Julien  Anido, sur les quais de Seine, à Paris. Janvier 2022 ©Radio France - Mathieu Laurent
Julien Anido, sur les quais de Seine, à Paris. Janvier 2022 ©Radio France - Mathieu Laurent
Julien Anido, sur les quais de Seine, à Paris. Janvier 2022 ©Radio France - Mathieu Laurent
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Résumé

Julien Anido, guide touristique, s'apprête à devenir bouquiniste. Passionné par le romantisme, le XIXe siècle, et le Paris haussmannien.

En savoir plus

Bouquiniste. Celles et ceux que le métier intéresse ont jusqu'au 18 février pour se porter candidat à le devenir à Paris. Une commission attribuera le 11 mars prochain aux sélectionnés 8 emplacements. Il y a 240 places au total et seules 220 sont "actives".

S'inscrire dans un "cercle vertueux"

Julien Anido a eu vent de l'appel à candidatures il y a seulement quelques jours. Cet autodidacte fêtera au mois d'avril ses dix ans de guide touristique, épris du Paris haussmannien, du Second Empire. Devenir bouquiniste s'inscrit à ses yeux dans un "cercle vertueux", celui de la transmission d'un savoir, d'une culture, d'un amour des livres, d'une passion pour le romantisme, pour le Paris du XIXe siècle, sans oublier le Paris médiéval.

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Ce que je pourrais vous dire, ce que j'ai compris avec le temps, c'est que je suis passionné par le romantisme. Je pars du courant artistique du XIXe siècle qui est vraiment la passion sur la raison. C'est très russe, et on va dire que c'est mon appétence pour le romantisme qui, je pense, me fait absolument adorer ce genre de littérature. C'est même cette civilisation en général que je trouve passionnante et méconnue.

Ce jeune père de famille de 36 ans revendique une scolarité "banale", se souvient avoir obtenu son baccalauréat sans éclat. Julien Anido tient à son statut d'autodidacte. N'a-t-il pas appris la grammaire et la concordance des temps avec Boris Vian ?! Ses heures à la faculté furent plus heureuses, car plus "libres". Il en sortira avec des connaissances en médiation culturelle et communication et travaillera, un temps, à l'organisation de salons étudiants et autres.

Un voyage au long cours a eu raison de cette activité salariée et amorcera le virage qu'il prit il y a dix ans, celui de se mettre à son compte.

Au mur de son salon, des tableaux achetés dans des galeries, chinés dans des brocantes, dénichés dans des vide-greniers, des antiquaires dans le Morvan.

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Une passion pour la civilisation russe

En bonne place, dans sa bibliothèque, de beaux ouvrages qui ont appartenu à son père, qui, étudiant en droit allait flâner sur les quais de Seine, à la rencontre des bouquinistes. Parmi ces belles reliures, Ernest Hemingway, André Gide, William Faulkner.

Très vite, Julien Anido confesse une autre passion, celle qui le porte vers la civilisation russe et de citer quelques uns de ses auteurs de prédilection d'aujourd'hui comme Andreï Valerievitch Guelassimov, d'hier à l'instar de Mikhaïl Boulgakov et son magistral "Le Maître et Marguerite". En cours, la lecture d'"Oblomov" d'Igor Gontcharov, encore le XIXe siècle !

Le futur bouquiniste pense déjà dédier l'une de ses 4 boîtes- ces boites vertes au bois zingué des bouquinistes- à l'âme russe !

J'ai été attiré par Saint-Pétersbourg pour ce que cette ville véhicule de passion, et j'ai adoré Moscou.

L'autre jour, sur les quais, une découverte : Alexandre Privat d'Anglemont, écrivain et journaliste bohème et son "Paris Anecdote".

Ce sont les petits métiers, vous voyez, par exemple, la vendeuse d'Arlequin, c'était une dame au XIXe siècle qui a récupéré les restes des restaurants des Halles. Mais les restes, ce sont les peaux, les eaux, etc. Elle mettait ça dans un bouillon et tout était vendu aux ouvriers. Donc voilà, je ne suis pas revenu les mains vides. Je cherchais des informations, je suis revenu avec des informations et des livres.

À la faveur de ce repérage, un futur collègue lui offrira Histoire de l'Art, d'Elie Faure, un geste qui l'a touché.

Julien Anido aime sans retenue, les travaux haussmanniens, le Second Empire, avec un accessit pour Rétif de la Bretonne (berger, typographe, écrivain, réformateur, philosophe, libertin, visionnaire) ou encore Louis Sébastien Mercier, écrivain fécond, aux idées audacieuses.

Afin de faire connaissance avec la profession, Julien Anido a pris langue avec Jérôme Callais, l'éloquent Président de l'Association culturelle des Bouquinistes de Paris, trente ans de métier. Il a ses boîtes Quai de Conti.

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900 boîtes de bouquinistes à Paris pour 450 ans d'histoire !

Jérôme Callais est probablement le plus fervent défenseur de cette tradition chevillée à l'image de Paris. 450 ans d'histoire ! 900 boîtes vert-bouteille garnies de livres anciens, de gravures, de revues et de tant d'autres parutions. "La Seine est une librairie à ciel ouvert, unique au monde" aime à répéter cet amoureux des belles lettrés et d'échanges avec les flâneurs ."Je ne suis jamais aussi triste que lorsque j'ai vendu des livres sans avoir eu de dialogue" et de conclure "les gens réclament du sens, c'est un métier qui a le plus de sens".

Jérôme Callais, Président de l’Association Culturelle des Bouquinistes de Paris, Quai de Conti.
Jérôme Callais, Président de l’Association Culturelle des Bouquinistes de Paris, Quai de Conti.
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En 2019, le ministère de la Culture a donné son accord pour que les traditions et savoir-faire des bouquinistes de Paris fassent partie de l'inventaire national, une étape importante. Ils demandent en effet que leur activité soit inscrite au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Unesco.

Camille Goudeau bouquiniste et écrivain.
Camille Goudeau bouquiniste et écrivain.
© Radio France - Mathieu Laurent

Julien Anido qui aspire à rejoindre les 220 "colporteurs" à pied d'œuvre, aura tout loisir de croiser Quai de l'Hôtel de Ville l'énergie de Camille Goudeau, bouquiniste et écrivaine, qui nous offre ces mots, extraits de son premier roman Les chats éraflés (Gallimard).

Faire sa demande sur les quais de Seine, ça veut dire postuler pour devenir un vrai bouquiniste. C’est comme une demande en mariage, c’est se lier à la vie à la mort aux trottoirs et aux livres, jurer fidélité à la caste des marginaux, des indépendants, des individualistes, des solitaires, des ensevelis sous la foule, de ceux qui paient cher la liberté. Bouquiniste, c’est devenir un élément du décor. Immuable.

Références

L'équipe

Caroline Bennetot
Collaboration
Mathieu Laurent
Journaliste