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Voici quelques années encore, on trouvait beaucoup d'analystes et de sociologues pour croire, ou pour prétendre, que les journaux et l'audiovisuel façonnaient seuls l'opinion publique, comme on ferait d'une glaise molle. Ils se refusaient à admettre deux évidences. D'abord que cette opinion est toujours constituée de strates superposées, les réactions immédiates s'enracinant chez chacun dans des évolutions psychologiques et culturelles organisées sur des rythmes lents ou très lents. Ensuite que, même à court terme, les jugements politiques sont influencés constamment par la circulation d'informations qui échappent tout à fait au circuit des médias organisés : il y a le bouche à oreille, il y a les commentaires privés, il y a les rumeurs.... Or voici que cela, que ne discernaient pas les regards partisans ou superficiels, est désormais plus évident à cause du développement d'Internet qui fait circuler, de manière sous-jacente, une quantité d'informations et de commentaires qui ne passent pas par les journaux, la radio ou la télévision (on l'a bien vu, en France, à l'occasion du dernier référendum sur l'Europe). Cette distinction, déjà patente en démocratie, s'impose encore plus dans des régions autoritaires où prospèrent les critiques déguisées et parfois les romans à clef et c'est pourquoi j'ai convié au micro de "Concordance des temps" Robert Darnton, professeur à l'Université de Princeton aux Etats-Unis, spécialiste très reconnu de notre XVIIIe siècle. Car il a travaillé d'une façon extrêmement stimulante sur ce qu'il appelle "l'information souterraine au temps de Louis XV et de Louis XVI" et sur les multiples façons qu'a eues celle-ci de se répandre et d'imaginer d'irriguer la société, en dépit des efforts pour la réprimer (efforts généralement impuissants) des ministres et des argousins. - Présentation de Jean-Noël Jeanneney - (rediffusion du 15 avril 2006)

Références

L'équipe

Yaël Mandelbaum
Réalisation
Jeanne Guérout
Collaboration