France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

Après l'immense manifestation du 11 janvier, retour sur les mobilisations de rue et dans la rue avec l'historienne Danielle Tartakowsky.** **

manif
manif

A peine l’immense manifestation du 11 janvier dernier s’était-elle achevée, à peine la France avait-elle démontré une impressionnante capacité de mobilisation collective, qu’on a commencé un peu partout, comme il est naturel, de chercher à en interpréter les ressorts et les couleurs. La plupart des politiques, sur les divers bords, y ont mis de la prudence, au début au moins, emportés qu’ils étaient – voyez cette émouvante Marseillaise surgie à l’improviste dans l’hémicycle du Palais-Bourbon –, emportés qu’ils étaient, dis-je, par ce puissant mouvement national que beaucoup, sur-le-champ, ont jugé sans pareil. Les sociologues, pour leur part, ont apporté souvent un bémol à l’idée d’unanimité, étant attentifs à la situation des habitants des « quartiers », comme on est accoutumé de dire bizarrement, et des jeunes musulmans en particulier, soulignant qu’apparemment la plupart d’entre eux se sont tenus en-dehors des défilés. Quant aux historiens, ils ont été aussitôt portés, selon leur vocation, à resituer ce moment majeur dans l’évolution, au moins bi-séculaire, des cortèges et attroupements de toute sorte, des « démonstrations », comme on dit en anglais. Avec le souci de mettre en lumière ce que le 11 janvier a pu avoir de proprement extraordinaire, mais aussi les divers échos du passé qu’on peut y percevoir. Et à cet égard je ne crois pas avoir pu trouver invitation plus adéquate que celle que j’ai faite ce matin à Danielle Tartakowsky , présidente de l’Université Paris VIII. Car dans plusieurs travaux reconnus et salués, elle a traité des mobilisations de la rue et dans la rue depuis la Révolution. Par quoi sa compétence est vouée à nous protéger à la fois contre le vertige de l’inédit absolu et contre l’idée d’éternelles répétitions, idée courte qui risquerait d’occulter l’originalité remarquable de l’événement dont il s’agit. Jean-Noël Jeanneney

Publicité

**Programmation sonore : **

- Chanson « En groupe, en ligue et en procession » par Jean FERRAT , 1966.

- Extrait du film Les Misérables , réalisé par Jean-Paul DECHANOIS , sorti en 1958, avec Serge REGGIANI dans le rôle d’Enjolras.

- Chanson « Hugo de Paris » de Francis LEMARQUE et Georges COULONGES ,** chantée ici par Francis LEMARQUE en 1975** , extrait de « Paris Populi », un spectacle musical qui célèbre la capitale et son histoire.

- Extrait du discours prononcé par Léon BLUM place de la Nation le 12 février 1934 , après l’émeute du 6 février 1934.

- Reportage lors du défilé devant le Mur des fédérés, le 27 mai 1945 , commémoration du 27 mai 1871, archive de la Radio d’Etat.

- Funérailles des victimes du métro Charonne , archive des Actualités françaises du 14 février 1962.

- Interview de Jacques CHIRAC, à propos de la manifestation pour l’école libre , dans Inter Actualités , le 22 juin 1984.

Bibliographie :

**- Danielle TARTAKOWSKY, Le pouvoir est dans la rue. Crises politiques et manifestations en France ** , Aubier, 1998.

**- Danielle TARTAKOWSKY, Nous irons chanter sur vos tombes. Le Père-Lachaise, XIXe-XXe siècle ** , Aubier, 1999.

**- Danielle TARTAKOWSKY, Manifester à Paris, 1881-2010 ** , Champ Vallon, 2010.

- Emmanuel FUREIX, « Un rituel d’opposition sous la Restauration : les funérailles libérales à Paris (1820-1830) » , in : Genèses , 2002/1, n°46.

- Avner BEN-AMOS, « Les funérailles de Victor Hugo » , in : Pierre NORA, Les Lieux de mémoire , tome 1, p.425.