Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France depuis 2016.
Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France depuis 2016.
Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France depuis 2016. ©Radio France - Laura Dulieu
Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France depuis 2016. ©Radio France - Laura Dulieu
Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France depuis 2016. ©Radio France - Laura Dulieu
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Résumé

Sœur Véronique ne vient pas d'une famille catholique pratiquante. Celle qui s'est tournée vers la religion après plusieurs années au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse a "toujours eu une grande sensibilité à" l'écoute et a longtemps reçu des témoignages de victimes de pédocriminalité.

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Sœur Véronique Margron (Dominicaine, théologienne et présidente de la Conférence des religieux et religieuses en France (CORREF).).

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Véronique Margron est présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France. C'est l'organisation qui a contribué, avec la Conférence des évêques de France, à la mise en place de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), et dont le fameux rapport Sauvé a été rendu cet automne. Mais cela faisait déjà des années que Véronique Margron écoutait des victimes de pédocriminalité.

Derrière la porte du 106 rue de Vaugirard se trouve un foyer de Sœurs dominicaines. C'est ici que vit Véronique Margron, ici qu'elle a son bureau de président de la Corref, la conférence des religieux et religieuses de France. Sur une table, un grand bouquet de mimosa : "On met toujours les fleurs à la chapelle, des fois ça m'énerve. Qu'il y en ait dans la chapelle, très bien, mais je trouve ça bien aussi dans la vie ordinaire, là où on passe, là où on mange, où on reçoit les gens."

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Dans le bureau de Véronique Margron trône un bouquet de mimosas.
Dans le bureau de Véronique Margron trône un bouquet de mimosas.
© Radio France - Laura Dulieu

Sœur Véronique ne vient pas d'une famille catholique pratiquante. Elle se tourne vers la religion en 1989 après plusieurs années au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse, avec une faculté qui ne la quittera jamais : écouter.

Aussi loin que remonte ma mémoire, j'ai toujours eu une grande sensibilité à cela. Les jeunes délinquants ou des mineurs en danger, si vous ne les écoutez pas, ce n'est pas la peine d'être là. Donc j'ai ce mélange entre cette école-là, à la PJJ, et mes études de théologie où d'emblée, je me suis reconnue dans cette discipline des questions d'éthique. Qu'on soit dans les questions de bioéthique ou les questions liées aux drames de la sexualité, avec autant de gens aux vies fracassées. Si vous ne les écoutez pas... On ne peut pas construire un discours lisse, organisé, bien harmonieux, comme on sait bien le faire en théologie, si on ne confronte pas cela en permanence aux vies bouleversées. Parce que ce sont elles qui viennent vous dire : "votre histoire, d'accord, c'est très bien écrit, c'est très cohérent. Sauf que ce n'est pas vrai parce que ce n'est pas ça ma vie". Et ça, c'est fondamental. 

Au moment où le rapport Sauvé est rendu, cela fait déjà plusieurs années que Véronique Margron est présidente de la Corref et qu'elle reçoit des témoignages de victimes de pédocriminalité. "Je n'imaginais pas son ampleur ni le caractère systémique."

Les premiers mois, j'ai reçu beaucoup de courriers de victimes qui m'écrivaient sans me connaître, et qui parfois m'écrivaient en copie de courriers qu'elles avaient adressé à des supérieurs religieux. C'est là que peu à peu, j'ai pris conscience de l'ampleur de la chose, et du fait que nous n'allions pas y arriver en essayant simplement de faire avec notre bonne volonté.

Face à un tel scandale, un tel système, comment garder la foi et l'espoir en l'institution ? "La foi, je l'ai, le Christ est toujours du côté des victimes. En revanche, il y a eu des moments où je ne savais plus très bien où j'étais exactement. Quand vous écoutez des histoires si noires, si terribles, si inimaginables, et que vous voyez bien que dans ces histoires de crimes, l'institution y est mêlée... J'écouterais des victimes d'une autre institution, je comprendrais. Mais là, je suis en train d'écouter des gens qui me parle de gens d'Église. De mon Église à moi. Je trouve encore que c'est très dur."

En savoir plus : Abus sexuels dans l'Église : quelles réparations pour les victimes ?

Une voix de femme, rare dans l’Église

Véronique Margron a été la première femme doyen d'une faculté de théologie, celle d'Angers. Une telle voix est rare au sein de l’Église, et sa position en tant que femme dans l'institution pèse forcément pour les victimes: "Cela a sûrement joué dans la confiance."

En étant un homme, je ne sais pas si j'aurais reçu autant de monde. Peut-être aurait-il eu plus de défiance. Pour les interlocuteurs, c'était sûrement rassurant d'être avec quelqu'un qui, par définition, n'est pas prêtre.

De quoi lui faire prendre conscience que les femmes avaient elles aussi un rôle à jouer au sein de l'institution : "J'ai pris conscience qu'il fallait que nous les femmes, nous prenions toute notre place. Tranquillement, mais avec opiniâtreté.

"Le temps du choc"

Depuis la publication du rapport Sauvé, le travail continue pour faire évoluer l’Église et ses dirigeants. Mais cela prend du temps, en témoigne cette déclaration d'Eric de Moulins Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, début octobre sur France Info :

Véronique Margron sourit : "Oui, forcément... Vous aurez remarqué qu'il s'en est expliqué et excusé quelques jours après, en disant qu'il avait été maladroit.

Il faut aussi leur laisser le temps du choc. Pour les personnes victimes, tout ce que nous ferons sera toujours en deçà parce que c'est en deçà. Et en même temps, si on veut que ce soit vrai, il faut que ça vienne du cœur. Et je pense que c'est le cas du président des évêques de France, tout comme d'autres. 

Virginie Margron a été réélue pour un deuxième mandat à la tête de la Corref, l'écoute toujours chevillée au corps. Et renoncer n'est pas une option : "J'ai le sentiment que je ne peux pas me dérober. Je ne le souhaite pas d'ailleurs, mais de toute façon, je ne peux pas, y a quelque chose d'une obligation morale."

Si nous on s'en va, ou si nous on dit  "écoutez, voilà, c'est trop pour nous donc on est bien désolés"...  Alors je trouve que ça serait la dernière des irresponsabilités et que ce serait un scandale de plus. 

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