Guillaume Rozier, la passion des données

Grâce à ses sites, Guillaume Rozier a quitté son école d’ingénieur avec une dizaine de propositions d’emploi avant de recevoir l'ordre national du mérite.
Grâce à ses sites, Guillaume Rozier a quitté son école d’ingénieur avec une dizaine de propositions d’emploi avant de recevoir l'ordre national du mérite. ©Radio France - Fiona Moghaddam
Grâce à ses sites, Guillaume Rozier a quitté son école d’ingénieur avec une dizaine de propositions d’emploi avant de recevoir l'ordre national du mérite. ©Radio France - Fiona Moghaddam
Grâce à ses sites, Guillaume Rozier a quitté son école d’ingénieur avec une dizaine de propositions d’emploi avant de recevoir l'ordre national du mérite. ©Radio France - Fiona Moghaddam
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Guillaume Rozier est le créateur des sites internet 'Covid Tracker' et 'Vite ma dose'. Le premier suit l’évolution du Covid-19 depuis mars 2020, le second a été lancé pour trouver un créneau de vaccination. Deux énormes succès, conçus par ce jeune ingénieur de 25 ans.

Jamais Guillaume Rozier n’aurait pensé avoir un tel succès avec ses sites Covid Tracker et Vite ma dose. Ce jeune ingénieur âgé de 25 ans a fini ses études l’an dernier et n’a eu aucune difficulté à trouver du travail. Dix propositions d’emploi lui ont été faites, une fois son diplôme en poche. Pour cause, il a créé, en plein confinement, le site Covid Tracker qui suit l’évolution de la pandémie de Covid-19 en France et dans le monde et un an plus tard Vite ma dose, pour aider tout un chacun à trouver un créneau de vaccination. 

Un attrait pour le numérique depuis l'enfance

Guillaume Rozier baigne dans l'informatique et les données depuis son plus jeune âge. Enfant, il se passionne pour les phénomènes météorologiques qu’il tente de prédire. 

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J’ai toujours adoré l’informatique. J’ai toujours eu beaucoup d’appareils numériques. Je me suis toujours intéressé à l’actualité du numérique et des nouvelles technologies. J’ai très tôt traité des données, vers l’âge de 10-11 ans. J’ai commencé à suivre des phénomènes météorologiques et climatologiques en suivant des modèles et en utilisant les données pour prédire le temps qu’il fera dans quelques jours, essayer de suivre certains événements météorologiques. 

Son père, ingénieur en informatique dans le numérique, et sa mère, professeure de physique en classe préparatoire, sont un peu surpris quand il leur demande d’installer une station météo dans le jardin de la maison familiale. "Il a fallu faire quelques aménagements architecturaux pour mettre en place un anémomètre, un pluviomètre et une sonde de température", se souvient-il. Jusqu’à ses 18-20 ans, il continue de s’intéresser à la météorologie. 

Si sa voie semblait tracée, cela n’a pas été si simple que cela. Il a toujours détesté qu’on lui demande ce qu’il aimerait faire plus tard. "Si on a un objectif très précis, c’est aussi prendre le risque de ne pas sélectionner un autre chemin qui peut être encore plus beau et plus ambitieux"

Alors, c’est sur un coup de tête que Guillaume Rozier choisit une école d’ingénieur dans le numérique et ce n’est qu’en milieu de cursus, au moment où il a dû choisir une spécialité, qu’il se tourne vers l’intelligence artificielle, le big data et le traitement des masses de données. 

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Le confinement est un tournant

En mars 2020, pour terminer son école d'ingénieur, Guillaume Rozier part en stage de fin d'étude  dans une banque au Luxembourg. Avec la mise en place du confinement, il est rapidement contraint de rentrer chez ses parents en Savoie. Et il se retrouve dans l'impossibilité de télétravailler, pour des raisons légales car il n'est plus sur le territoire luxembourgeois.

Dès fin février, il commence à s'intéresser à l'épidémie de Covid-19 qui touche alors la Chine et l'Italie. Et il se pose des questions qui ne trouvent pas leur réponse, en tout cas, pas dans les médias français. Il rassemble alors des données "à la main", en écoutant des conférences de presse, en utilisant la technique du "scraping" qui permet de récupérer des données depuis des pages internet, en récupérant les chiffres fournis par l'université américaine Johns Hopkins University... 

J'ai commencé à rassembler ces données pour essayer de comprendre l'évolution de l'épidémie en France et la comparer avec ce qui se passait dans d'autres pays, comme l'Italie et la Chine. Cela m'a un peu surpris parce que j'ai remarqué que nous avions exactement la même évolution que l'Italie, qui avait une situation très grave, mais avec 10 à 15 jours de retard.

Il envoie alors ces analyses à quelques proches. Tous étant très intéressés, c'est quotidiennement qu'il entreprend cette démarche, pour tenter de voir si la France continue de suivre l'évolution de l'Italie. L'étudiant dispose de plus de temps libre, son stage étant arrêté, mais ses recherches lui prennent un temps considérable chaque jour. Il décide donc de créer des algorithmes qui "vont chercher automatiquement les données et les mettent à jour quotidiennement". Quelques semaines plus tard, il lance un site internet pour afficher ces visualisations, baptisé dans un premier temps : guillaumerozier.fr

J’ai fait des études dans le numérique mais je n’avais jamais créé de site internet, je n’avais jamais appris les langages qu’on utilise pour créer des sites internet. J’ai donc fait un site extrêmement simple, le plus basique qu’on puisse imaginer. Il a fallu acheter un nom de domaine, l’URL du site. Je me suis dit : "Tant qu’à dépenser de l’argent, autant que ce soit réutilisable". D’où mon prénom et mon nom, je me disais que dans quelques semaines, une fois l'épidémie terminée, je pourrai réutiliser ce site pour y mettre mon CV pour trouver un travail !

Évidemment, la suite ne se passe pas comme prévu et Guillaume Rozier, aidé par plusieurs personnes bénévoles, lance CovidTracker.fr pour suivre, au jour le jour, l'épidémie de Covid-19 qui touche désormais sévèrement la France. Un site qui aujourd’hui accueille dix millions d’utilisateurs actifs par mois.

Avec la vaccination, l’arrivée de Vite ma dose

Un an plus tard, en mars 2021, alors que la France est en pleine campagne pour la vaccination contre le Covid-19, il est aussi très difficile de trouver une dose de vaccin. Guillaume Rozier en fait l’expérience à travers un proche, éligible à la vaccination à ce moment-là. Il s’intéresse au problème et se rend compte grâce à diverses techniques, que de nombreux créneaux de vaccination sont disponibles. 

C’est dommage. D’un côté, il y a des personnes, notamment des personnes âgées, qui ont du mal à utiliser les plateformes et trouver un rendez-vous. De l’autre, il y a les centres de vaccination avec de nombreuses disponibilités.

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Il souhaite donc mettre les deux en relation et développe pour cela un algorithme qui scanne les différentes plateformes de réservation pour détecter les rendez-vous disponibles, puis le site internet Vite ma dose, où chacun peut visualiser les rendez-vous de vaccination disponibles. Très vite, son site attire plusieurs milliers d’utilisateurs. Alors, il lance un appel à l’aide sur les réseaux sociaux pour améliorer ce site. Plus de 150 personnes y ont ainsi contribué jusqu’à présent, toutes de manière bénévole, sachant que Vite ma dose, comme Covid Tracker sont gratuits :

"Plusieurs équipes travaillaient jour et nuit, on faisait vraiment les trois-huit ! Et en quelques jours, on a pu sortir une version bien meilleure, très proche de celle qui existe aujourd’hui. Le site a connu un succès retentissant dès le début. Vite ma dose a aidé plusieurs dizaines de millions de Français à trouver un rendez-vous de vaccination."

Guillaume Rozier dit avoir toujours voulu aider, être utile et apporter ses compétences, "qui n’étaient pas médicales" pour lutter contre l’épidémie. Mais une telle initiative n’aurait-elle pas dû venir du gouvernement ? "Dans un monde idéal, probablement oui" rétorque Guillaume Rozier mais il estime aussi que l’État ne peut pas tout faire. 

Ce qui compte, c’est que ce soit fait. Et ce que montrent ces différentes initiatives, c’est qu’il peut y avoir une complémentarité entre l’État et les citoyens ou l’État et le privé. Le public et le privé peuvent travailler main dans la main.

L'ingénieur estime que l’État n'a pas non plus rien fait puisqu'il a mis à disposition les données indispensables à ses deux sites. 

L’État a fait cette partie absolument nécessaire de comptabiliser et de rassembler au même endroit les résultats des tests Covid, de comptabiliser le nombre de patients hospitalisés... Il y a énormément de jeux de données disponibles. Il a ensuite mis à disposition ces données sur internet d'une manière libre, gratuite, mise à jour au moins quotidiennement et dans des formats qui sont interprétables par des algorithmes.

Toutefois, cette mise à disposition des données n'est pas toujours effective, comme l'a récemment expliqué sur Twitter Guillaume Rozier. Désormais, Covid Tracker ne suit plus l'évolution du variant Omicron, faute de données disponibles. "Situation qui pourrait être résolue rapidement", précise Guillaume Rozier quelques tweets plus bas.

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Décoré de l’ordre national du mérite

Guillaume Rozier a été décoré de l'ordre national du mérite l'été dernier, il conserve sa médaille "en bonne place" dans son salon
Guillaume Rozier a été décoré de l'ordre national du mérite l'été dernier, il conserve sa médaille "en bonne place" dans son salon
© Radio France - Fiona Moghaddam

Grâce à la création de ses deux sites internet, Guillaume Rozier a terminé son école d’ingénieur avec une dizaine de propositions d’emploi en poche. Il a opté pour un poste de data scientist, ingénieur consultant dans une entreprise, métier qui consiste "à traiter d’importantes masses de données informatiques pour leur donner du sens". Il travaille aussi bien pour des clients du public que du privé.

En juillet dernier, il a également reçu la médaille du mérite, décernée par le président de la République. Il l’avait appris un matin via les médias en regardant son smartphone et "n’imaginait pas une seule seconde avoir un jour une telle récompense, surtout pas à 25 ans !" C’est pour lui un "immense honneur et un immense plaisir" et il a tenu à dédier cette récompense à tous les contributeurs qui l’ont aidé au fonctionnement des deux plateformes. 

L'ingénieur ne pensait pas non plus avoir un jour l'occasion de discuter avec des épidémiologistes comme Catherine Hill ou Vittoria Colizza, des chercheurs, des biologistes médicaux, le PDG d'Apple Tim Cook, des ministres ou encore le président de la République, Emmanuel Macron. 

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Guillaume Rozier accorde toujours de nombreuses heures à ses deux sites, en plus de son travail. Quand la pandémie faiblit, il préfère "consacrer sa vie à d’autres activités" : voir ses amis, sa famille mais aussi de nombreuses sorties culturelles. Il essaie de profiter de la vie parisienne – il vit à Paris depuis plus d’un an pour son travail – en allant au théâtre, à l’opéra, voir des concerts ou aller au musée, il a déjà visité quasiment tous les musées parisiens. Puis, quand il le peut, Guillaume Rozier rentre en Savoie où il retrouve la montagne, ses skis - son autre passion - et se ressource.

Et quand on lui demande ce qu'il envisage pour la suite, il reste fidèle à l'enfant qui ne voulait pas se projeter : 

Je n’ai pas d’objectifs. C’est important pour moi car c’est cela qui permet de créer et de faire des choses inattendues et qui correspondent vraiment aux besoins des citoyens, qui permettent de répondre à des problématiques. J’ai plein d’idées notamment dans le traitement des données. Je pense que l’on va pouvoir faire énormément de choses en donnant accès aux données aux citoyens, en les vulgarisant… Il y a beaucoup de choses à faire pour reconnecter les citoyens avec les personnes qui prennent des décisions, leurs représentants, les élus, le gouvernement…. J’espère pouvoir réaliser ces idées dans les prochains mois et les prochaines années. 

L'équipe