Des douaniers à la frontière franco-belge jouent aux cartes lors d'une grève des fonctionnaires, le 25 septembre 1946.
Des douaniers à la frontière franco-belge jouent aux cartes lors d'une grève des fonctionnaires, le 25 septembre 1946. ©Getty - Photo by Keystone/Getty Images
Des douaniers à la frontière franco-belge jouent aux cartes lors d'une grève des fonctionnaires, le 25 septembre 1946. ©Getty - Photo by Keystone/Getty Images
Des douaniers à la frontière franco-belge jouent aux cartes lors d'une grève des fonctionnaires, le 25 septembre 1946. ©Getty - Photo by Keystone/Getty Images
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De Saint-Just à Macron, la conviction que l'État emploie trop de fonctionnaires est répandue aux différentes époques de notre vie collective. En compagnie d'Émilien Ruiz, nous nous penchons ce matin sur l'histoire et le regard porté sur les fonctionnaires depuis plus de deux siècles.

Avec
  • Emilien Ruiz historien, professeur assistant à Sciences Po Paris, maître de conférences détaché de l'université de Lille.

Il n’est pas besoin de solliciter une mémoire lointaine pour le constater : chaque moment électoral majeur de notre vie publique fait resurgir la même antienne dans la bouche des divers candidats. "Il y a, chose déplorable, chose insupportable, trop de fonctionnaires en France"

Et comme cette affirmation péremptoire est généralement contredite, simultanément, par l’appel haut et fort au développement de toutes sortes d’activité régaliennes qui seraient insuffisamment assurées, on ne peut pas se départir de l’idée qu’on rencontre là une sorte de mantra, de passage obligé pour tout programme démocratique affiché. 

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Il s’agira moins, ce matin, de prendre parti sur la pertinence d’une conviction qu’on voit répandue constamment aux différentes époques de notre vie collective, depuis deux siècles au moins, que de s’interroger sur les motifs de sa permanence. 

Ce qui conduira, plus largement, aux rivages d’une très abondante littérature de dénonciation des fonctionnaires de tout poil. Romanciers, dramaturges, publicistes, pamphlétaires s’en sont donné à cœur joie, avec une jubilation souvent roborative, mais en faisant litière de toute objectivité sur ce que la nation exige des agents de l’État et sur ce qu’ils lui apportent. Tandis qu’en arrière-plan de ces ironies se rencontre généralement une pensée dite libérale (au sens anglo-saxon du mot) qui dénonce l’action des pouvoirs publics destinée à réguler, au profit de l’intérêt général, les dévergondages du tout-au-marché. 

Donc, comme toujours, les représentations et leurs ressorts cachés méritent d’être considérés au moins autant que les faits auxquels elles s’attachent. Et telle est bien la conviction d’ Émilien Ruiz, professeur assistant à Sciences Po, une conviction qu’exprime le livre excellent qu’il vient de publier sur ce sujet. Il y propose analyse et interprétation de ce qu’il appelle une « obsession française ».

Archives diffusées 

  • Lecture d'un extrait du roman Messieurs les ronds-de-cuir de Georges Courteline (paru en 1893), par Nathalie Nerval dans l'émission "Frissons fin de siècle" de Jean-Pierre Rioux, sur France Culture, le 27 juillet 1990.
  • Lecture d'un extrait de la nouvelle La Retraite de Monsieur Bougran de Joris-Karl Huysmans (paru en 1888), diffusée dans l'émission "Surpris par la nuit" d'Alain Veinstein et Isabelle Rossignol, sur France Culture, le 19 juin 2007.
  • Lecture d'une lettre adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine datée du 23 août 1897, par Alain Rimoux dans l'émission "Frissons fin de siècle" de Jean-Pierre Rioux, sur France Culture, le 27 juillet 1990.
  • Extrait de l'allocution de Philippe Pétain prononcée le 13 août 1940 sur Radio nationale Vichy.
  • Interview d'Yvonne Mathé sur ses débuts au ministère des finances dans les années 1940, dans l'émission "Travaux publics" de Jean Lebrun, sur France Culture, le 4 mai 2004.

Bibliographie

L'équipe

Jean-Noël Jeanneney
Jean-Noël Jeanneney
Jeanne Guérout
Collaboration
Yaël Mandelbaum
Réalisation