Pour l’auteur-réalisateur de "la minute nécessaire de monsieur Cyclopède", "Ce monde de l’après sera celui d’hier. Il y aura toujours la même voracité à vouloir du fric, la rentabilité. Tout cela va hélas revenir. On crève de trop."
Pour l’auteur-réalisateur de "la minute nécessaire de monsieur Cyclopède", "Ce monde de l’après sera celui d’hier. Il y aura toujours la même voracité à vouloir du fric, la rentabilité. Tout cela va hélas revenir. On crève de trop."
Pour l’auteur-réalisateur de "la minute nécessaire de monsieur Cyclopède", "Ce monde de l’après sera celui d’hier. Il y aura toujours la même voracité à vouloir du fric, la rentabilité. Tout cela va hélas revenir. On crève de trop."
Pour l’auteur-réalisateur de "la minute nécessaire de monsieur Cyclopède", "Ce monde de l’après sera celui d’hier. Il y aura toujours la même voracité à vouloir du fric, la rentabilité. Tout cela va hélas revenir. On crève de trop."
Pour l’auteur-réalisateur de "la minute nécessaire de monsieur Cyclopède", "Ce monde de l’après sera celui d’hier. Il y aura toujours la même voracité à vouloir du fric, la rentabilité. Tout cela va hélas revenir. On crève de trop."
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Résumé

Au jour 9 du confinement, Jean-Louis Fournier vantait les mérites de l’isolement, de la quarantaine. Un mois plus tard, l’écrivain confesse avoir délaissé son rasoir : "A quoi bon se faire beau quand il n’y a personne à aller voir". Avec la peur que l’on devienne de "purs esprits", uniquement des voix.

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"Le monde est devenu mortel, cela rend l’humanité plus émouvante" nous confiait Jean-Louis Fournier le 25 mars dernier. C’était, expliquait alors l'écrivain, "un moment béni pour se retrouver dans son intimité, pour entreprendre un voyage intérieur, quitte à s’ennuyer". Et il nous invitait à l’évasion de l’esprit par la musique et la littérature qui constituaient, à ses yeux, "des amis précieux". 

Un mois plus tard, il y aurait quelque chose de Paul Léautaud dans sa nouvelle façon de vivre le confinement. Seul avec sa chatte baptisée "Art Déco".

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Pour Jean-Louis Fournier, ce confinement sanitaire ne change pas grand-chose à son quotidien. L’écrivain a l’habitude de ces temps de confinement nécessaire à la rédaction de ses ouvrages. Le prochain a pour titre Merci mon chien, car, selon lui, on ne dit jamais assez aux animaux qu’on les aime.

"Ce qui me manque le plus, c’est de toucher les autres"

Mais plus ce confinement s’étire et plus les envies de l’autre se font grandes. "J’aimerais bien que ça s’arrête car c’est un petit peu long cette ambiance anxiogène" explique-t-il. Et de poursuivre : "J’ai un peu la trouille. Ce qui me manque le plus, c’est de toucher les autres". Sa peur est que l’on devienne de "purs esprits", uniquement des voix.

Pour nuancer ce sombre constat, l’auteur essaie la dérision : 

Ça doit être terrifiant pour un type qui vient de rencontrer une fille la veille du confinement. Ils sont absolument fous l’un de l’autre mais ils ne peuvent plus se toucher. 

Ce besoin de contact physique, ce manque après un mois de confinement, Jean-Louis Fournier ne l’avait pas imaginé au début de cette aventure collective et individuelle. Aujourd’hui, il devient une impérieuse nécessité.

L’auteur-réalisateur de "la minute nécessaire de monsieur Cyclopède" se souvient de ses balades aux côtés de son ami Pierre Desproges. "On était capable de se promener longtemps, sans rien se dire. On était l’un à côté de l’autre. Tandis que maintenant, on peut tout se dire (par téléphone) mais on n'est plus à côté de l’autre. C’est vraiment embêtant d’en être réduit au contact par l'esprit". Il lui est également terrible d’imaginer que l’autre peut être porteur du virus et qu’il avance masqué. "Maintenant, j’ai peur des autres et les autres ont peur de moi" souligne-t-il presque défaitiste. "Avant, l’autre, c’était ma chance. Maintenant, c’est terrible de dire à une amie : 'pas si près'. C’est terrible cette méfiance. On a déjà, un peu, la méfiance de l’autre, de l’étranger, de celui qu’on ne connaît pas. Mais là, c’est une méfiance qui repose sur quelque chose de réel."

"Art déco", la chatte de Jean-Louis Fournier
"Art déco", la chatte de Jean-Louis Fournier
- Jean-Louis Fournier

"Cette crise change provisoirement le comportement des gens"

Comme tout le monde Jean-Louis Fournier observe le monde de sa fenêtre. "J’ai de la chance d’avoir une maison avec un jardin. Je n’ai pas à me plaindre" explique l’écrivain qui grimpe au plus haut de son pavillon pour voir un peu de vie dans sa rue. "Même les gens que je ne connais pas me font signe. Je suis en haut. Comme si j’étais en haut d’un phare. Je vois la foule qui passe". Et lorsqu’il redescend sur terre, l’auteur de Je ne suis pas seul à être seul (JC Lattès) s’enivre du parfum de ses rosiers en écoutant Bach, Scarlatti, Rameau...

Il écoute les lectures de textes anciens diffusés sur France Culture et France Inter. "Dans ce confinement, les médias font preuve d’imagination". Mais ne lui demandez pas son avis sur tout ce bruit politico-médical dans les médias. "Il faut vraiment être modeste en ce moment sur la situation" explique Jean-Louis Fournier. "Ce qui me fait peur, c’est la profusion d’informations. Ça nous crée une chape de plomb qui est redoutable. La radio, la télé sont devenues des pierres tombales avec les noms. On dirait des monuments aux morts."

En réponse à l’observation de l’écrivain Britannique Jonathan Coe selon qui "cette crise ne change pas le comportement des gens, elle l’amplifie", Jean-Louis Fournier estime qu’au contraire, "cette crise change provisoirement le comportement des gens". L’adverbe "provisoirement" revêt toute son importance dans sa réponse car dit-il "Vous connaissez le naturel qui revient au galop. Cette crise est un incident de parcours. C’est quelque chose de particulier. Je ne pense pas que ça va changer les choses".

"On crève de trop"

Et Jean-Louis Fournier d’enfoncer le clou : "Ce monde de l’après sera celui d’hier. Il y aura toujours la même voracité à vouloir du fric, la rentabilité. Tout cela va hélas revenir. On crève de trop" s’emporte l’auteur de Trop, publié en 2014 aux éditions La Différence. 

On a trop de tout. Quand on va acheter une brosse à dents, on a des linéaires de 5 mètres de long. On n’a pas assez d’une vie pour toutes les essayer. On a des choix de tout, on a trop de choix. On n’a que l’embarras du choix. On a trop de choses, alors si ça pouvait calmer la frénésie, la voracité de ceux qui veulent toujours plus. C’est une société de la nausée.

L’écrivain relève, malgré tout, des signaux positifs. Comme ces solidarités que l’on invente pour aider les soignants : "C’est très émouvant de voir que l’humanité est capable de choses formidables" explique Jean-Louis Fournier. 

L'humanité est capable du pire et du meilleur. Là, je vois tous les chefs cuistots qui font à manger pour le personnel soignant. Cette mobilisation, c’est bon signe pour les gens qui font ces métiers-là. Ils n’ont jamais été très bien payés. Ils ne sont pas tellement reconnus socialement. Et là tout d’un coup on se dit : ils existent parce qu’ils sont vachement importants. C’est bien de les applaudir. C’est un peu symbolique mais c’est très sympathique. J’espère que l’Etat ne va se contenter de les applaudir.

Et puis, autre bienfait de ce mois de confinement, selon lui : un Paris devenu silencieux. On n’entend plus la rumeur de la ville. Ce grondement permanent de la circulation automobile. "Les oiseaux de mon jardin chantent mieux" s’étonne Jean-Louis Fournier. "Ils n’ont plus la concurrence des bagnoles. Et puis on a l’impression que l’air est meilleur."

Alors, comme il y a des lueurs d’espoir dans ce moment sombre de l’histoire, Jean-Louis Fournier nous offre les mots de Friedrich Nietzsche : "L'homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire". Et de renchérir : "Heureusement qu’il y a toujours matière à rire sinon il faut tout arrêter. C’est une parade à tous nos malheurs, à notre difficulté de vivre. L’humour c’est essayer de supporter, de survivre malgré tout. Quand il y a de grands malheurs, ça exacerbe le comique et l’humour pour essayer de tenir la tête hors de l’eau. Il y aura toujours une occasion de se moquer de tout."

Après tout, pourquoi n’aurait-on pas le droit d’être gai et pessimiste...

Avec la collaboration de Nathalie Lopes pour le montage sonore

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