Dorothée Poignant est directrice de l'Ehpad Les Orchidées, à Tourcoing, dans le Nord, depuis 2015.
Dorothée Poignant est directrice de l'Ehpad Les Orchidées, à Tourcoing, dans le Nord, depuis 2015.
Dorothée Poignant est directrice de l'Ehpad Les Orchidées, à Tourcoing, dans le Nord, depuis 2015. ©Radio France - Lise Verbeke
Dorothée Poignant est directrice de l'Ehpad Les Orchidées, à Tourcoing, dans le Nord, depuis 2015. ©Radio France - Lise Verbeke
Dorothée Poignant est directrice de l'Ehpad Les Orchidées, à Tourcoing, dans le Nord, depuis 2015. ©Radio France - Lise Verbeke
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Résumé

La quadragénaire est directrice de l'Ehpad Les Orchidées, à Tourcoing, dans le Nord. Capitaine d’un navire en pleine tempête coronavirus, entre le poids des responsabilités et la volonté de rester humaine, avant tout.

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Sous le masque, on devine le sourire. Par le son chantant de sa voix et par les petites rides aux coins de ses yeux. Au fil de la rencontre, on comprend très vite que ce sourire, Dorothée Poignant le garde, quoi qu’il arrive. Bien sûr, il y a la tempête du coronavirus, mais la directrice de la résidence pour seniors Les Orchidées, en plein centre-ville de Tourcoing, garde le cap. A bord de son navire, 80 résidents, la plupart nonagénaires, et une équipe de 75 personnes : infirmiers, psychologue, hôteliers, ergothérapeutes, aides-soignants, animateurs… 

Le mot responsable prend tout son sens, d’autant plus depuis la crise sanitaire, commente la quadragénaire. Responsable humainement, mais aussi pénalement, quelque part, on est responsable de tout. Il faut avoir cela en tête, pour faire les bons choix.

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80 résidents vivent ici, la plupart sont nonagénaires.
80 résidents vivent ici, la plupart sont nonagénaires.
© Radio France - Lise Verbeke

Depuis le mois de mars, et la crise du nouveau coronavirus, ses journées s’étirent, jusqu’à parfois tard dans la soirée. Entre les mails à envoyer aux familles, les contacts constants avec l’Agence régionale de santé, les protocoles à mettre en place et la vaccination qui a démarré il y a une semaine pour les résidents. "Mon rôle est aussi de prendre soin des équipes, pour qu’ils prennent soin à leur tour, des résidents", souffle-t-elle. Une équipe qui a su se réinventer sous son impulsion. Toujours voir le verre à moitié plein, et garder espoir, c’est sa philosophie. 

"Une salariée était coiffeuse, elle a donc coupé les cheveux des résidents, d’autres ont fait des soins esthétiques, détaille la Lilloise, et nous avons aussi mis en place des tablettes pour que les résidents gardent un lien avec leurs proches". Elle se souvient, émue, de ce jour de mai, quand une résidente a soufflé ses 100 bougies, sur le balcon. En contrebas, sa famille était présente, "un joli moment"

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Enfermer les résidents

Car le plus dur pour Dorothée Poignant a été de fermer les portes de son Ehpad, d’ordinaire si ouvert vers l’extérieur : "Nous avons souvent des classes de collégiens qui viennent, et juste à côté, il y a la crèche et le projet intergénérationnel que nous avons créé. Tout cela s’est arrêté du jour au lendemain"

Dans le salon au rez-de-chaussée de la résidence, plus personne ne s'arrête à cause du coronavirus.
Dans le salon au rez-de-chaussée de la résidence, plus personne ne s'arrête à cause du coronavirus.
© Radio France - Lise Verbeke

Le salon au rez-de-chaussée, qui ressemble à un bar d'hôtel chic car "ici, tout est fait pour gommer l'aspect hôpital", reste désespérément vide. Et quand les visites ont de nouveau été autorisées, mais de manière très encadrées, elle a parfois l'impression d’être un gendarme, pire, un geôlier : "De quel droit on enferme les gens ? Avec mes collègues directeurs, on s'est beaucoup questionné", admet-elle. 

On a l’impression de leur voler des derniers moments de vie, leur dernier été, le mariage de leur petite-fille... On avait mal au cœur pour eux. 

Mais elle reste étonnée de la capacité d’adaptation des personnes âgées. "Parfois, c’est même elles qui nous remontent le moral ". Et lorsqu’il arrive qu’elle tangue et qu’il faut remettre du vent dans les voiles, Dorothée Poignant a un remède : 

C'est mon petit truc, quand j’ai besoin, quand les dossiers s’empilent sur le bureau, je monte dans les étages et je vais dire un petit bonjour à un ou deux résidents, et ça me ressource. 

Dorothée Poignant, ici, dans le salon de la résidence, "où on a tout fait pour gommer l'aspect hôpital de l'Ehpad"
Dorothée Poignant, ici, dans le salon de la résidence, "où on a tout fait pour gommer l'aspect hôpital de l'Ehpad"
© Radio France - Lise Verbeke

La directrice aime discuter avec eux de leur passé, "Chacun a une histoire, et une grande sagesse, que je respecte beaucoup". Et l’effet miroir ? "Je n’en ai pas ! Je ne pense pas à ma vieillesse future. Des proches parfois me disent, comment tu fais pour travailler avec des personnes âgées, mais pour moi ce sont avant tout des personnes".

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Infirmière dans l'âme

Dorothée Poignant est le genre de personne qui redonne corps au mot "Humanité". Aux résidents qui lui disent, "je viens ici pour finir ma vie", elle répond : "Vous venez ici pour continuer de vivre et on est là pour vous accompagner jusqu’au bout"

Au début de la crise sanitaire, elle a remis sa blouse d’infirmière, "pour donner un coup de main à l’équipe, car au fond de moi, je suis toujours infirmière !" Pourtant, quand elle a dû choisir une orientation à la sortie du bac, elle a choisi un BTS Commerce. "Le cœur m’a amené à Calais, j'ai quitté Lille et je me suis mariée. Je travaillais au duty free du tunnel sous la Manche". Elle aime le contact, mais n’était pas "force de vente", "Je ne pouvais pas vendre une robe à une femme alors qu’elle ne lui allait pas !". Quand une directive européenne annonce la fin des duty free au terminal du tunnel, Dorothée Poignant décide de reprendre des études, et choisit la voie du soin, en cohérence avec les valeurs dans lesquelles elle a grandi, "mes parents, d'origine modestes, m'ont inculqué la valeur travail, le sens moral et le respect de ce qui est juste est bien". Elle démarre un stage aux Orchidées, s'en suit une embauche et puis ce poste de directrice. 

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La vocation du soin, elle a réussi à la transmettre à l’un de ses deux fils, aujourd’hui en étude d’infirmier. Elle est fière de son métier, même si selon elle, il manque de reconnaissance. "Pendant le premier confinement, les soignants étaient applaudis. J’ai quand même un petit pincement de me dire qu’il a fallu attendre une épidémie pour qu’on nous traite en héros. Mais bon, c’était le premier confinement, aujourd’hui, les applaudissements sont terminés…" 

Accroché à l’un des murs de son bureau, un pêle-mêle de photos qui rappelle l’époque où l’on pouvait s’embrasser et faire la fête ensemble, avant le coronavirus.
Accroché à l’un des murs de son bureau, un pêle-mêle de photos qui rappelle l’époque où l’on pouvait s’embrasser et faire la fête ensemble, avant le coronavirus.
© Radio France - Lise Verbeke

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