La place des Pyramides - Giuseppe De Nittis (1875)
La place des Pyramides - Giuseppe De Nittis (1875)
La place des Pyramides - Giuseppe De Nittis (1875)
La place des Pyramides - Giuseppe De Nittis (1875)
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Depuis les graffitis immémoriaux jusqu'aux tags contemporains, l'histoire de la "délinquance graphique" éclaire quelques aspects méconnus de la mise en cause de l’ordre social et de la façon dont il s’est défendu. En compagnie de Philippe Artières.

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À Pompéi déjà, comme les fouilles nous l’ont appris, le graffiti prospérait. Tandis qu’au temps de Mai-68, on l’avait proclamé : « Les murs ont la parole ». Une cavalcade à travers les époques nous assure ainsi d’une permanence qui est en vérité remarquable. Celle d’une infinie variété d’écrits qu’une foule innombrable n’a pas cessé d’apposer sur tous les supports possibles de l’espace urbain, sur toutes les pierres et sur toutes les palissades. 

Inscriptions intimes et individuelles quelque fois, mais porteuses le plus souvent de frustrations collectives, d’aspirations généreuses ou dérisoires, de dénonciations sociales, d’appels à la rébellion, d’ironies ravageuses envers la puissance des autorités. 

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À telle enseigne que, tout aussi continument, les pouvoirs en place n’ont pas cessé de s’en préoccuper, de s’en angoisser parfois, et d’employer leur police à les répertorier. Il s’agissait, pour celle-ci, dans le meilleur des cas, d’y trouver, à toutes fins utiles, une information sur les sursauts d’une opinion diffuse et potentiellement subversive, mais aussi de faire la chasse aux auteurs de ces cris qui étaient affichés dans la nuit et dont on pouvait toujours craindre une influence inquiétante du côté de la révolte. 

Mon invité, Philippe Artières, directeur de recherches au CNRS, s’est attaché à l’histoire de ce qu’il a appelé « la délinquance graphique », à cheval entre le XIXe et le XXe siècle. Il a montré que de cette appréhension d’une écriture dangereuse a découlé l’émergence d’un savoir policier inédit, qui est passé du langage des murs à celui des papiers clandestins, celui des lettres anonymes, celui des cryptogrammes sulfureux. Décidément cette histoire, depuis les graffitis immémoriaux jusqu'aux tags contemporains, éclaire quelques aspects méconnus de la mise en cause de l’ordre social, d’âge en âge, et de la façon dont il s’est défendu.

ARCHIVES DIFFUSÉES

  • Interview d'Alain Gesgon, collectionneur d'affiches politiques, dans l'émission "Au feu du jour" d'Aline Pailler, sur France Culture, le 14 octobre 2001.
  • Extrait d'une adaptation radiophonique du roman L'Insurgé de Jules Vallès (1886), par Michel Manoll, diffusée sur France culture le 26 mai 1971
  • Chanson "Défense d'afficher" de Serge Gainsbourg, interprétée par Juliette Gréco en 1969.
  • Interview d'Alexis Violet sur le premier "bombage" dénonçant le crime du 19 octobre 1962 contre les Algériens à Paris, dans l'émission "Les Chemins de la connaissance" de Jacques Munier sur France Culture, le 23 juin 1954.
  • Générique de fin : chanson "L'affiche rouge", poème d'Aragon, interprétée par Marc Ogeret.

BIBLIOGRAPHIE

  • Philippe Artières, La police de l'écriture. L'invention de la délinquance graphique, 1852-1945, La Découverte, 2013.
  • Philippe Artières, Clinique de l'écriture. Une histoire du regard médical sur l'écriture, La Découverte, poche 2013.
  • Philippe Artières, Le peuple du Larzac, La Découverte, 2021.  
  • Anne-Sophie Aguilar, Une histoire visuelle et matérielle (XIXe - XXe siècles), Citadelles & Mazenod, 2020.
  • Sarah Gensburger et Jérôme Truc (dirs.), Les mémoriaux du 13 novembre, Éditions EHESS, 2020.
  • Emmanuel de Waresquiel, Placards & Libelles 1 - Souvenirs d'affiche, Les éditions du Cerf, 2021.
  • Patrice de Moncan, Charles de Marville, Paris avant, après, Le Mécène Eds, 2010.