Lou Doillon, Paris, 2020 - @loudoillon
Lou Doillon, Paris, 2020 - @loudoillon
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Résumé

L’artiste, qui a dû interrompre sa tournée, profite du confinement pour plonger encore plus intimement dans les choses qui la constituent : la chanson, le live, la lecture, le dessin. Pour s’amuser, découvrir et pourquoi pas sortir plus humaine d’une quarantaine qui pourrait nous être salutaire.

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Il y en a à qui le confinement va bien. Des pour qui la contrainte n’en est pas vraiment une. Des qui s’enferment paisiblement. Lou Doillon fait partie de ceux-là. Confinée dans sa maison “au fond d’une petite cour au fond du 11e arrondissement” de Paris. Son repère. Sa grotte. Dans laquelle on la sent parfaitement bien. “J’ai été élevée par des ermites et je suis ermite moi-même donc ce n’est pas d’une grande violence”. Ajoutez à cela une existence d’artiste et de tour bus : “La vie que j’ai toujours menée et mes étranges métiers font que ça ressemble à mon quotidien”

"J'ai été élevée par des ermites et je suis ermite moi-même donc ce n'est pas d'une grande violence"

5 min

Des journées de repli qu’elle n’a donc aucun mal à remplir. Au contraire. Tant de choses à explorer. “J’ai un planning” rigole l'auteure-compositrice-interprète et actrice, “dans lequel j’essaye tous les jours d’utiliser mon temps entre lire, écrire, chanter, apprendre les chansons des autres, répéter les miennes, dessiner voire fabriquer des choses. Ma grande peine c’est qu’on ne considère pas les magasins de fourniture de dessin essentiels à la nation ! Mais heureusement, j’ai du stock à la maison. Normalement, j’ai aussi assez d’accessoires et de conneries pour pouvoir faire de la poterie, de la sculpture et m’amuser pendant le prochain mois”. 

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On imagine sa journée type. Commencer peut-être par de l’encre et du papier pour en quelques lignes noires faire apparaître des doigts ou un jean braguette ouverte : _“Je suis quelqu’un de très “en boucle", c’est toujours des mains et surtout des visions “d’au-dessus”. Des dessins qui prennent en compte les erreurs de perspective quand on regarde le bas de notre corps, j'aime beaucoup les perspectives un peu dérangeantes ou tordues. J’étais une grande fan, petite, d’Egon Shiele, j’ai gardé ça. Et puis comme tout le monde est coincé à la maison (son compagnon et son fils, Marlowe, 17 ans), j’ai d’un coup des modèles d’une grande docilité !”.  _Poursuivre avec un des nombreux bouquins de poésie empilés chez elle. Les Américaines Sylvia Plath ou Dorothy Parker, ses favorites, Pierre de Ronsard ou François Villon, sa dernière découverte : “C’était le préféré de Rimbaud, de Verlaine et j’étais complètement passé à côté”.

Lou Doillon est en concert à 17h tous les jours sur Instagram
Lou Doillon est en concert à 17h tous les jours sur Instagram
- Captures d'écran @loudoillon

Conclure à la cool avec son téléphone depuis son salon en direct sur Instagram. Depuis plusieurs jours, à 17 heures, Lou Doillon donne en effet rendez-vous à ses 362 000 abonnés avec ses livres et sa guitare. Pour dire à haute voix du Marguerite Duras, du Joan Didion ou du Virginia Woolf. Jouer ses accords (ceux de son dernier album, Soliloquy, Barclay) ou ceux qu’on lui réclame. Elle pourrait reprendre du Leonard Cohen, du Cat Power, ou du Bob Dylan : 

Je trouve que ça réveille une créativité absolument étonnante chez tout le monde, c’est ça qui m’amuse beaucoup avec les réseaux sociaux. Le cerveau se met en place. 

Des semaines de confinement qui s’annoncent donc pleines, riches : “On va avoir le temps de faire, de défaire, d’imaginer”, espère Lou Doillon, “je pense que c’est une merveille et que ça peut changer les choses, pour le mieux”. Se débarrasser du regard des autres pour se concentrer sur le sien et sur ceux qui nous entourent : “Ça ne peut que nous amener des choses fortes d’être coincés à regarder nos enfants. C’est pas mal cette histoire. On ne les regarde plus, on ne fait plus gaffe et là je vois les Monopoly qui ressortent, les jeux de cartes. Il y a quelque chose d’extrêmement joyeux là-dedans je trouve”.

Mais pas que. Il y a aussi ce silence qui peut être “bizarre et pesant, “eerie” comme diraient les Anglais”. En ce moment, Lou aime le combler en écoutant Billie Holliday. Du jazz en vinyle qui flotte chez elle, entre la caresse et la plainte, c’est comme “le temps qui ralentit” décrit-elle, ou "une vague qui repart, on a l’impression que ça nous échappe un peu.” Comme ce printemps qui se prépare, dehors, sans nous : 

On en parlait avec ma mère (l’artiste Jane Birkin). Ça commence à bourgeonner dans les rues de Paris et on se dit que c’est étrange de se retrouver avec un printemps qui nous appelle, qui nous demande à sortir quand finalement on est coincés à l’intérieur. C’est pile le moment où naturellement on est faits pour se croiser, être ensemble et voir le monde se réveiller à nouveau !

Résultat, elle assure que depuis sa maison coincée “au fond d’une petite cour au fond du 11e”, il n’y a que des paroles avec “springtime” qui lui naissent dans la tête.