Cette année, c'est une productrice ukrainienne, Julia Sinkevych, qui a été nommée présidente du Festival Séries Mania de Lille.
Cette année, c'est une productrice ukrainienne, Julia Sinkevych, qui a été nommée présidente du Festival Séries Mania de Lille.
Cette année, c'est une productrice ukrainienne, Julia Sinkevych, qui a été nommée présidente du Festival Séries Mania de Lille. ©Radio France - Héloïse Décarre
Cette année, c'est une productrice ukrainienne, Julia Sinkevych, qui a été nommée présidente du Festival Séries Mania de Lille. ©Radio France - Héloïse Décarre
Cette année, c'est une productrice ukrainienne, Julia Sinkevych, qui a été nommée présidente du Festival Séries Mania de Lille. ©Radio France - Héloïse Décarre
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Résumé

Ancienne déléguée générale de l'Odesa International Film Festival et cofondatrice de l'Ukranian Film Academy, première école de cinéma du pays, la productrice Julia Sinkevych n'a pas hésité à quitter Kiev, bombardée, pour venir représenter la culture de son pays au Festival Séries Mania de Lille.

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Quitter Kiev sous les bombes, conduire jusqu'à Varsovie, y prendre un avion direction Paris, pour finalement atteindre Lille. Julia Sinkevych, qui promeut la culture ukrainienne depuis plus de dix-huit ans, n'a pas hésité un seul instant à entreprendre le périple.

Une figure incontournable de la culture cinématographique ukrainienne

Cette productrice ukrainienne est l'ancienne déléguée générale de l'Odesa International Film Festival, la cofondatrice de l'Ukranian Film Academy, la première école de cinéma du pays, mais aussi une membre de l'Ukrainian Institute, une agence gouvernementale chargée de promouvoir la culture ukrainienne dans le monde. Cette année, elle été choisie par la directrice du Festival Séries Mania de Lille, Laurence Herszberg, en soutien à l'Ukraine.

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À Lille, Julia Sinkevych voit les journalistes défiler, le visage confiant mais les yeux cernés, mélange d'inquiétude et de fatigue. Rien de surprenant, la productrice a appris sa nomination comme présidente du Festival Séries Mania il y a quelques semaines à peine, depuis l'Ukraine :

J’étais à Kiev, la guerre avait déjà commencé, et à ce moment-là, ça me semblait complètement impossible de venir ici. J’étais honorée mais je me disais, "C’est tellement dommage que cela arrive à un tel moment, quand on ne peut pas se focaliser uniquement sur l’art". Mais en même temps, c’était important pour moi de venir ici, et de montrer que l’Ukraine, et que nous, les Ukrainiens, nous sommes aussi une part de l’industrie du film dans le monde, que nous avons notre voix, nos idées, et aussi nos talents.

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Jusqu'au dernier moment, Julia Sinkevych n'était pas certaine de pouvoir venir. Ce déplacement était une décision compliquée, mais inévitable, selon elle. Promouvoir la culture ukrainienne, "J’ai toujours fait ça, en fait ! Cela a toujours été mon but parce que nous avons toujours été considérés comme étant une part de la culture russe, ce qui n’est plus le cas depuis de très, très nombreuses années__", clame-t-elle.

L'art comme héritage

Il faut dire que cette experte du cinéma a la culture dans le sang. "__Je viens d’une famille d’artistes, confie-t-elle. Mon grand-père et mon père faisaient de la sculpture. Ma mère est aussi une artiste, une architecte et une designeuse. L’art a toujours été ce qu’ils faisaient, et quelque chose qui m’entourait. Donc j’ai grandi dans cette ambiance, en entendant des histoires, des discussions sur l’art. Tout le monde a été très surpris quand je suis entrée à l’université et que j’ai choisi de faire du droit, s'amuse-t-elle. Mais en Ukraine à l’époque, c’était normal : tu faisais du droit, ou des études en économie."

Après l'obtention de son diplôme, Julia Sinkevych retourne vite au monde culturel. Des études d'art au conservatoire, et un master en production audiovisuelle en poche, elle travaille quelques années dans l'industrie musicale, avant de se tourner vers le cinéma. L'industrie est alors en construction en Ukraine, et le challenge est motivant pour la jeune femme, qui a une histoire particulière avec le septième art :

Quand j’étais enfant, nous n’avions pas de cinéma. Je me souviens y être allée très petite, disons jusqu’à l’âge de six ou sept ans. Ensuite, il y a eu une longue période pendant laquelle tous les cinémas étaient fermés, à cause du manque de moyens dans les années 90. Donc on ne pouvait regarder que des VHS. Les classiques du cinéma étaient difficiles d’accès à cette époque. Mais grâce à mes parents, à ma famille, on arrivait quand même à regarder du Fellini, Buñuel, Godard…

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Une industrie émancipée de l'influence russe, en plein développement

Depuis, l'univers filmographique s'est beaucoup développé dans le pays, explique Julia Sinkevych : "L’offre des séries a changé ces dernières trois ou quatre années. Avant ça, il y avait surtout des sitcoms pour la télévision, ou des adaptations de séries étrangères, et pas vraiment de contenus originaux. Mais avec le développement des plateformes, il y a eu plusieurs nouvelles créations intéressantes, des contenues originaux qui ont eu pas mal de succès".

L'industrie a aussi évolué en se libérant de l'influence et des co-productions russes, historiquement très présentes dans le milieu, expose-t-elle :

Depuis 2014, et c’est à cette date que l’invasion de l’Ukraine a vraiment commencé, il n’y avait plus de coopérations ou de collaborations officielles avec la Russie. Durant les huit dernières années, c’est devenu impossible de co-produire avec ce pays.

Julia Synkevich se félicite d'ailleurs que la délégation russe soit persona non grata au Festival Séries Mania cette année : "C’était la chose à faire, martèle-t-elle. Imaginons que ces films soient financés par l’Etat : ils peuvent générer du profit utilisé pour soutenir des guerres barbares, comme en Ukraine, ou pour améliorer l’image de la Russie". La productrice appelle même au boycott des productions russes.

Sur son téléphone, l'Ukrainienne fait défiler les photos prises avant son départ. Kiev bombardée, cocktails Molotov, et gilet pare-balles… Des images effrayantes, mais qui, malgré tout, la rappelle là-bas :

J’ai prévu de revenir en Ukraine dès que le festival sera terminé. Je pense qu’on a besoin de moi là-bas, et que je peux être très utile sur place. C’est ma maison, et je ne suis pas encore prête à la quitter. Donc, pour le moment, c’est le plan.

Sur son téléphone, Julia Sinkevych fait défiler les photos qu'elle a prises avant de quitter Kiev, sous les bombes.
Sur son téléphone, Julia Sinkevych fait défiler les photos qu'elle a prises avant de quitter Kiev, sous les bombes.
© Radio France - Héloïse Décarre

Depuis l'Ukraine, Julia Sinkevych espère finir la production du film Lucky Girl de Marysia Nikitiuk, le projet sur lequel elle travaillait quand la guerre a éclaté.

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