Mehdi et Dany préfèrent qu'on ne les reconnaissent pas, ces deux médecins étrangers sont pourtant en situation régulière.
Mehdi et Dany préfèrent qu'on ne les reconnaissent pas, ces deux médecins étrangers sont pourtant en situation régulière. - T.S.
Mehdi et Dany préfèrent qu'on ne les reconnaissent pas, ces deux médecins étrangers sont pourtant en situation régulière. - T.S.
Mehdi et Dany préfèrent qu'on ne les reconnaissent pas, ces deux médecins étrangers sont pourtant en situation régulière. - T.S.
Publicité

Fin 2022, le statut des médecins diplômés hors de l'Union européenne va changer. Le gouvernement a créé un nouveau statut unique qui risque de pousser dehors des centaines de praticiens. Mehdi et Dany sont dans ce cas, même s'ils ont très bien réussi leur concours d'équivalence.

Appelons-les Mehdi et Dany, puisqu’ils ne veulent pas donner leurs vrais prénoms. Disons juste qu’ils sont étrangers, non européens, et que des milliers d’autres sont dans leur cas. On les nomme les "Padhue", pour "Praticiens diplômés hors de l'Union européenne".

Mehdi, le plus jeune, a accepté de parler et même de dire qu’il vient de Tunisie. Il espère ne pas faire de tort ni à lui-même, ni à tous ses collègues venus d’ailleurs qui - pour un salaire très faible - font en grande partie tourner nos hôpitaux publics. Dany aussi est d’accord pour raconter son histoire, à condition de ne pas vraiment dévoiler son origine. On dira donc qu’il vient d’un pays où le français se pratique sans être aussi bien enseigné qu’au Maghreb. Dany a donc dû prendre des cours particuliers de français après ses études de médecine, car venir perfectionner son art dans l’Hexagone était un projet nourri depuis longtemps.

Publicité

Mehdi et Dany ont atterri presque au même moment sur notre sol. Tous deux sont des "héros" de la deuxième vague Covid, pour reprendre le vocabulaire d’Emmanuel Macron. Arrivés à l’automne 2020, pas dans le même hôpital pour commencer - l’un dans le Sud, l’autre en région parisienne - ils ont fini par se retrouver dans un même service. Mais loin d'être remerciés par la France pour cette bataille qu'ils ont menée contre le nouveau coronavirus, comme des milliers d'autres médecins, les voilà menacés de devoir quitter notre territoire.

Continuer à se perfectionner en France

Chez eux, ils ont brillamment réussi leurs études. Mehdi explique qu’il était l’un des premiers de sa promotion. "Le choix de ma spécialité, c'est un peu une histoire d’amour", confie-t-il dans l’un des rares sourires qu’il s’autorise pendant cette conversation. Il s’est enthousiasmé pour l’orthopédie pendant un stage d’immersion et n’a jamais dévié ensuite. Ce mélange de mécanique de précision et de contact avec le patient le séduit. En France, Mehdi explique qu'il y a aussi plus de moyens : "En orthopédie, on est dépendant de ce qu’on a à l’hôpital comme matériel : prothèses, plaques, vis, tout ce qu’on peut poser chez les patients. A l’hôpital ici en France, il y en a en stock, ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres hôpitaux ailleurs."

Dany aussi a toujours nourri le projet de venir en France : "D’abord pour me développer et avancer dans ma spécialité, et pour chercher une situation plus stable pour moi et ma famille que dans mon pays. La situation générale chez moi n’est pas stable, confie-t-il, particulièrement la situation économique. Tout est difficile à avoir. Pour un jeune qui veut construire une famille, c’est un peu compliqué. Or, j'ai des exemples d’amis qui sont venus en France, qui ont réussi à avoir une bonne situation."

Mehdi et Dany confient les motivations qui les ont conduit en France après de brillantes études.

5 min

58 min

Cela dit, ici, ni lui ni Mehdi n’ont vraiment le loisir d’utiliser ces bijoux technologiques qui les font rêver. Car ils n’ont pas le droit d’opérer, comme les spécialistes qu’ils sont pourtant. Ils ne font office, au mieux, que d’aides opératoires au bloc, aux côtés des chirurgiens - ils passent les instruments, donnent leur avis, font des suggestions, mais ils ne sont pas responsables à part entière d’un malade.

12 ans d'études, mais employés comme internes

Pourtant, Mehdi a fait 12 ans d’études : cinq ans de médecine d’abord, puis deux ans de stages dans divers services et cinq années de spécialité. Il explique avec fierté qu’à Tunis, on utilise les "mêmes manuels de médecine qu’en France" et que ses chefs sont tous venus travailler à Paris, où ils ont côtoyé "des sommités de l’orthopédie".

Dany a accompli un parcours de 11 ans d’études et obtenu son diplôme de spécialiste en avril 2016. Lorsqu’il est arrivé en France, en plein coronavirus, l’hôpital a promis à Dany bien des choses : "On m’a dit : 'tu peux rester aussi longtemps que tu veux, trois ou quatre ans, le temps de réussir ton équivalence'. Et puis, en octobre 2021, les affaires médicales ont modifié cette annonce, et c’est devenu deux ans seulement. Je dois donc bientôt partir." Par affaires médicales, il faut entendre la Direction des ressources humaines de l’hôpital qui gère le personnel, mais selon des directives nationales, car le statut qui s’applique à Dany et ses camarades est bien du ressort de l’Etat.

Des médecins étrangers manifestent devant le ministère de la Santé à Paris pour une meilleure reconnaissance, le 31 mai 2022
Des médecins étrangers manifestent devant le ministère de la Santé à Paris pour une meilleure reconnaissance, le 31 mai 2022
© AFP - Riccardo Milani / Hans Lucas

Dans le service de Mehdi et Dany, il n'y a que des médecins d'origine étrangère

De fait, les règles du jeu ont changé, depuis la loi du 24 juillet 2019 qui fond tous les anciens statuts pour en créer un nouveau, celui de ‘‘praticien associé ’’, prévu pour entrer en vigueur le 1er janvier prochain. Pour mesurer le changement, il faut déjà comprendre à quel point l’actuel labyrinthe administratif imposé aux Padhue s’apparente à un parcours du combattant, alors même que les services hospitaliers se reposent en grande partie sur ces médecins étrangers.

Prenons, par exemple, le service d’orthopédie dans lequel exercent en ce moment Mehdi et Dany. Sur dix médecins, quatre sont comme eux "stagiaires associés", autrement dit employés pendant deux ans par l’hôpital, via des contrats de six mois négociés de "gré à gré " avec la direction et qui sont en général renouvelés quatre fois. Afin de prétendre rester, ces "stagiaires associés" doivent désormais passer un concours. Concours que Mehdi et Dany ont à la fois réussi et raté, mais nous y reviendrons.

Mehdi et Dany expliquent leur travail d'interne, d'ailleurs dans leur service, il n'y a que des médecins d'origine étrangère.

8 min

Parlons d'abord de leurs collègues, car ils illustrent le parcours que Dany et Mehdi auraient théoriquement dû suivre. Dans leur service d'orthopédie travaillent aussi deux autres Padhue qui sont, eux, déjà des "praticiens attachés associés" ce qui signifie qu’ils sont en France depuis plus longtemps que Dany et Mehdi et ont déjà entamé leur "parcours de consolidation". En clair, ils ont évidemment obtenu leur diplôme de médecine hors de l’Union européenne, puis ont été employés pendant deux années par leur hôpital. À présent, il leur faut encore montrer patte blanche "pendant trois ans, raconte Dany, enfin maintenant je crois que c’est deux ans, avant qu’une Commission d’autorisation d’exercice n’examine leur dossier." À ce moment-là seulement, ses collègues pourront prétendre intégrer un cursus classique, obtenir une inscription à l’Ordre des médecins et choisir leur voie, dans le privé ou le public. Tenter, par exemple, de devenir "praticien hospitalier", PH - ce qui, là encore aux dires de Dany et Mehdi, nécessitera de passer un concours.

Dans le service d’orthopédie, on trouve aussi justement deux "PH" qui ont réussi cette course d’obstacles. Il y également le chef de service, qui est lui-même d’origine étrangère et enfin un "faisant fonction d’interne" (FFI comme on les nomme dans le jargon médical). Ce statut est tout aussi précaire que celui de "stagiaire associé" dont bénéficient Dany et Mehdi. C'est peut-être pourquoi le ministère a décidé de les supprimer d’ici la fin de l’année.

Vers un statut unique en 2023 : le praticien associé

Pour simplifier, les postes de FFI sont souvent occupés par un étudiant en médecine qui suit un cursus hors Union européenne et vient en France parachever sa ou ses dernières années de spécialité. À ce stade, comme on s’y perd un peu, Mehdi compatit : ‘’pour nous aussi c’est compliqué", avoue-t-il, "en résumé dans notre service travaillent un chef, deux PH, deux 'parcours de consolidation', quatre stagiaires associés et un FFI. Tous sont étrangers, même s’ils ont presque tous acquis la nationalité française."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Cette myriade de statuts différents s’accompagne aussi de salaires disparates. Le FFI et les deux stagiaires, Mehdi et Dany, sont tout en bas de l’échelle. Ils sont payés comme un interne en médecine qui débute son cursus en France. C’est-à-dire environ 1 400 euros nets par mois, à quoi s’ajoutent les gardes, rémunérées depuis le 1er juillet 154 euros bruts les jours de la semaine et 168 euros bruts les week-end et jours fériés.

Pour l’instant, ces gardes n’ont pas bénéficié de la majoration exceptionnelle décidée pour tenter de pallier la crise des urgences qui s’amplifie en cet été 2022. L’ISNI, l’un des syndicat d’internes en médecine qui s'est saisi du problème, n’est jusque là pas parvenu à convaincre François Braun d'élargir ce coup de pouce temporaire. C'est pourtant bien le nouveau ministre de la Santé qui est à l'initiative de cette mesure !

1400 euros nets par mois, "une aubaine pour les exploiteurs"

Cela n’empêche pas Mehdi et Dany, comme tous les internes, d’enchaîner les nuits, bien au-delà des cinq gardes par mois réglementaires. La CGT dans un tract souligne que ces médecins travaillant à "1400€ /mois pour 50h de travail par semaine sont une aubaine pour les exploiteurs sans foi ni loi !’’

Cette tournure de phrase n’est pas reprise par Mehdi et Dany, qui veulent avant tout ne pas faire de vagues. Ainsi, quand on interroge Dany sur ce qu’il pense de son salaire, il ose timidement dire : ‘‘Étant donné le niveau de vie qu’il faut avoir pour vivre en France, je pense que ce salaire est modeste’’. Son camarade tunisien ajoute que même un interne français devrait être mieux payé. Mais aucun des deux ne souhaite s’appesantir sur sa rémunération. Ce qui les choque le plus est de ne pas avoir été retenus après leur examen, et surtout d’être privés d’une chance de le repasser.

31 min

Une note de 14/20 ne suffit pas pour être lauréat

En effet, l’autorisation d’exercice des Padhue vient d’être réformée, selon le décret d’application du 7 août 2020 qui met en musique la loi du 24 juillet 2019.

Pour rester en France au terme de leurs deux années de "stagiaires associés", les Padhue qui comme Mehdi et Dany n’ont pas complété ces deux ans avant juin 2021, doivent désormais passer un examen. Or cet examen est devenu un véritable concours : il ne suffit donc plus d’avoir la moyenne pour être "reçu". On nomme ce concours "EVC" pour "Épreuves de validation des connaissances". Mehdi et Dany, en plus de leur travail au quotidien dans leur service, ont donc dû réviser puis se présenter à la session des EVC organisée en novembre 2021.

Les résultats sont tombés en février 2022. Mehdi a obtenu un peu plus de 14/20 et Dany presque 13,5/20. Mais cela ne leur a pas permis de se retrouver sur la liste des lauréats : 21 postes seulement ont été ouverts dans leur spécialité, l'orthopédie, assure Mehdi alors "qu'il y avait environ 200 candidats".

Dany et Mehdi n'ont pas l'impression d'avoir échoué au concours, et pourtant, ils ne font pas partie des 21 lauréats. Ils auront bien du mal à le tenter en 2023 !

7 min

Ce chiffre n’est qu’une estimation et il est difficile de le confirmer, tant la procédure est complexe. Dans son rapport d’activité 2021, le Centre National de Gestion (le CNG) explique qu’il a dû examiner plus de 12 000 dossiers de médecins étrangers souhaitant passer leurs EVC. Après sélection, quelques 8 000 candidats ont été retenus et 4 400 d’entre eux se sont rendus aux épreuves qui se tenaient à Rungis. Les autres ont pu concourir à l’étranger selon d’autres modalités.

En février 2022, les résultats sont tombés comme un couperet : 1 716 lauréats ont obtenu un classement suffisant pour se voir inscrits sur une "première liste". Quelques centaines d’autres sur une liste d’attente.

"Pourquoi 1 716 lauréats ?" s’interrogent Dany et Mehdi, qui voient bien au quotidien comment leur service peine à trouver des médecins. La CGT, qui suit ce dossier de très près, dénonce "un nouveau numérus clausus". De fait, ce sont les ARS (agences régionales de santé) qui ont été chargées de définir le nombre de poste à pourvoir. Elles ont donc demandé aux établissements de recenser leurs besoins.

"Concrètement, les ARS ont censuré les directeurs d’hôpitaux, explique Eric Tron, médecin tout juste retraité qui suit pour la CGT-Santé le dossier des Padhue. Nous avons eu des échanges avec certains directeurs de CHU d’une même région : ils expliquaient s’être concertés, entre collègues, avoir demandé six postes à leur ARS et en avoir obtenu zéro".

De notoriété publique, en tous cas, la répartition a été très mal faite. Dans certaines régions, trop de lauréats aux EVC ont été proposés alors que dans d’autres, beaucoup de postes vacants n’ont pas été pris en considération. Au point que le ministère de la Santé a dû publier deux arrêtés au Journal officiel pour rectifier le tir : il a d'abord autorisé les services à garder les Padhue qui avaient passé avec succès leurs EVC, avant de modifier le nombre de places offertes aux lauréats, en les augmentant presque d'un millier.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Le chaos des épreuves de validation des connaissances

Dans le détail, le premier faux-pas avait interdit aux médecins lauréats de rester dans le service qui les avait formés, ce qui a engendré un grand désordre : Au départ, selon la loi du 24 juillet 2019, les lauréats des EVC 2021 devraient choisir leur poste au sein d’une liste prédéfinie par les ARS, en fonction de leur rang de classement. Il n’était pas admis qu’ils continuent à travailler dans leur hôpital. Les ARS et la DGOS (Direction générale de l'offre de soins) voulaient ainsi impulser une certaine mobilité aux lauréats et leur permettre de côtoyer de nouveaux collègues. Mais surtout, il s’agissait de faire cesser les contrats de "gré à gré" négociés entre un directeur d’hôpital et un Padhue sans passer par les autorités régionales de santé. Dans les faits, ce principe a généré un grand chaos et une forte protestation de la part des chefs de service et des directeurs d’établissements.

Un arrêté a donc été publiée en février 2022, très peu de temps après les résultats du concours, dans lequel le ministère reconnaissait que la réforme allait "engendrer le départ de nombreux lauréats actuellement présents dans les établissements vers d’autres établissements. Considérant que les établissements de santé dans lesquels ces praticiens exercent actuellement des fonctions de soins ne seront ainsi plus en mesure d’assurer la continuité des soins, avec une conséquente fragilisation de l’offre de soins territoriale ; qu’en vue d’assurer une stabilité des équipes médicales en place et la continuité des soins pendant cette période de gestion de la crise sanitaire, il y a lieu d’aménager, pour la session 2021, les critères d’affectation définis (…) et de reporter à une date ultérieure la procédure de choix de poste par les lauréats."

En d’autres termes, l’administration admettait ainsi son erreur et décidait, au nom de la continuité des soins, d’autoriser les chefs de service à garder leurs Padhue "lauréats" auprès d’eux. Pour les lauréats de la "liste complémentaire" ensuite créée, les affectations n’ont été prononcées qu'à compter du début du mois de juillet. Plusieurs praticiens ne savent donc pas encore exactement où ils vont atterrir, plus de huit mois après avoir passé leur concours.

À réécouter : Devenir médecin
43 min

Le deuxième souci majeur a concerné la liste des postes définis par les ARS. Ainsi, le 7 mars 2022, le Centre national de gestion (CNG) et la Direction générale de l’offre de soins (DGOS, un département du ministère de la Santé) reconnaissaient le problème : "Plusieurs établissements et Agences Régionales de Santé ont fait état de difficultés". En conséquence, l’administration centrale décide de modifier les règles fixées initialement : la liste initiale, bien qu'elle reste en vigueur, doit être élargie. Après le nouveau recensement organisé en mars, ce sont finalement 2636 postes qui ont été offerts aux lauréats et non plus 1716. Des chiffres qui occultent souvent les femmes et les hommes désireux de sortir de leur précarité administrative.

"Avec notre statut de stagiaire associé, nous ne pouvons pas nous retrouver en France avec notre famille" soupire Dany, qui a laissé son épouse dans son pays. À 37 ans, il trouve la situation particulièrement difficile à vivre. Il accepte de sortir sa carte de séjour, afin de souligner à quel point elle lui offre peu de droits. "Sur ma carte, il y a inscrit la mention ‘stagiaire - interdiction de travailler’. C’est une autorisation provisoire de séjour. Ils la renouvellent tous les six mois et ne donnent jamais un an. Ma femme ne peut donc pas venir pour passer toute la période avec moi. Comme je suis stagiaire, je ne suis ni salarié, ni étudiant. Le salarié et l’étudiant étrangers ont le droit de demander un ‘visa visiteur’ pour un membre de leur famille. Moi, je n’ai pas le droit au visa visiteur, ni au regroupement, ni à l’attestation d’accueil", dit-il avec amertume. Mehdi est exactement dans la même situation.

Avec leur statut de stagiaire associé inscrit sur leur carte de séjour, Dany et Mehdi ne peuvent pas faire venir leur famille en France.
Avec leur statut de stagiaire associé inscrit sur leur carte de séjour, Dany et Mehdi ne peuvent pas faire venir leur famille en France.
- TS

Pourtant, ni l’un ni l’autre n’ont envie d’abandonner maintenant le rêve de travailler comme médecin en France. Ils ont le droit de passer leurs EVC quatre fois et sont bien décidés à tenter à nouveau leur chance. Mais là encore, un obstacle de taille se dresse devant eux : Normalement, le CNG, le Centre national de gestion doit organiser chaque année des épreuves de validation des connaissances. Mais en raison du retard pris pour distribuer les postes aux lauréats de l’édition 2021, l’épreuve a été repoussée à 2023.

En 2005 déjà, les Padhue manifestaient contre la précarité de leur statut et pour pouvoir exercer officiellement leur métier. Ici à Paris, le 7 décembre 2005
En 2005 déjà, les Padhue manifestaient contre la précarité de leur statut et pour pouvoir exercer officiellement leur métier. Ici à Paris, le 7 décembre 2005
© AFP - Damien Meyer

Ces médecins étrangers risque de devenir des "sans papiers".

Or les contrats de "stagiaires" sous lesquels exercent aujourd’hui Mehdi et Dany expirent tous deux cet automne. Et les préfectures n’accepteront pas de renouveler leur carte de séjour s’ils ne sont pas sous contrat avec un hôpital. Les deux médecins se retrouveront donc de facto en situation irrégulière, comme de simples "sans papiers" à l’issue de leur contrat.

Aucun des deux n’a envie de tenter le diable et de vivre les affres d’une "invitation à quitter le territoire" puis d’être expulsé par les autorités françaises. Ils assurent que si aucune solution régulière n’est trouvée, ils ne passeront pas de nouvelle session d’EVC et rentreront chez eux. De là-bas, ils pourront s’inscrire aux EVC poursuit Mehdi, "mais c’est un concours qu’il faut faire en présentiel. Je connais des gens qui ont raté leurs EVC juste parce qu’ils n’avaient pas obtenu leur visa à temps". D'autant qu'en ce moment, soulignent les deux praticiens, l’obtention des visas se durcit, surtout à l’égard des ressortissants du Maghreb.

Beaucoup d’autres médecins étrangers se retrouvent aujourd’hui dans la situation de Mehdi et Dany. Mais tous ne pourront pas satisfaire aux exigences du nouveau et unique statut de "praticien attaché associé". En particulier les 61% de médecins étrangers qui ont échoué aux EVC et ne figurent pas sur la liste des "lauréats", tels Mehdi et Dany. "Leur sort se joue dans l’absurdité et le silence", dénonce le Dr Tron de la CGT-Santé.

"Nos chefs de service veulent nous garder, mais il y a des lois à respecter ..."

7 min

Pour tous ces étrangers, la seule solution sera probablement le retour au pays. Malgré la mobilisation de syndicats comme SUPADHUE, la CGT ou Sud, malgré la demande des chefs de service qui veulent garder ces médecins étrangers qu’ils ont formés pendant deux ans, malgré la mobilisation de certains directeurs d’hôpitaux, rien ne semble bouger. Et ce malgré les recommandations du ministre de la Santé lui-même : il y a quelques semaines, lorsque le Dr Braun était mandaté par le gouvernement pour rédiger sa mission flash, il avait, dans sa mesure n°28, proposé de  "prolonger les contrats des Padhue" pour éviter "qu’ils ne retournent dans leur pays".

Ils s’y préparent pourtant. Mehdi affirme même que ses anciens chefs l’appellent régulièrement de Tunis pour lui proposer du travail. "Comme j’étais l’un des meilleurs de ma promotion, ce ne sera pas difficile de trouver un bon poste là-bas, se raisonne-t-il, mais c’est vraiment dommage de ne pas pouvoir atteindre mes objectifs et de devoir renoncer à réaliser une partie de mes rêves ! C’est un peu frustrant, mais on va faire avec. Ce n’est pas la fin du monde."

Dany opine et ajoute : "S’ils annulent les postes de stagiaires associés ou arrêtent de prolonger ces postes plus de deux ans, il y aura des problèmes dans les hôpitaux publics, on aura du mal à gérer les établissements et à soigner les gens. Cela va créer de grands vides. Parce que vous ne pouvez pas remplacer les médecins par des ordinateurs ou des applications. Il faut du personnel sur place !"

58 min