Andrea Fuentes en pleine séance de "visio-entraînement" avec l'équipe olympique américaine de natation artistique (le 8 mai près de San Francisco).
Andrea Fuentes en pleine séance de "visio-entraînement" avec l'équipe olympique américaine de natation artistique (le 8 mai près de San Francisco).
Andrea Fuentes en pleine séance de "visio-entraînement" avec l'équipe olympique américaine de natation artistique (le 8 mai près de San Francisco). ©Radio France - Andrea Fuentes
Andrea Fuentes en pleine séance de "visio-entraînement" avec l'équipe olympique américaine de natation artistique (le 8 mai près de San Francisco). ©Radio France - Andrea Fuentes
Andrea Fuentes en pleine séance de "visio-entraînement" avec l'équipe olympique américaine de natation artistique (le 8 mai près de San Francisco). ©Radio France - Andrea Fuentes
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Résumé

Comment faire lorsqu'on entraîne l'équipe des États-Unis de natation artistique et qu'on est confinée, sans piscine et sans moyen de se retrouver ? Andrea Fuentes, championne devenue coach, nous donne sa solution : elle organise des entraînements mondiaux en vidéo pour entretenir et partager sa passion.

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S'il existe des sports difficiles à pratiquer en ces temps de confinement, la natation artistique est bien de ceux-là. Les piscines sont fermées et les entraînements en groupe interdits, en France comme en Californie, où Andrea Fuentes vit désormais. À 37 ans et après une carrière au plus haut niveau (4 médailles olympiques pour l'Espagne à Pékin et Londres en 2008 et 2012), la nageuse est devenue "head coach" (entraîneure principale) de l'équipe des États-Unis. Passionnée par sa discipline au carrefour de la danse, de la gymnastique et de la nage, elle nous raconte comment elle arrive à poursuivre sa mission : motiver la dizaine de filles qu'elle entraîne (surtout des ados) malgré l'enfermement, l'ennui et le report des JO. 

Car les Jeux de Tokyo n'auront lieu qu'en 2021 finalement. Une situation inédite qui pourrait décontenancer ces compétitrices, privées de cadre, d'objectifs et d'horizon. Mais quand la rivalité s'efface, la passion doit prendre la place, estime Andrea ; une passion partagée par des athlètes du monde entier, avec qui elle a entamé des "webinaires" très suivis, en direct sur internet. 

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Elle nous répond par WhatsApp depuis son appartement à 30 minutes de San Francisco où elle passe le confinement avec son mari, ex gymnaste olympique, et ses deux enfants. Une interview en français car Andrea est franco-espagnole, "Je suis de Barcelone mais ma mère est de Paris ! Enfin juste à côté".

Andrea Fuentes et l'équipe d'Espagne de natation artistique lors des Jeux olympiques de Londres le 10 août 2012.
Andrea Fuentes et l'équipe d'Espagne de natation artistique lors des Jeux olympiques de Londres le 10 août 2012.
© AFP - Martin Bureau

Huit d'heures d'entraînement quotidien à remplacer

Lorsque le confinement commence au mois de mars en Californie, Andrea Fuentes pense d'abord que cela ne durera pas longtemps "et puis, on a vu que c'était plus grave", raconte-t-elle. Mais la coach en elle veut faire de ce moment une opportunité : "On peut être en mode victime ou se dire que c'est un cadeau de la vie, pour grandir".

"Je ne voulais pas me centrer sur l'aspect physique, parce que le mental est aussi très important dans le sport et j'ai donc lancé des webinaires, c'est comme un cours de n'importe quoi, un séminaire, mais par internet !" 

Andrea considère que l'une de ses missions est de faire comprendre à ses athlètes pourquoi elles sont ici ; quel est le sens de leur engagement, de leur motivation. Et Andrea pense y arriver grâce à ce qu'elle a initié. "On a eu plein d'idées et l'une d'elles a été de nous connecter avec d'autres pays et d'autres sports, ce qu'on ne fait jamais normalement ! On s'est dit, ok, la compétition est très loin et maintenant, on va 'connecter' parce qu'on est tous au même point, avec la même passion pour notre sport".

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Vidéo de l'événement organisé par Andrea Fuentes le 3 mai 2020 : une séance d'entraînement spécifique à la natation artistique avec des nageuses et des nageurs du monde entier.

Andrea raconte comment elle est arrivée à cette idée : "Tous les entraîneurs du monde m'appelaient en me disant, oh la la, c'est dur... Les filles ont du mal à s'entraîner en dehors de l'eau... Alors j'ai dit ok, que peut-on faire ensemble ? Parce que les filles étaient comme des poissons hors de l'eau".

En temps normal, nous passons huit par jour dans l'eau. Lorsque vous êtes en équipe nationale, cela représente un tiers de votre vie dans l'eau. Et ce qui nous manque n'est pas seulement le contact de l'eau mais aussi la gravité... Tes os, tes muscles sont faits pour être dans un milieu qui n'est pas si lourd... On ressent, on entend le monde d'une autre façon. Alors quand on est sur terre autant d'heures, c'est une autre façon de sentir ton corps, et c'est difficile.

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Retrouver la motivation sans la compétition

Désormais, son équipe ne s'entraîne plus "que" quatre heures par jour, "mais c'est dur pour elles", confesse-t-elle. "Alors on s'est aussi connectées avec d'autres disciplines, pas seulement du sport mais aussi de l'art, car on est une discipline artistique. Avec des danseurs et d'autres formes d'art pour nous inspirer et apprendre d'autres philosophies, d'autres façons de travailler. C'est beaucoup plus positif et créatif que si on avait continué comme avant. On est en train de réussir l'objectif : penser à ce qu'on peut gagner de cette situation plutôt qu'à ce qu'on peut perdre".

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Vidéo postée sur le compte Instagram d'Andrea Fuentes montrant une séance d'entraînement à sec avec ses athlètes la tête en bas.

Et les initiatives d'Andrea Fuentes ne motivent pas que ses athlètes. Après l'entraînement mondial qu'elle a organisé en vidéo, de nombreux nageurs lui ont écrit pour la remercier, lui disant qu'elle les aidait à retrouver leur motivation. Mais au fond, cet événement correspond bien à l'esprit de compétition tel que le conçoit Andrea : 

Pour moi, la compétition, ça n'est pas "je veux gagner". C'est un moyen de m'améliorer et c'est plus facile pour moi si j'ai quelqu'un pour me comparer : toi, tu m'aides à grandir et moi je t'aide à grandir. Mais l'objectif est d'être meilleure qu'hier, pas meilleure que l'autre... C'est une belle façon de voir la compétition : se faire grandir soi-même, fraire grandir le sport. C'est beaucoup plus beau que l'égocentrisme de "je veux être la meilleure".  

Andrea Fuentes et ses athlètes en pleine séance à distance le 8 mai.
Andrea Fuentes et ses athlètes en pleine séance à distance le 8 mai.
© Radio France - Andrea Fuentes

Pour les JO de Tokyo, qui auront lieu du 23 juillet au 8 août 2021, Andrea veut profiter de ce délai pour encore améliorer la chorégraphie de son équipe (basée sur la musique "Alfa" de Robotboys). "Je veux changer la majorité des acrobaties mais pas la chorégraphie; qui a un grand potentiel je pense".

Et la tâche s'annonce difficile : les États-Unis sont très performants en "natation classique" mais beaucoup moins en artistique. Les dernières médailles olympiques américaines dans cette discipline commencent à dater : bronze à Athènes en 2004 et or à Atlanta en 1996. Andrea Fuentes devra d'abord qualifier son équipe, avant d'envisager un podium. C'est le défi qui l'a amenée à accepter cette mission ; elle aurait aussi pu entraîner l'équipe d'Espagne mais pas au poste d'entraîneure cheffe.

À noter : on ne dit plus natation synchronisée depuis 2017, mais natation artistique.

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