La cheffe d'orchestre Zahia Ziouani profite de cette période pour préparer ses partitions en vue de l'après-confinement
La cheffe d'orchestre Zahia Ziouani profite de cette période pour préparer ses partitions en vue de l'après-confinement
La cheffe d'orchestre Zahia Ziouani profite de cette période pour préparer ses partitions en vue de l'après-confinement - Zahia Ziouani
La cheffe d'orchestre Zahia Ziouani profite de cette période pour préparer ses partitions en vue de l'après-confinement - Zahia Ziouani
La cheffe d'orchestre Zahia Ziouani profite de cette période pour préparer ses partitions en vue de l'après-confinement - Zahia Ziouani
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Résumé

Depuis plus de vingt ans, Zahia Ziouani dirige l’orchestre symphonique Divertimento qui mène de multiples actions, notamment auprès des jeunes, pour partager un univers auquel ils ont souvent peu accès. Concerts et ateliers sont à l'arrêt avec le confinement mais l'orchestre s’efforce de maintenir une présence auprès de son public, à sa manière.

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En 1998, Zahia Ziouani a fondé l'orchestre Divertimento, installé à Stains (Seine-Saint-Denis) depuis quinze ans. Un orchestre symphonique composé de 70 musiciens et musiciennes qui se produit aussi bien à la Philharmonie de Paris que dans des salles à dimension plus locale. Régulièrement, l’orchestre mène des actions auprès de publics variés et ayant souvent peu accès à cet univers. Des projets à l’arrêt aujourd’hui en raison du confinement mais qui prennent vie autrement car "garder le lien, pédagogique, culturel avec les jeunes" était une priorité pour l’orchestre. 

Comme pour l’ensemble des collectifs, le confinement est une étrange situation pour la vie d’un orchestre. Le groupe "prend vie tout au long de l’année parce qu’on se rencontre, on joue de la musique ensemble et ce n’est pas simple de faire vivre un collectif quand chacun est confiné chez soi", constate Zahia Ziouani. La cheffe d’orchestre est confinée chez elle à Pantin, avec sa fille qui vient de fêter ses six ans. Elle partage son temps entre faire l’école à sa fille et poursuivre son travail avec l’orchestre pour lequel il a fallu trouver d’autres moyens pour se rencontrer et travailler.

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Chacun travaille par exemple sur des séquences d’oeuvres qui devaient être jouées dans de futures représentations, le numérique et la technologie permettront de les rassembler et d’en quelque sorte, rassembler l’orchestre. Le groupe profite aussi de ce moment pour mieux faire connaître chaque musicien : présentation de leur instrument, de leur métier, de leur implication dans l’orchestre ou simplement jouer un morceau individuellement. Pour la cheffe d’orchestre, c’est aussi l’occasion de réfléchir aux projets artistiques, à la pédagogie pour les jeunes avec qui elle partage des moments de musique tout au long de l’année. Car l’orchestre s’attache à la diversité du public. Oui, la musique symphonique "est aussi une musique populaire, affirme Zahia Ziouani, parfois, on pense qu’elle est faite pour une certaine catégorie de personnes ou pour être jouée dans de grandes salles de concert. Cela fait vingt ans qu’on existe et qu’on a pu prouver que ce n’est pas vrai du tout. On fait une musique qui peut être appréciée par tout le monde". L’orchestre se produit aussi bien à Paris, Lyon, Grenoble, qu’en région parisienne ou en milieu rural et même en milieu carcéral. "Tout le monde aime la musique, surtout quand vous êtes face à un orchestre et que vous recevez toute cette belle énergie, tous ces sons."

Sur la page Facebook de l'orchestre symphonique Divertimento, le corniste de l'orchestre Éric Karcher a partagé sa reprise de Mannix de Lalo Schifrin :

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Pour retrouver cette diversité sociale, culturelle, intergénérationnelle dans son public, l’orchestre part à sa rencontre en menant des actions dans les établissements scolaires, les maisons de quartier, les associations, les centres sociaux, les médiathèques"On voulait absolument continuer à faire vivre toute cette pédagogie, toutes ces rencontres, dans la mesure du possible et de nos moyens."

Et cela passe par le téléphone, des groupes WhatsApp avec les jeunes de l’Académie Divertimento (qui propose des formations de pratique musicale) ou de collèges et lycées, une plateforme en ligne doit également être lancée prochainement… Mais la situation actuelle met en lumière de nombreuses difficultés et cela inquiète Zahia Ziouani. 

La situation ne fait que refléter ou plus encore, accélérer, un certain nombre d’inégalités qui existent déjà. Par exemple la Seine-Saint-Denis, un territoire où nous sommes très présents, est l’un des départements français les plus touchés [par la pandémie de coronavirus] parce qu’il y a moins de médecins de ville, beaucoup moins de moyens dans les hôpitaux. (…) Ce sont des territoires qui souffrent beaucoup parce qu’ils étaient déjà en fragilité et là, c’est encore plus grand. D’habitude, on essaye d’être très présents sur ces territoires-là pour garder le lien physique. Ces valeurs de vivre-ensemble, de partager des moments ensemble, c’est très compliqué quand on ne peut pas se réunir physiquement.

Un partage qui est compliqué également tant les problématiques de certaines familles sont nombreuses : certaines n’ont pas accès à des ordinateurs ou pas de réseau pour suivre les contenus numériques, d’autres ont été très touchées par le Covid-19, vivent dans une très grande promiscuité ou font face à des difficultés financières qui ne leur permettent pas de se nourrir… "Nous, on essaye de continuer à être présents, d’apporter un certain soutien mais c’est difficile quand les besoins de base ne sont pas là." Zahia Ziouani espère tout de même qu’en ces moments de confinement, la musique continue d’apporter aux jeunes et à leur famille des moments d’évasion, de découverte, de belles émotions, "c’est quand même un art qui nous permet de prendre quelques minutes de réconfort". Régulièrement, la cheffe d’orchestre partage d’ailleurs une playlist de musiques de tous styles qui l’ont accompagnées au cours de sa vie. 

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Pour Zahia Ziouani, il n’est pas possible "de continuer à vivre en France en étant si peu attentionné à certains publics ou certaines personnes."

Là où il y a les taux de mortalités les plus grands, c’est dans les endroits les plus fragiles et ce n’est pas normal qu’aujourd’hui, on meurt plus en Seine-Saint-Denis parce qu’il y a moins de places en réanimation. C’est quelque chose qui me révolte, qui me révoltait déjà avant mais quand on le voit concrètement, c’est juste intenable. 

Une dimension qui n’est pas la même sur tous les territoires a constaté Zahia Ziouani. "J’ai discuté avec des enseignants en Occitanie qui nous disent que dans leur cercle proche ou plus éloigné, personne n’a été touché par le coronavirus. Pour ma part, que ce soit des parents d’élèves, des musiciens de l’orchestre, dans ma famille proche, tout le monde a été en face de cette pandémie, soit parce que quelqu’un était malade, soit parce qu’on a perdu des proches et cela a été mon cas aussi." Des périodes d’autant plus compliquées que "ce sont des moments où l’on a besoin de partager du temps ensemble, dans ma famille, nous n’avons pas forcément pu nous réunir… Des amis proches sont en ce moment hospitalisés, j’aurais aimé apporter mon réconfort et mon soutien en allant les voir, ce n’est pas possible." C’est le "vivre-ensemble" qui en pâtit car pour la cheffe d’orchestre, il signifie "être proche les uns des autres", alors il faut "inventer de nouvelles façons de pouvoir créer cette solidarité, ces liens d’affection" avant de retrouver "les bons côtés de notre vie d’avant et reconstruire ce qui a fait défaut pendant cette période"

Le cheffe d’orchestre espère que la prise de conscience actuelle permettra de réagir, notamment d’investir massivement dans les endroits où cela est nécessaire. "Plus que jamais, il va falloir redoubler d’efforts et il faudra aussi se concentrer sur l’éducation des jeunes parce que c’est cela qui va permettre de construire un meilleur monde pour demain et ce sont eux qui vont le construire. La dimension culturelle aussi doit continuer aussi à être très présente dans la vie des jeunes__", conclut Zahia Ziouani. 

L'extrait musical diffusé lors de l'interview est la Danse Bacchanale de Camille Saint-Saëns interprétée en 2012 à la Philharmonie de Paris - Cité de la Musique par l'orchestre symphonique Divertimento, dirigé par Zahia Ziouani.

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