Kessel,vieilles optiques et accastillage, l'univers confiné de Dimitri Beck, directeur de la photographie de Polka
Kessel,vieilles optiques et accastillage, l'univers confiné de Dimitri Beck, directeur de la photographie de Polka
Kessel,vieilles optiques et accastillage, l'univers confiné de Dimitri Beck, directeur de la photographie de Polka - Dimitri Beck
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Résumé

Dimitri Beck est le directeur de la photographie de Polka, magazine consacré à la photographie. En ces temps de pandémie, si la galerie du même nom, qui expose régulièrement photographes de presse et d'art, a dû fermer ses portes, le titre, lui, continue à vivre sur internet et les réseaux sociaux en attendant sa prochaine impression, diffusant à travers la toile l'incroyable panorama documenté par les photographes d'une pandémie mondiale aux multiples visages.

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Depuis le 17 mars, pour Dimitri Beck, le monde a deux horizons. Celui, liquide, de la Seine, sur laquelle il habite. Une simple cabine de timonerie sur une péniche amarrée aux portes de Paris. Autour il y a l'eau, les cygnes, dont il écoute, curieux, le bruit fait par les ailes lourdes quand ils s'envolent. 

Et puis l'horizon sans fin de l'écran de son ordinateur sur lequel il traque les images des photographes du monde entier, qu'il reposte, ensuite, sur son compte Instagram. "Même si ils n'ont pas beaucoup de commandes des journaux, même s'ils sont souvent livrés à eux mêmes et indépendants , ils sont plus que jamais nos yeux à l'extérieur pour nous sortir de ce monde confiné." 

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Catalyser par l'image

Dans ce confinement étrange, rythmé par le clapot de l'eau, la visioconférence quotidienne de l'équipe de Polka, - il cherche, dit-il ce 23 avril, à être un passeur, un catalyseur. Continuer ce travail d'éditeur photo, "qui consiste à voir énormément", puis faire le tri, choisir, éditorialiser, propulser des images pour toucher le public le plus large possible, faire entrer chez chacun la réalité et la diversité des visages du Covid.

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Difficile de trouver dans l'histoire contemporaine l'exemple d'un autre événement de l'ampleur de cette pandémie qui touche simultanément des milliards de personnes à travers l'ensemble de la planète, de Paris à Wuhan, de Delhi à Ouagadougou, de New York à Soweto... Ni les guerres mondiales, ni les grands attentats, ni les révolutions... Et pourtant ce virus invisible pour l’œil se raconte essentiellement par l'image.

Le plus impressionnant, c'est la disparité de ces images qui nous renvoient avec force la diversité des situations de cette crise selon les pays, le niveau de vie. 

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Et la différence de perceptions et de ressentis, reprend-il, frappé ces jours-ci par le travail de Jérôme Delay, dans les townships d'Afrique du Sud, ou ces photographies d'Inde, qui vit le plus grand confinement du monde. Des populations entassées dans les bidonvilles avec "des enfants qui continuent à fouiller les poubelles pour trouver de quoi se nourrir, comme avant, et on comprend bien en quoi ce confinement leur est impossible." 

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Et il y a encore ces photographies de Paris déserte ou "ces files d'attente sur des centaines de mètres aux Etats-Unis de gens avec leur caddie qui font la queue pour entrer dans les supermarchés. Cet événement hors norme n'est pas uniquement une situation de guerre isolée et catastrophique, avec son lot de réfugiés, de gens qui fuient un théâtre de guerre particulier. La pandémie est présente partout mais elle a autant de visages différents". 

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Dimitri Beck sourit aussi de ces photos postées par chacun sur les réseaux sociaux. Recettes de cuisine fièrement mises en scène, semis et boutures fragiles, travaux d'enfants inventifs. "On découvre les fenêtres sur cour de chacun. Ce quotidien qui nous permet d'apprendre un peu plus sur les autres", mais sans devenir pour autant voyeurs, nuance-t-il, "puisque c'est la personne elle-même qui suggère ce qu'elle veut montrer, en postant son point de vue"

Il y a de la poésie dans ces moments de vie et ça aussi, c'est touchant. On pourrait peut-être parfois trouver cela vain, ridicule. Je choisis d'y voir plein de petites voix, de petites histoires humaines qui pointent leur bout de leur nez. 

Confinement sur la Seine
Confinement sur la Seine
- Dimitri Beck

Mais derrière cette vie confinée "colorisée", Dimitri Beck note surtout l'absence des invisibles. Ceux de la rue, les vulnérables, les précaires, qu'il continue à voir, chaque lundi soir, lors des distributions des Restos du Cœur auxquelles il participe, entorses à son confinement. 

L'épidémie, remarque-t-il avec une pointe d'anxiété, a abîmé la sociabilité de ces moments. Les mesures barrières contraignent les bénévoles à limiter les échanges au dessus des plats, ces discussions interminables, devenues plus furtives, et c'est, dit-il "difficile, humainement parlant et socialement parlant de devoir réduire cette sociabilité." 

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Il y a pourtant, raconte-il encore "des gens qui continuent à aider ces gens là et d'autres qui viennent apporter à ceux qui sont isolés chez eux, des personnes âgées qui sont toutes seules, qui ont leurs familles parfois trop éloignées. Des voisins, des gens qui pensent à eux. Pas forcément des gens qui sont dans le besoin mais qui ont un autre besoin, celui d'être accompagné."

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"Ces photos permettent aussi de voir quelque chose de fondamental, le côté positif aussi, la douceur, l'émotion, les signes de solidarité qui émergent. Et c'est rassurant".  

Les photographes, ajoute-t-il, arrivent à transcrire "cet impalpable, cet indicible". La douceur du geste d'une aide à domicile, mettant au lit une vieille dame, capturé par la photographe Laurence Geai, l'incroyable ballet des mains d'une équipe de soignant soulevant un malade plongé dans le coma pour le retourner sur le ventre, des cercueils dans des hangars, le pape priant seul dans l'immensité vide de la place Saint-Marc...

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Rester attentif aux autres

"La crise, le confinement n'a peut-être pas fondamentalement bouleversé ma vie, dans le sens où j'ai la chance de ne pas être "agressé" au quotidien, et qu'aucune personne de mon entourage n'a été profondément affectée par la maladie. En revanche, mon métier m'oblige à rester attentif à ce qui se passe pour les autres. On pense à la mort, on pense l'urgence sanitaire, et tout cela, on arrive à le montrer, avec sensibilité, force et pudeur. 

Mais la violence domestique ? Celle qui touche ces femmes, ces enfants, dans ces prisons intérieures où ils n'ont pas d'échappatoire, du fait du confinement ? Je n'ai pas encore trouvé de photographe qui ait pu évidemment en témoigner tant cela est compliqué. Mais cela manque, pour que les gens prennent la mesure de ce qui est en train de se passer."

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Les photos de Fabio Bucciarelli - un des premiers photographes à documenter en longueur la pandémie, pour le New York Times, à Bergame, en Lombardie, l'ont bouleversé. "Un des premiers très grands reportages au long cours, qui suivait des gens malades. On rentrait chez eux, on les suivait à l'hôpital, et pour certains jusqu'à leur enterrement". 

Et face à la douleur et la violence exposées, confie-t-il, il y a aussi la nécessité de s'échapper, par la lecture quasi-quotidienne de Joseph Kessel - une bible ! - et par d'autres images, comme celles, poétiques, de Florence Levillain, jouant avec masque et ballons gonflable dans un Paris suspendu, ou les étonnants instantanés de ballets de lucioles, la nuit, dans les montagnes du Japon, par le photographe Tsuneaki Hiramatsu.   

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Et dans cette crise, il y a enfin cette créativité débordante et ludique qui s'est emparée de tous ceux qui se sont emparés des défis de détournement artistiques lancés par des institutions culturelles comme le Getty Museum ou le monde, vu par la fenêtre du confinement, proposé par la Maison Européenne de la Photographie

Les facéties du photographe Vincent Morla, qui reproduit dans son appartement confiné des images iconiques de la photographie l'enchantent par leur capacité à réinventer, s'adapter, s'amuser malgré les contraintes, comme celle qui reproduit le premier pas de l'homme sur la lune dans le noir et blanc d'une râpe à fromage posée... Dans la farine.

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