Pierre Deladonchamps, ici en 2015 à Ludres, dit avoir "une vie plutôt privilégiée" et évoque, notamment, "des gens dans (s)on entourage, pour qui c'est très, très dur, des gens qui sont confinés dans des très petits endroits". ©Maxppp - Alexandre Marchi / L'Est Républicain
Pierre Deladonchamps, ici en 2015 à Ludres, dit avoir "une vie plutôt privilégiée" et évoque, notamment, "des gens dans (s)on entourage, pour qui c'est très, très dur, des gens qui sont confinés dans des très petits endroits". ©Maxppp - Alexandre Marchi / L'Est Républicain
Pierre Deladonchamps, ici en 2015 à Ludres, dit avoir "une vie plutôt privilégiée" et évoque, notamment, "des gens dans (s)on entourage, pour qui c'est très, très dur, des gens qui sont confinés dans des très petits endroits". ©Maxppp - Alexandre Marchi / L'Est Républicain
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Résumé

Confiné chez lui, à Nancy, le comédien se réjouit qu'un infirmier en réanimation occupe désormais son autre logement, à Paris. Il y a déjà une semaine, le César du meilleur espoir masculin pour "L'Inconnu du lac" lançait sa proposition sur les réseaux pour "essayer de servir à quelque chose".

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"J'ai proposé et puis j'ai réfléchi après", cela m'arrive assez souvent de faire ça. Joint vendredi 20 mars, Pierre Deladonchamps revient sur son geste, "je n'aime pas dire patriote parce que le terme est trop repris par les extrêmes, mais je dirais de solidarité nationale." 

Le comédien, confiné un peu à l'écart de sa ville natale, raconte comment le discours d'Emmanuel Macron a tout déclenché. "Nous sommes en guerre" répète le Président le lundi soir, parlant de réquisitionner des hôtels et des taxis pour les personnels soignants.

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Pourquoi ne pas mettre à disposition des logements vides dans les endroits les plus nécessaires, se dit alors celui qui a été révélé par L'Inconnu du lac. Lui qui a "toujours été passionné par la chose politique, au sens noble du terme". Dès le lendemain, il lance un appel sur Facebook, Twitter et Instagram. C'est l'oiseau bleu qui portera le plus loin son souhait d'"essayer de servir à quelque chose". Son appel très sobre sera partagé plus de 2 500 fois en une journée. Pour 8-9 sérieuses réponses. Et depuis vendredi, son "petit pied à terre" resté vide près de l'hôpital Saint-Louis sert à un infirmier en réanimation réquisitionné pour affronter la pandémie. Un infirmier qui évitera aussi de mettre en danger son cousin, fragile de santé, chez qui il vivait jusqu'ici. Encore seulement une voix au téléphone et une photo sur une pièce d'identité, pour celui qui l'héberge. 

Mais Pierre Deladonchamps ne rejette pas ce lien virtuel, qui lui a aussi permis un premier apéro en famille en visioconférence, il y a quelques jours. 

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Il y a eu la surprise d'un tel écho, mais surtout la solidarité en chaîne qui s'est enclenchée : "En réponse à mon tweet, j'ai même réussi à mettre en relation une autre personne qui était dans le besoin avec une amie à moi qui a proposé son appartement dans le 10e arrondissement."

Et c'est d'Etat citoyen dont il s'agit pour le Nancéen resté jusqu'ici très connecté à l'actualité : 

Chacun fait avec ses moyens. Mais je me dis que si tout le monde met un peu les mains à la pâte, ce sera plus facile. On voit vraiment qu'il y a de gros besoins dans tous les domaines. Du coup, je me dis que si l'État est capable de réquisitionner des hôtels et les payer. L'Etat, c'est nous, donc on a tout intérêt aussi à faciliter la vie des services publics. 

Au grand air d'une terrasse, Pierre Deladonchamps reconnaît avoir "une vie plutôt privilégiée" et laisse un silence à la question du danger ambiant extrême :

Je ne sais pas si je réalise plus ou moins que d'autres. Forcément, puisqu'on n'a pas tous le même rapport à la vie, à la mort, à la peur. Et ne serait ce que moi, je ne suis pas dans la précarité. Donc, je le réalise pour des gens dans mon entourage pour qui c'est très, très dur. Des gens qui sont confinés dans de très petits endroits, avec trois ou quatre enfants enfermés dans des appartements.

Le mal logement en temps de confinement, mais pire encore l'absence de logement. L'un des visages de la série Trepalium (dans un futur proche où 80% de la population est sans emploi) a été interpellé sous sa proposition : "Mais pourquoi tu ne proposes pas à un SDF ton appartement ?" Alors, entre deux cris de corneilles, il admet : 

C'est vrai que ça fait écho. Je me suis dit mais évidemment. Tout est important. Et là, je l'ai fait spontanément parce que j'ai pensé aux personnels soignants qui allaient être débordés, qui allaient évidemment sauver des vies. Mais c'est vrai que ces gens-là se retrouvent dans une précarité encore pire et qu'il n'y a plus personne dans la rue pour les aider, pour leur donner à manger, pour leur donner de l'argent.

"L'heure est à l'action, pas aux tribunes d'artistes"

Quelques personnalités, comme l'humoriste Anne Roumanoff, l'ont retweeté. Mais aucun artiste ne l'a contacté. Remarquez, celui qui travaille depuis deux ans à sa première réalisation reste pour le moins sceptique à l'idée d'une tribune, d'un collectif : "Je ne critique pas ça outre mesure mais j'ai l'impression que cela peut provoquer chez les gens un sentiment de lassitude : 'encore une pétition qui ne va servir à rien. Juste pour que les gens disent, ça, c'est mon point de vue. Je crois que l'heure n'en est plus vraiment aux tribunes. L'heure est à l'action là où chacun pense pouvoir faire ce qu'il peut pour les autres et pour soi d'ailleurs."

Son "grand espoir" est bien davantage que "des gens créatifs qui le peuvent, parce qu'ils sont confinés en ce moment, puissent créent plein de choses dans l'art, pour l'après : de grands films, de grandes chansons". Des oeuvres nées de la confrontation de l'être humain avec lui-même, au-delà des journaux de confinement "un peu pompeux parce que c'est à chaud et parfois pas très intéressant".

Et pour lui, dans "une situation vraiment pas à plaindre", Pierre Deladonchamps profite aussi de ses enfants, de ses proches et de son psy, grâce à des consultations par visioconférence. "Cela me fait beaucoup de bien et j'ai la chance de pouvoir le faire", confie-t-il. "Plutôt stressé à la base", il ne se sent pas "du tout empêché, enfermé" pour l'instant, en ce premier vendredi de confinement. 

Le comédien joue avec le temps, se sert de l'événement pour "réfléchir, se poser, être moins dans le speed et combler le vide et faire des choses, des choses, des choses." Reprendre possession de certains endroits et de certains objets à l'abandon chez lui et faire par exemple avec sa fille de 10 ans, en CM1, l'école à la maison : 

Ce sont des moments qui me plaisent beaucoup parce que ce ne sont pas juste de petits devoirs que l'on fait par-dessus l'épaule pour s'en débarrasser. Ce sont vraiment plusieurs heures où l'on apprend ensemble et c'est un moment nouveau pour moi et que j'aime beaucoup.