France Culture
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City songs 5
City songs 5

Haut lieu des musiques modernes en Afrique, Franco & l'OK Jazz, Rochereau, Dr Nico et les Bantous participent à une célébration de tous les sens sur les deux rives du fleuve Congo, entre boléro, rumba et pachanga, au gré de racines afro-cubaines sublimées tout au long des années 1960, avant que le pays ne devienne Zaïre.

Titres diffusés :

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1 - "Mboka Yo Okeyi Mosika", par Franco et l'O.K. Jazz (Le bon vieux temps de l'O.K. Jazz)

Tu es partie loin

Le 20 juin, l’OK Jazz donne son premier concert à l’extérieur, dans le parc du jardin zoologique de Kinshasa. Le lendemain, l’orchestre enregistre son premier 78 tours, La rumba OK , crédité à l’Ensemble Vicky, Franco, Essous et Rossignol, comme il était alors de mise de nommer les compositeurs et les principaux musiciens sur le label du 78 tours.

Franco est le guitariste soliste de l’orchestre. Nicolas Bosuma dit Dessoin joue des congas. Victor Longomba dit Vicky, et José-Philippe Lando dit Rossignol œuvrent au chant, Jean Serge Essous est à la clarinette. Daniel Loubelo dit De La Lune officie à la contrebasse et Saturnin Pandy dit Ben à la batterie et aux percussions. Antoine Moniania dit Roitelet joue également parfois de la contrebasse avec eux. Collectif ouvert, ces musiciens jouent ensemble durant six mois.

La réputation de l’OK Jazz se répand bientôt comme une traînée de poudre, au gré des premières et nombreuses parutions de disques. La finesse des interactions entre la guitare fraîche et pleine de beauté du jeune Franco et la clarinette élégante d’Essous scelle l’étoile ascendante de la formation, à l’image des exquis Mbongo na ngai ou Mboka yo okeyi mosika , des chansons mélancoliques qui entrent instantanément dans l’éternité, avec leurs contrebasses pincées et leurs émotions vraies.

2 - "Liwa ya wech", par l'OK Jazz

De retour à Kinshasa, inspiré par l’expérience de Kallé, Franco monte à son tour les éditions Epanza Makita, avec l’aide Thomas Kanza qui avait aidé Grand Kallé au moment de la table ronde à Bruxelles. Alors que le pays est en proie à une guerre civile, l’orchestre enregistre et publie des dizaines de 45 tours et de eps, qui constituent une observation vibrante et profonde d’une société en pleine évolution. Au sein de cette production pléthorique, on retrouve aussi bien des rumbas, des pachangas, des cha cha cha, quelques twists mais aussi des boléros imparables, qui sont parfois chantés par Franco en personne, lorsque les circonstances l’imposent.

En 1961, sur Liwa Ya Wech , cuivres en apesanteur, chœurs éthérés, fluidité naturelle du lingala, mélodie insistante et guitare ligne claire évoquent en un peu plus de deux minutes une eulogie émouvante à un ami disparu. Sa voix impose immédiatement le respect de la part des auditeurs, surtout lorsqu’il évoque une personne disparue.

3 - "African Twist", par Nico et l'Orchestre African Fiesta

Twist à Léo, Manu dibango

4 - "Bato ya mabe batondi mboka", par Franco & Le Tout Puissant OK Jazz (Francophonic)

De mauvaises personnes ont construit le pays, critique feutrée

5 - "Ana Mokoy", par Tabuley Rochereau & African Fiesta National

Femme de Roger Izeidi, voix de la légèreté

Au mois de mai, l’African Jazz part enregistrer au studio Fonior à Bruxelles, sans Grand Kallé ! Celui-ci est alors contraint de dissoudre son propre orchestre le 13 juillet 1963, après dix années de succès. La scission est profonde.

Dirigé par Rochereau et Nico, avec Mujos, Izeidi ou Depuissant, l’African Fiesta rassemble la plupart des anciens musiciens, alors que Grand Kallé se retrouve une nouvelle fois seul.

6 - "Sookie", par Docteur Nico & l'Orchestre African Fiesta Sukisa

Paru en 1968 sur la marque congolaise Ngoma, ce premier album original contient deux titres influencés par le rythm’n’blues américain, l’imparable « Sookie », chanté par Bovic, et « Save Me », où la guitare de Nico se fait plus menaçante, associée à un orgue électrique, dans un registre garage rock, chant en anglais malaxé y compris.

7 - "Matinda [rumba]" par Franco

En avril 1966, l’OK Jazz joue au Premier Festival Mondial des Arts Nègres de Dakar, où il remporte un triomphe. L’orchestre retrouve de vieilles connaissances avec les Bantous de la Capitale. Sensibles à une résurgence des musiques afro-atines, Franco et Vicky viennent de recruter Michel Boyibanda et le revenant Mujos des rangs des Bantous. Ils veulent en effet étoffer les rangs de l’OK Jazz avec des chanteurs expérimentés dans l’afro-cubain.

Au retour de Dakar, Franco, Vicky et l’OK Jazz font escale à Paris, où ils enregistrent certains titres parmi les plus cubains de sa vaste carrière, publiés sur l’album « Franco & l’OK Jazz à Paris » . Sur la pochette, les deux leaders de la formation posent, goguenards, devant la bouche de métro de la station Pigalle.Sur la rumba classique Matinda ,Vicky s’envole littéralement avec son ténor, Boyibanda chante les canons et Mujos participe au refrain, laissant entendre une complicité inouïe.

8 - "Tombola Na Mokili", par Johnny Bokelo et Conga Success

Plus connu sous le nom de DeWayon, le guitariste et chanteur Paul Ebengo est l’un des vétérans de la musique congolaise. En 1960, il rejoint l’orchestre Conga Succès créé par son frère Johnny Bokelo deux ans plus tôt. Conga Succès devient Conga 68. Johnny Bokelo atteint des sommets avec son orchestre Conga Succès avec lequel il enregistre Tambolo na mokili en 1967. Le guitariste Mwambé apporte une élégance innée au morceau, dans la plus pure tradition congolaise, limpide et fluide. Ses riffs soulignent élégamment la mélodie sucrée.

9 - "Minoko", par OK Jazz

Les gens parlent beaucoup, James Brown, 1969

En 1969, James Brown joue au Stade du 20 mai devant cent mille personnes. L’OK Jazz de Kinshasa donne un concert en son honneur mais ni Franco, ni James Brown ne partagent la scène ensemble. La révolution funk marque quelque peu Franco, même si celui-ci compare les danses de James Brown à celles d’un singe ! Il enregistre toutefois quelques titres redoutables comme Marie Naboyi , Minoko ou Edo aboya ngai . Dans la deuxième partie de ces morceaux, il lance des interjections en anglais directement empruntées à James Brown.

Comptant désormais une vingtaine de membres, l’orchestre principal est désormais dirigé par le fidèle guitariste rythmique Simaro Lutumba, « vice-président » de la formation dont il est l’un des piliers les plus fidèles. La guitare cristalline de Franco traduit une merveille d’élégance instrumentale. Chaque note ressemble à une parade dominicale sur les trottoirs de la grande ville.

10 - "Nakomitunaka", par Verckys (Congo 70 - Rumba Rock)

Faisant office de troisième voie entre Franco et Rochereau, le saxophoniste Verckys Kiamwangama se distingue au sein des orchestres Los Cantina et Jamel Jazz, avant d’intégrer l’OK Jazz en 1963. Il enregistre clandestinement avec quelques musiciens de l’orchestre, obtenant un certain succès avec Okokoma Mokristu en 1968. Cela lui vaut d’être renvoyé avec fracas de l’OK Jazz et devient l’ennemi numéro un de Franco. Dans la plus pure tradition congolaise, il fonde à son tour son propre ensemble. L’Orchestre Vévé démarre en flèche sur les planches du Vis-à-Vis, rejoint par le chanteur Saak Saakul. L’Orchestre Vévé fait des émules, voyant passer de nombreux talents dans ses rangs.

Verckys devient également promoteur. Il soutient ainsi de nombreux orchestres débutants. Il monte ainsi son propre studio, une maison d’éditions et un label, regroupés dans son Veve Center. Verckys guide ainsi les débuts de son protégé Pépé Kallé, mais aussi de Nyboma, un de ses disciples les plus doués qui va fonder les orchestres Bella Bella et Lipua Lipua.

Il ne délaisse pas pour autant sa carrière en solo. Paru en 1971, Nakomitunaka soulève ainsi la problématique de l’origine des Dieux. *« Pourquoi les anges et les dieux sont blancs ? Pourquoi le diable est noir ? » * s’interroge-t-il ainsi, porté par la voix fraîche de Pepe Kallé. Ce titre est même interdit en radio, allant à l’encontre de la politique mobutiste. Le morceau a une incidence telle que Mobutu ira jusqu’à fermer les églises en 1972. Verckys est kimbandiste, il croit en ses propres dieux et surtout en sa bonne étoile.

11 - "Mambu Ma Miondo"

L’une des grandes forces de l’OK Jazz est de toujours rebondir là où on ne l’attend pas. En 1973, l’OK Jazz enregistre un de ses titres les plus ouvertement politiques, Mambu ma miondo , qui évoque ouvertement le problème de la terre et de sa répartition sur le continent africain, en dénonçant les dernières heures du colonialisme portugais en Angola voisin, au Mozambique ou en Guinée-Bissau.

12 - "Kinsiona", par Franco & Le Tout Puissant OK Jazz

En 1974, Franco rend un hommage poignant à Bavon sur le sublime Kinsiona , l’un des titres les plus forts de l’OK Jazz, où il prononce le nom de son frère pour la première fois depuis quatre ans, après un long crescendo émotionnel et des chœurs masculins emmené par Youlou absolument déchirants. Les cuivres sont au garde à vous, tandis que Franco semble perdre le contrôle de sa propre voix, il chantant en kintandu, la langue qu’il parlait enfant avec son frère.

Au sein de la musique congolaise, les années 1970 représentent un tournant décisif. Grand Kallé voit son étoile décliner lentement en dépit de quelques nouveaux enregistrements avec l’African Team. Tabu Ley, après sa conquête de l’Olympia en décembre 1970, rêve toujours d’horizons plus lointains et élusifs et la flamme de Docteur Nico s’éteint soudainement, après un étonnant passage folklorique.

13 - "Cheka Sana", par l'Orchestre Veve

Swahili, *il faut s’amuser * !

14 - "Boma l'heure", par Franco & Le Tout Puissant OK Jazz (Francophonic)

La guitare cristalline de Franco traduit une merveille d’élégance instrumentale. Chaque note ressemble à une parade dominicale sur les trottoirs de Léopoldville. Les cordes pincées synthétisent à merveille la rumba congolaise, à base d’harmonies sucrées et de cuivres chaloupés. Exemple parfait *Boma l’heure * illustre une délicatesse inouïe, soulignée par des chœurs féminins exquis et un motif de saxophone entêtant. Les influences cubaines se sont bel et bien évanouies, afin de donner naissance à une musique profondément congolaise, portée par la fluidité du lingala. Des formules choc en français surgissent comme ici où apparaît « l’émancipation de la femme congolaise ».

15 - "Kamikaze", par Franco et OK Jazz (Congo 70)

Franco recrute Youlou Mabiala au chant en 1976, après le départ d’Edo et d’Eson, les deux chanteurs phares du TP OK Jazz. Kamikaze parle d’une fille qui aurait dû s’appeler Camille, surnommée *« kamikaze ». * Cette relation amoureuse n’est pas appréciée par les parents. La guitare électrique limpide se marie parfaitement au chant fluide de Youlou qui évoque le souvenir d’une relation amoureuse que les parents de Camille n’ont pas apprécié. Cette romance est une véritable chanson pop congolaise.