De part et d'autre de leur livre, les mains d'Azdyne Amimour (à gauche) et de Georges Salines ©Radio France
De part et d'autre de leur livre, les mains d'Azdyne Amimour (à gauche) et de Georges Salines ©Radio France
De part et d'autre de leur livre, les mains d'Azdyne Amimour (à gauche) et de Georges Salines ©Radio France
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Résumé

La France commémore le cinquième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, à Paris, qui avaient fait 130 morts. A cette occasion, portrait croisé de Georges Salines et d'Azdyne Amimour, respectivement père d'une victime et d'un des terroristes du Bataclan. Réunis il y a peu pour un même livre.

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Il nous reste les mots, c’est le titre du livre paru en début d'année chez Robert Laffont et co-écrit par Georges Salines, le père d'une des victimes de l'attentat contre le Bataclan et Azdyne Amimour, le père d'un des terroristes qui a tué dans la salle de spectacle. Les attentats du 13 novembre 2015 qui avaient fait 130 morts au Bataclan mais aussi sur les terrasses de plusieurs bars et restaurants parisiens ainsi que près du stade de France sont commémorés cette année par le Premier ministre Jean Castex. 

Georges Salines : "Comment devient-on un terroriste ?"

Depuis cinq ans, Georges Salines vit avec l'absence de sa fille Lola. Ce médecin en santé public a accepté le projet qu'il lui a été soumis par le chercheur spécialisé dans la prévention primaire de la radicalisation et de l'extrémisme violent Sébastien Boussois et Azdyne Amimour car il voulait comprendre "comment devient-on un terroriste" ? Il raconte que sa formation scientifique a été déterminante pour accepter ce dialogue :

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Georges Salines au square Saint Eloi à Paris. Dans sa main, une rose, cadeau de Lisbeth Kristine Røyneland, témoignage d'amitié d'une maman qui a perdu sa fille dans le massacre d'Utøya en Norvège en 2011
Georges Salines au square Saint Eloi à Paris. Dans sa main, une rose, cadeau de Lisbeth Kristine Røyneland, témoignage d'amitié d'une maman qui a perdu sa fille dans le massacre d'Utøya en Norvège en 2011
© Radio France - Anne Fauquembergue

A travers mon dialogue avec Azdyne Amimour, cela m'a permis de faire comme en médecine, "une étude de cas"

3 min

Quand on se découvre comme cela, quand on dialogue en profondeur, on tombe sur quelqu'un qui ne correspond pas en tout point à l'idéal de la personne imaginée pour parler de l'Islam et du terrorisme. Nous avons été parfois en désaccords et c'est ce qui rend ce dialogue très humain. 

Georges Salines est donc un humaniste qui a beaucoup voyagé, notamment dans le monde arabe, en Egypte où sa fille Lola a grandi. "Il était tout à fait évident pour moi que les parents de jihadistes ne devaient pas être considérés a priori comme des coupables, ni même comme des responsables des actes commis par leurs enfants. Il y a des cas où les familles ont été complices mais ce sont des situations tout à fait minoritaires". 

Ce 13 novembre 2020, Lola aurait eu 33 ans, son père aurait aimé qu'elle rencontre sa nièce Olivia, née juste après le drame du Bataclan car elle était engagée pour les enfants de part son métier d'éditrice jeunesse. Lors de notre entretien, il a ramené un autre cadeau : des poupées russes offertes par son fils et sa belle-fille et qui représente les trois femmes de sa vie.

Les trois femmes de la vie de Georges Salines. Au milieu Lola, disparue au Bataclan le 13 novembre 2015
Les trois femmes de la vie de Georges Salines. Au milieu Lola, disparue au Bataclan le 13 novembre 2015
© Radio France - Anne Fauquembergue
56 min

Azdyne Amimour : "Mon fils a eu tout ce que je n'ai pas reçu"

Les deux hommes se sont vus à 12 reprises dans les locaux de Robert Laffont. Un témoignage pour l’histoire qui n’aurait pas vu le jour sans l’engagement du chercheur Sébastien Boussois, spécialiste des questions de prévention primaire de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Il se souvient de la naissance du projet : 

Sébastien Boussois : Azdyne Amimour travaillait dans un groupe de parole à Paris et à Bruxelles quand je l'ai rencontré

3 min

Pour écrire ce dialogue à six mains, c’est donc Azdyne Amimour qui a choisi Georges Salines. Ce livre est un précieux soutien pour le père du djihadiste qui a pu reparler de son fils alors que le sujet était devenu tabou dans la famille. Né en Algérie avant l’Indépendance dans une fratrie de 14 enfants, Azdyne Amimour qui a connu une belle ascension sociale, qui a gagné beaucoup d'argent comme il dit au cours de ses différentes carrières dans le cinéma, la musique, le commerce, ne comprend toujours pas pourquoi, son fils a qui il a donné ce qu'il n'a pas reçu a basculé aussi loin dans le terrorisme. 

Extrait du livre co-écrit par Georges Salines et Azdyne Amimour, "Il nous reste les mots".
Extrait du livre co-écrit par Georges Salines et Azdyne Amimour, "Il nous reste les mots".
© Radio France - Anne Fauquembergue

Quand il n’est pas à la bibliothèque de Lièges, un de ses lieux préférés, Azdine Amimour, 73 ans, est en voyage. Mais ce ne sont plus les déplacements de commerce qui rythment son existence, ce sont les sorties en langue étrangère de son livre co-écrit avec Georges Salines, traduit en anglais et en néerlandais. Il est également à la recherche de sa petite-fille. La fille de Samy Amimour se trouverait en zone irako-syrienne. Ce sujet le préoccupe beaucoup et il dit espérer un geste des autorités pour les enfants de jihadistes. 

18 min