronaute, "elle fait partie de cette génération qui ne veut plus prendre l'avion", Claudie Haigneré continue de transmettre sa passion aux jeunes.

Je vis en ce moment des moments passionnants en accompagnant des jeunes femmes, notamment, sur la sélection actuelle de l'Agence spatiale européenne pour recruter les futurs astronautes. Les premières étapes ont commencé et la sélection finale sera en octobre l'année prochaine. Beaucoup de jeunes femmes m'ont contacté au tout début avant de se lancer et de candidater. Elles me tiennent au courant : "On a passé la première épreuve, etc." J'ai peut être servi un peu à quelque chose pour certaines pour leur donner le petit peps, ce qui leur a permis de pousser la porte.

Sur 22 000 candidats européens à cette sélection de l'ESA, 24% sont des femmes, statistique en nette hausse par rapport aux chiffres actuels : on ne compte que 10% de femmes seulement parmi les astronautes en 2021. Claudie Haigneré veut donc continuer à ouvrir la voie, pour tous les jeunes.

Il faut "configurer un récit de l'avenir", comme le dit si bien Etienne Klein. J'ai en tête les utopies et les anticipations positives que j'ai pu vivre dans ma jeunesse et qui nous donnaient, à ma génération, cette envie de nous projeter vers le XXIe siècle. Et aujourd'hui, c'est vrai que la jeune génération a parfois cette difficulté à se projeter vers quelque chose qui pourrait être souhaitable, un futur souhaitable. 

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Légende : 20 ans après sa mission à bord de la station spatiale internationale (ISS), Claudie Haigneré continue de partager ses souvenirs de cosmonaute. Ici un photomontage avec le passeport qui lui a été délivré lors de son premier vol en 1996 : ce document présente les tampons de la station Mir (à gauche) et de l’ISS (à droite) et n’est possédé que par très peu d’êtres humains. Seuls 574 personnes ont volé dans l’espace à ce jour.

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Elle regrette notamment le climat actuel de dystopie sur la catastrophe environnementale et présente les grands projets scientifiques comme des solutions pour un avenir désirable qui l'ont toujours portée elle même dans les périodes difficiles de sa vie ou lorsqu'elle n'était plus astronaute ministre. Quelques années plus à la tête de la Cité des sciences et du Palais de la découverte, aujourd'hui libre d'activités professionnelles, Claudie Haigneré demeure ambassadrice de l'espace et continue de rêver du retour sur la Lune, par exemple, dans quatre ou cinq ans. Un retour qui sera d'ailleurs sans doute accompli par une femme.

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