Christophe Béchu à l'hôtel de ville d'Angers
Christophe Béchu à l'hôtel de ville d'Angers - Anthony Lusson
Christophe Béchu à l'hôtel de ville d'Angers - Anthony Lusson
Christophe Béchu à l'hôtel de ville d'Angers - Anthony Lusson
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Réélu confortablement au premier tour le 15 mars dernier, le maire d'Angers mobilise la collectivité de façon un peu inattendue pour mettre la ville à l'heure du confinement. Il change le jardinier en "ripeur", la conseillère municipale en couturière et l'agent verbalisateur en livreur de produits de première nécessité.

La vie d'un maire en période de confinement est un peu moins frénétique que ce qu'elle est habituellement. Christophe Béchu enchaîne les réunions tout en restant assis dans son bureau, devant son écran. L'une des nouveautés, pour lui, est que le soir, tout s'arrête. Et il a le temps de voir son épouse et ses enfants. Pour autant, il avoue que le contact avec l'extérieur lui manque et il sait que cela va s'intensifier. "Le temps est suspendu, il y a un effet de sidération", disait-il lorsque nous l'avions interrogé au septième jour de confinement. Aujourd'hui, il imagine des solutions pour mettre sa ville au diapason des besoins des habitants et demande à ses "pervenches" d'aller livrer les commissions plutôt que de délivrer des PV de stationnement.

Réussissez-vous à exercer correctement votre mandat de maire ?

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On s'efforce en tout cas de le faire dans un contexte profondément inédit où il y a globalement beaucoup moins de décisions. Parce que la vie tourne aujourd'hui complètement au ralenti. Pour autant, je touche du doigt et je ressens la nécessité profonde d'avoir un système qui permette de prendre des décisions parce que le flux de décisions à prendre reste important.

Si je passe en revue ce qui s'est passé au cours de ces derniers jours avec, par exemple, l'histoire des marchés de plein air, il y a eu cette position du gouvernement de dire il pourrait y avoir des dérogations si les maires le demandent. Et une position dans le département du Maine et Loire de la part du préfet consistant à dire qu'il souhaitait que les dérogations soient plutôt réservées pour des villes de moins de 10 000 habitants plutôt que pour les villes de plus de 10 000. Donc, nous, on a décidé de suivre la préconisation à la fois du gouvernement et du préfet. (NDLR : il n’y a pas de marché de plein air à Angers).

En revanche, avec mon adjoint qui s'occupe des commerces non sédentaires, il y a une initiative quasi unique en France mise en place à Angers. Des commerçants et des artisans, fermés à cause du confinement, ont accepté d'ouvrir les portes de leurs salons de coiffure, de leurs restaurants, de leurs agences immobilières pour en faire des points de vente pour des producteurs locaux, dans le cadre d'une opération qu'on a appelé « Adopte ton maraîcher » et qui a connu en dix jours un succès incroyable. Avec un élan de solidarité de la part de beaucoup de commerçants disant « Bah, quitte à être fermé, autant que ça puisse permettre à quelqu'un d'autre de venir », de la part de producteurs qui sont contents de pouvoir bénéficier de circuits courts et de la part d'habitants, de consommateurs, de citoyens qui, du coup, peuvent aller faire des courses de proximité puisqu'il y a beaucoup plus de lieux de commerces alimentaires qu'il n'y en avait il y a un mois.

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Vous évoquiez, il y a une vingtaine de jours, la gestion de la vie de la cité via les outils numériques (réunions en visioconférence, boucles Télégram et WhatsApp…) est-ce que ça marche ?

On progresse un peu chaque jour. Il y a une capacité d'adaptation qui est en train de se mettre en place et donc on voit à la fois ce qui fonctionne et puis les limites dans d'autres domaines. Il y a déjà une dizaine de jours, nous avons entrepris, par exemple, de faire le tour par téléphone de toutes les personnes isolées dont nous avions connaissance. D'abord de toutes celles qui étaient inscrites dans le cadre du plan canicule, mais aussi, plus largement, de toutes les personnes âgées seules. Et ce sont 2 000 personnes isolées à Angers qui ont été appelées par des travailleurs sociaux et par un réseau d'une centaine de bénévoles qui se sont rendus disponibles. Cela permet de montrer que les outils de communication à distance permettent de faire les choses.

Mais cela nous a aussi permis de mesurer que pour beaucoup de ces personnes, le souci était la difficulté à faire leurs courses. Et donc, ça nous a amenés à mettre en place un nouveau service où les ASVP, c'est à dire celles qu'on appelle parfois de manière un peu simple les "pervenches", celles qui normalement verbalisent les voitures, assurent un service de courses pour les personnes âgées. Elles vont chez elles. Elle récupère leurs moyens de paiement. Elles font les courses et elles reviennent. Il fallait qu'on trouve des gens qui soient des tiers, dignes de confiance, qui n'aient pas la tentation de partir avec la carte bleue, d'utiliser le code pour faire autre chose.

Il y a donc eu une détection des besoins à distance, mais ensuite (on s'est aperçu qu'il y avait) besoin d'un service et d'un contact qui soit bien un contact physique. Le numérique permet de garder le contact mais ne permet pas, dans beaucoup de cas, de remplacer la satisfaction des besoins essentiels.

Comment les Angevins vivent-ils les restrictions ? Est-ce qu’ils respectent ? Est-ce qu’ils s’adaptent ?

Je pense qu'il y a des phases successives. Dans un premier temps, il y a eu une forme de sidération, peut être d'autant plus forte ici, dans l'ouest de la France, qu’on avait des taux de décès et de contamination beaucoup plus faibles que la moyenne nationale. Sauf qu'à force, il y a une prise de conscience par les gens et un bien meilleur respect de l'ensemble des consignes. On s'aperçoit aujourd'hui qu'il y a quand même un respect à 95% des consignes qui sont données, de ne pas aller dans les parcs, de limiter ses sorties, d'éviter d'aller faire du sport loin de chez soi, etc, etc…

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L'état de sidération n'a pas disparu mais plus personne ne se pose la question du pourquoi. Je pense que tout le monde a bien compris. La question qui hante tout le monde, désormais, c'est "pour combien de temps encore ?" "Quand est-ce que ça va s'arrêter et comment ?".

A-t-il fallu ajuster ou adapter des décisions que vous aviez prises au départ ?

Oui, et on continue de le faire. Je vais vous donner un exemple. Dès le début du confinement, on a décidé de passer en service réduit pour le ramassage des ordures ménagères. (Il n'était pas question que le service s'arrête pour des raisons de salubrité mais il n'était pas non plus question de demander à tout le monde de travailler comme si de rien n'était). Donc, on est passé en service réduit.

Et puis, on s'est rendu compte que le service était trop réduit et qu'il était nécessaire qu'on ajuste le tir pour faire plus que le service réduit, même si on n'avait pas les moyens de faire le service normal. On s'est rendu compte qu'il fallait qu'on réorganise le service aussi pour donner un jour de collecte fixe, parce que le service réduit habituel repose sur le fait qu'on fait ce qu'on peut et qu'ensuite, on finit le lendemain, ce qu'on n'a pas eu le temps de faire. Donc, on a modifié ces règles. On a augmenté une première fois le niveau de service. On a créé une brigade ad hoc pour être capable de faire face à des dépôts particuliers dans certains endroits ou à des accumulations entre deux tournées.

Et l'adaptation va plus loin puisque nous avons demandé aux agents qui ne sont pas aujourd'hui dans des services essentiels de faire part de leur possible mobilité temporaire vers des services essentiels. Je m'explique : J'ai aujourd'hui à Angers des équipes qui travaillent dans les parcs et jardins et qui sont en train de se former pour travailler, par exemple, comme éboueur ou comme "ripeur" (NDLR : autre nom d'un agent chargé de la collecte des ordures ménagères) pendant la durée de la crise, pour qu'on puisse augmenter les effectifs. On a des conducteurs de poids-lourds de la voirie qui vont conduire des camions bennes pour qu'on puisse continuer à assurer ce service essentiel au bénéfice des 300 000 habitants de l'agglomération dans les conditions les moins dégradées possible. Donc, non seulement on ajuste les décisions en fonction de ce qui se passe, mais on continue de le faire au fur et à mesure.

Avez-vous le sentiment que, de façon un peu paradoxale, alors que cette crise isole un peu tout le monde, il y a quelque chose de plus collectif que ce qu’on connaît habituellement qui se met en place ?

Ah! Je le pense vraiment. En tout cas, c'est extrêmement net sur ceux que je vois, que je connais et en particulier sur les agents de la collectivité chez qui le sentiment de responsabilité et d'appartenance au service public, au delà du métier initial de chacun, est fort comme il ne l'a jamais été. En temps normal, un jardinier, c'est un jardinier. Sa préoccupation, c'est la qualité du service dans les parcs et jardins. Il ne se sent pas forcément membre, si vous voulez, au quotidien, de toutes les décisions qui concernent toute la vie de la cité. Là, tout le monde est tendu vers le même objectif qui est celui d'assurer la protection d'un maximum de concitoyens, de limiter la propagation (du coronavirus) pour que les équipes de soignants qui sont en première ligne aient le moins d'arrivées possibles. Et vraiment, il y a cette prise de conscience de la place et de la nécessité de chacun dans cette grande chaîne de solidarité, de maintien de services qu'on est en train de construire.

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Et puis, on le voit aussi au travers de l'afflux de propositions de services d'habitants qui nous disent "Qu'est-ce que je peux faire pour être utile ?", "Est ce qu'il y a un domaine, un secteur dans lequel je peux servir à quelque chose ?". On a des dizaines et des dizaines de personnes, par exemple, qui confectionnent des masques en tissu. J'ai une de mes élues, au sein du conseil municipal, qui tient un magasin de tissus, qui a fait des patrons de ces masques. Et il y a 35 kilomètres de tissu, en ce moment, qui sont en train d'être transformés en masques à destination de ceux qui en ont besoin. Par exemple, sur le plan local, des couturières confirmées, ou d'autres, s'improvisent pour le faire pour vraiment participer à cet effort collectif auquel on est appelé.

Vous avez reçu la visite du président de la République, à St Barthélémy d’Anjou, le 31 mars. Habituellement, la visite du chef de l’État donne lieu à un accueil très ritualisé. Évidemment, là, on imagine que ça a été perturbé. Comment ça s'est passé? Comment vous l'avez vécu?

Eh bien, je l'ai vécu confiné. Je l'ai vécu à distance puisque il y a une dimension d'exemplarité, en ce moment, dans la période dans laquelle on est. Le protocole républicain adapté au confinement fait que la visite se fait sans élus. Et donc je m'y suis plié sans la moindre difficulté. J'ai échangé avec le président de la République avant sa venue à Angers et après, bien évidemment.

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Emmanuel Macron est venu visiter une PME qui s'appelle KOLMI et qui est le plus gros fabricant de masques français.  Elle montre, là aussi, un engagement assez exceptionnel des entreprises et des salariés puisque une partie de la main d'œuvre qui, aujourd'hui, travaille dans cette PME vient d'autres entreprises du territoire. Il y a par exemple des gens qui, habituellement, travaillaient chez Scania à assembler des camions, et qui sont en train de donner un coup de main dans cette usine de production de masques. Pour qu'on soit capable d'augmenter la cadence et de se rapprocher des besoins en termes de production qui existent, la venue du président, elle, a malgré tout été accueillie, malgré ce contexte très particulier, comme une vraie reconnaissance à la fois pour le tissu industriel et puis pour les salariés qui sont confrontés parfois à des cadences qui dépassent celle qu'ils ont connu dans des temps plus tranquilles.

Comment est-ce que vous vivez, vous, cet exercice imposé ? Est-ce que vous avez un peu de temps pour vous ?

Alors, il y a une chose qui change fondamentalement par rapport à avant, c'est que j'ai mes soirées. La vie d'un maire, en temps normal, est aussi faite de temps de représentations. En particulier, il y a presque tous les soirs les événements sportifs, les événements culturels, les séances du conseil municipal, les réunions de quartier, les réunions de concertation. J'ai en temps normal une à deux soirées par semaine seulement chez moi. Là, tous les soirs, j'ai du temps.

Pour le moment, ça n'est pas encore une épreuve. Je pense que quand on fait de la politique, on a le goût du contact. Donc l'absence de contact me manque un peu et je pressens que ça va s'intensifier au fur et à mesure que le temps va passer. Mais j'essaye vraiment de le vivre comme une opportunité, comme le fait d'avoir du temps pour moi, comme le fait d'avoir du temps pour recharger les batteries.

L'équipe