L’inventeur du QR Code, le Japonais Masahiro Hara, ingénieur de l’entreprise nippone Denso Wave.
L’inventeur du QR Code, le Japonais Masahiro Hara, ingénieur de l’entreprise nippone Denso Wave.
L’inventeur du QR Code, le Japonais Masahiro Hara, ingénieur de l’entreprise nippone Denso Wave. - Denso Wave
L’inventeur du QR Code, le Japonais Masahiro Hara, ingénieur de l’entreprise nippone Denso Wave. - Denso Wave
L’inventeur du QR Code, le Japonais Masahiro Hara, ingénieur de l’entreprise nippone Denso Wave. - Denso Wave
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Résumé

Il surgit désormais jusque sur nos cartes électorales. Le QR code ou code à réponse rapide a envahi nos vies avec la pandémie. Mais le début de sa conception date de tout juste trente ans. Rencontre avec son inventeur, un ingénieur japonais qui s'est inspiré du jeu de go.

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Ses combinaisons de carrés noir et blanc viennent d'entrer un peu plus encore dans notre quotidien. Après nos téléphones ou nos poches pour le pass sanitaire, le QR Code apparaît sur les prochaines cartes électorales pour la présidentielle, renvoyant à un site gouvernemental. Cette invention qui peut concentrer jusqu’à 4 296 caractères alphanumériques vient du Japon, de l’industrie automobile et de la tête d’un homme : Masahiro Hara, un ingénieur d’une firme d’appareils électroniques Denso Wave, affiliée au constructeur  de voitures Toyota.

Masahiro Hara, se souvient, c’était il y a trente ans, en 1992. Il développait des lecteurs de code-barre pour l’industrie, notamment pour Toyota :

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Un jour on m’a dit, la lecture des code-barres dans les usines est devenue pénible. C’est au moment où dans l’industrie automobile le nombre de pièces et composants a augmenté. On utilisait les code-barres afin d’identifier les pièces, mais un code-barre ne peut contenir qu’une vingtaine de caractères, il fallait donc aligner une dizaine de code-barres et tous les lire, ce pour des dizaines de milliers de pièces par jour. C’était devenu fatigant et ingérable sur le terrain.

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Sans compter que les usines ne sont pas les lieux les plus propres, que les code-barres sont souvent souillés par de l’huile ou d'autres produits, et ils sont vite illisibles. L’ingénieur a alors jugé que le code-barre avait atteint ses limites, qu’il fallait changer la forme des codes pour y stocker plus de données, en utilisant cette fois deux dimensions pour représenter les informations, et pas seulement des barres alignées. :

Il se trouve par hasard que pour me détendre je joue au go et j’ai compris qu’on pouvait inclure énormément d’informations dans une matrice carrée par combinaison de points noirs et blancs. Initialement je pensais qu’il fallait qu’ils soient clairement alignés pour lire correctement les informations, mais en fait non, au go, même si les pierres sont un peu décalées par rapport aux emplacements définis, ça ne pose pas de difficultés de compréhension aux joueurs.

Le design du jeu de Go a inspiré l'inventeur du QR Code

Voilà comment est née la forme du QR Code. Mais plusieurs années ont été nécessaires pour résoudre toutes les difficultés qui se sont immédiatement présentées, et qu’il ne peut évidemment toutes énumérer :

Il y avait deux principaux problèmes. Le premier était de parvenir à lire correctement le code même s’il était sale, ce qui a pu être réalisé grâce à un logiciel de correction d’erreurs. Ensuite, quand on inclut autant d’informations dans une matrice, comparé au code-barre horizontal, c’est plus complexe et la rapidité de lecture est mauvaise. Résoudre cette équation a été la tâche la plus pénible.

Mais il a réussi avec des astuces, comme les carrés situés à 3 des coins du QR Code et qui permettent à l’appareil de lecture de reconnaître la présence de ce code et son orientation : "Grâce à ces symboles, l’appareil de lecture comprend où se trouve le QR code imprimé, même au milieu d’un texte, et dans quel sens il est, de sorte que la lecture en a été accélérée".

L'ampleur des possibilités

Le QR Code est utilisé dans les usines Toyota depuis 1996. Mais hors de question de s’en tenir là. L’industrie offrait un terrain d'application, mais il devait être possible d’aller chercher des utilisateurs ailleurs, s’est immédiatement persuadé l’inventeur. Sauf que l’important était d’en convaincre les autres, au Japon d’abord et à l'étranger ensuite, pas seulement dans les usines mondiales du constructeur automobile, ce qui fut tout sauf évident et exigea quelques sacrifices sur la propriété du dispositif.

Personnellement, dès le départ, j’ai pensé : puisqu’on a un bon code, ce serait bien qu’il soit utilisé par plein de monde. Ce qui symbolise le mieux cette envie, c’est le fait que bien qu’on ait déposé des brevets, on ait ouvert les droits d’utilisation à tout le monde.

Les premiers usages grand public sont apparus sur des affiches publicitaires au Japon, pour accéder plus facilement à une page web. Mais il y a eu un autre déclic : "Ce qui a changé la donne, c’est par exemple quand la compagnie aérienne ANA a décidé en 2006 d’utiliser les QR Code pour les billets d’avion. Puisque qu’une telle application était possible, les usages se sont ensuite élargis".

À la transition entre les années 1995 et 2005, le Japon était très largement en avance sur le reste du monde dans le domaine des technologies de télécommunications mobiles, de même que sur les fonctionnalités des appareils déjà alors tous équipés de caméras et écrans en couleurs.

À partir du moment où au Japon, dès 2002, un lecteur de QR code a été intégré dans les téléphones portables, et que leurs écrans ont permis aussi d’afficher des QR Code, j’ai compris l’étendue des possibilités. Dans une certaine mesure, l’usage qui en est fait dans ce contexte de pandémie était imaginable.

QR Code sur un téléphone à Tokyo en mars 2005.
QR Code sur un téléphone à Tokyo en mars 2005.
© AFP - Toru Yamanaka

Pourtant, les prévisions du créateur ont été dépassées. Il n’avait en effet pas pensé à d’autres applications :

J’ai vraiment été surpris quand j’ai vu que le QR Code servait de mode de paiement, ou encore quand des personnes se sont fait tatouer un QR Code pour échanger des informations.

Il se dit qu’il y a encore du travail, par exemple pour améliorer "la sécurité" :

Car il est aussi devenu possible d’utiliser les QR Code pour diriger vers des sites dangereux, des escroqueries. Donc, afin de contrer cela, je voudrais que le QR Code intègre une sorte de certification, afin de savoir qui en est l’émetteur.

Et puis pour le moment, le QR Code n’enferme que des données correspondant à des textes, mais il songe à y coder aussi des images.

Le QR Code actuel n’utilise que le noir et blanc, mais si on emploie des couleurs, on peut intégrer encore plus d’informations. Par exemple des radiographies ou autres images médicales que l’on aurait sur soi en permanence sous forme de code, de sorte qu’en cas de malaise ou lors les catastrophes naturelles, les secouristes aient immédiatement accès à ces informations même sans connexion internet.

Initialement motivé par la prouesse technique, Masahiro Hara est aujourd’hui davantage mû par la volonté d’aider la société. Sa discipline n’entre pas dans les catégories des Prix Nobel (même si d’aucuns le citent), mais il se contenterait qu’on le surnomme pour la postérité  "le papa du QR Code".

Cela me ferait plaisir, ce serait une forme de reconnaissance par tous du travail accompli.

Un panda pose à Kunming, en Chine, en 2014, au milieu d'un QR Code géant composé de 20 000 fleurs.
Un panda pose à Kunming, en Chine, en 2014, au milieu d'un QR Code géant composé de 20 000 fleurs.
© AFP - Zhang yue / Imaginechina